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07/02/2014

Périple en Auvergne - 5ème étape : du lac de Guéry à Vareilles

 Chères lectrices, chers lecteurs,

Je vous avais annoncé une pause.... je me décide enfin à la faire, ce qui veut dire que jusqu'à la fin du mois de février je vais lâchement vous repasser mes archives ! En effet l'année 2014 s'annonce rude et si je veux aller jusqu'au bout je dois ménager ma monture. Nous allons donc de nouveau faire ensemble le tour des volcans d'Auvergne (périple réalisé au printemps 2009) mais il faut reconnaître que cette région mérite que l'on y revienne. Que ceux qui n'ont jamais pris deux rations de Saint Nectaire lèvent la main! Bon il est vrai que c'est moins sûr pour le Saint Pourçain, encore que j'en ai goûté de très bons! Et puis les nouveaux lecteurs n'y trouveront sans doute rien à redire, eux qui avaient manqué ce magnifique périple. Je me ferai pardonner cet abandon de poste en vous offrant à mon retour des aventures qui j'en suis sûr vous décoifferont. Vous pourrez alors emprunter sa coiffure au Marquis des Bourdils qui vous salue et vous dit à bientôt !


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Nous quittons le lac de Guéry à la fraîche (de toute façon, il peut difficilement en être autrement un matin de juin en Auvergne). Ce lac doit son origine à une coulée de lave qui a barré le ruisseau de l'Enfer, créant ainsi, merveilleux paradoxe, un site paradisiaque. En hiver, quand le lac est gelé, on y pratique la « pêche au trou » comme le font les inuits .

On creuse un trou dans la glace et on jette une ligne (Juliette m'a indiqué que l'on fait de même au lac Pavin). Au demeurant, ce matin un courageux pëcheur nous a précédé, heureux homme qui va jouir quelques heures durant du somptueux spectacle du ballet de l'eau et de la lumière dans un cadre féérique.

N'ayant ni les talents ni le temps de taquiner le goujon (le chemin est long et nous sommes attendus...), nous prenons la direction du Col de Guéry. Je profite du temps de la montée pour me livrer à quelques considérations sur les pêcheurs à la ligne et les chasseurs Bien qu'ils soient tous de redoutables prédateurs, je préfère de beaucoup les premiers aux seconds pour les raisons suivantes :

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Primo, dans le cas du pêcheur, c'est le poisson qui vient à lui et se laisse berner; il a le choix de mordre ou de ne pas mordre à l'hameçon et c'est donc de sa faute s'il se fait avoir. Alors que le chasseur traque sa proie sans relache avec l'aide de ses sacs à puce en ne lui laissant aucune alternative. De surcroît, le premier officie dans le silence et le respect d'autrui, le second transforme les bois et champs en fête foraine.

Secondo, on n'a jamais vu un pêcheur ramener un baigneur (sauf ceux ou celles qui prennent la mouche, mais dans ce cas ils sont fautifs) alors que certains chasseurs (soyons impartial, ne généralisons pas) confondent souvent les bipèdes et les quadrupèdes, ce qui laisse penser que pour des raisons qui méritent un examen approfondi, ceux là voient double !)

Tercio, quand un pêcheur rentre bredouille il ne se venge pas en donnant des coups de canne à pêche sur les panneaux environnants, il passe tout simplement chez le poissonnnier et rempli discrètement sa musette avant d'aller pérorer au café du coin. Certains chasseurs bredouilles ont, en revanche, tendance à prendre pour cible tout ce qui se trouve à leur portée.

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Ces digressions faites, qui me vaudront j'en suis sûr de nouveaux amis, nous voilà arrivés au col de Guéry d'où nous jouissons gratuitement (on dit à tort des auvergnats qu'ils sont pingres mais ce sont, de fait des gens très généreux) d'un panorama qui nous coupe le souffle (où peut être est ce la montée au col ?)

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On y voit, en effet, surgissant dans la vallée, à gauche la roche Tuilière, magma de colonnes de trachyte disposées en gerbes et qui représente la cheminée d'un volcan érodé. Un enfant de sixième qui voit la structure de cette roche comprend de suite qu'elle est de nature volcanique et cela laisse songeur sur l'aveuglement des académiciens qui ont si longtemps contesté ce fait (voir l'étape précédente).

La leçon à tirer de cet aveuglement, chers lectrices et lecteurs, est qu'il faut se méfier des pseudo-experts et appliquer la bonne vieille méthode de Descartes qui est de vérifier, en utilisant sa propre raison , le bien fondé de ce l'on nous raconte. Mon cher ami Gibus qui est marathonien, s'est vu entendre dire par son médecin qu'il était temps pour lui de « se calmer » J'ai ma petite idée quant à celui des deux qui ira manger le premier  les pissenlits par la racine .

A droite, se dresse la roche Sanadoire gigantesque morceau du flanc d'un autre volcan également érodé.

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Notre chemin prend parfois l'allure d'une course d'obstacles, mais il faut remercier les propriétaires qui permettent aux chemins de randonnée de traverser leurs propriétés et facilitent le franchissement des barrières. Ce n'est pas, hélas, le cas partout et notamment sur le Causse du Larzac où des clubs de chasse "huppés" ferment des espaces de plus en plus vastes au moyen de barbelés, au mépris d'antiques droits de passage. Dans notre pays prétendûment démocratique et républicain trop de gens qui ont le bras long (à défaut d'avoir une cervelle déveoppée) et disposent de moyens de persuasion. peuvent s'affranchir en toute impunité du droit et des coutumes.

 

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Nous voici parvenus au bord du Lac de Servières, autre « maar » profond de 26m, auquel sa broderie de sapins donne un air canadien. Un sapin, né sur un îlot d'une graine transporté par le vent ou par un oiseau, est mort d'avoir  trop bu d'eau. Sans doute n'a-t-il pas pu regagner la berge pour se mettre au sec faute de savoir  nager...Buveurs d'eau, voyez ce qui vous attend...

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Le soleil étant pour une fois généreux (Juliette a finalement raison, il peut faire beau en Auvergne) Gibus décide de faire trempette. Quant à moi ayant attrapé un refroidissement au sommet du Puy de Sancy ( et oui cela m'arrive, comme à tout le monde !) je m'abstiens et en profite pour sonder d'une oreille attentive la rive du Lac.

A mon grand affolement je perçois une rumeur, mais je me rends très vite compte qu'il s'agit du bruit de bottes de l'armée chinoise qui vient des antipodes et qui célèbre à sa façon l'anniversaire de Tien'anmen. Ayant eu le privilège d'être trouffion dans l'armée française, j'y ai appris quatre choses de mes « supérieurs » : boire, fumer et glander sans retenue ainsi que défiler au pas, ce qui est un exploit pour une tête en l'air comme moi. Celles et ceux qui ont eu un temps de leur vie rythmé par le bruit des bottes ne l'oublie jamais : les pieds écrasent et ne pensent pas ! Ne dit on pas  d'ailleurs d'un imbécile, qu'il est bête comme ses pieds !

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Nous étant remis en route, l'Auvergne nous plante alors un fabuleux décor : une douce colline, un champ de fleurs, un tapis d'estive, quelques arbrisseaux et deux ou trois nuages poussé par une brise légère; nous marchons d'un pas alerte : nous sommes au paradis !

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Parlant de paradis, nous passons devant la basilique Notre Dame d'Orcival édifiée au XIIème siècle, L'harmonie et la perfection de ses formes me convainquent plus de la spiritualité de l'univers que les élucubrations de Benêt XVI.

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Si l'homme a dressé ves le ciel des édifices qui sont à la fois des prières et des défis à Dieu, il s'est aussi bâti des demeures pour son confort et son plaisir, comme ce magnifique château de Cordes auprès duquel nous passons. Il a été édifié au XIIIème siècle mais modifié au XVème et XVIIème, époque à laquelle ses élégants jardins ont été tracés par le Nôtre.

Nos compagnes nous y ayant rejoints, nous pique-niquons à l'ombre de cet édifice où vécut le maréchal d'Allègre et où Paul Bourget a noué l'intrigue de son roman « le démon de Midi ». Malgré ce patronage un brin sulfureux et le plaisir d'avoir retrouvé nos compagnes (c'est fou comme quelques heures de séparation font du bien) notre pique nique ne se termine pas à la façon de celui peint par Manet (de toute façon je n'aurais pas mis la photo! une question d'age sans doute ! Après une courte siestouille champêtre, Gibus et moi reprenons le GR 30 pendant que nos (plus que) moitiés font la route buissonière pour rejoindre notre gite du soir.

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Passant par Farges puis par Villejacques (nommé ainsi sans doute en raison de "jacqueries", les auvergnats n'étant pas du genre à se laisser exploiter)) nous nous approchons au plus près de la chaine des Puys que domine le Puy de Dôme (1455m). La tour dont les hommes l'ont hélas affublé tente vainement de percer les nuages qui caracolent dans le ciel. C'est un fait acquis, il ne pleuvra pas aujourd'hui !

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Quelques chevaux étonnés par la persistance et l'intensité du soleil se mettent à l'ombre et le plus jeune dont la crinière est encore clairsemée lorgne sur ma casquette. Mais ayant depuis longtemps perdu mes belles boucles blondes (signe paraît il d'une intense activité cérébrale) je refuse de lui en faire don...

Nous arrivons à Vareilles où nous sommes accueillis comme des rois par Michelle et Thierry Gaidier (04 73 65 87 91) qui ont aménagé de superbes gites et chambres d'hôte dans un cadre bucolique à souhait et qui élèvent des ânes pouvant vous accompagner en randonnée. Nous nous y sentons en bonne compagnie....

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Nous ayant suivis jusqu'ici avec constance et courage, vous avez enfin le droit de découvrir nos compagnes, qui ont eu l'excellente idée de mettre une bouteille de « Cloche Rouge », une bière auvergnate à la myrtille, au frais. Qu'elles en soient remerciées. Il y a des jours où Gibus et moi trouvons qu'elles ont toutes les qualités !

A suivre ....


Texte & photos Ulysse (sauf la 10ème  et la dernière  : Marie B.)

24/01/2014

Périple en Auvergne - 3ème étape : de Picherande au Puy de sancy

 Chères lectrices, chers lecteurs,

Je vous avais annoncé une pause.... je me décide enfin à la faire, ce qui veut dire que jusqu'à la fin du mois de février je vais lâchement vous repasser mes archives ! En effet l'année 2014 s'annonce rude et si je veux aller jusqu'au bout je dois ménager ma monture. Nous allons donc de nouveau faire ensemble le tour des volcans d'Auvergne (périple réalisé au printemps 2009) mais il faut reconnaître que cette région mérite que l'on y revienne. Que ceux qui n'ont jamais pris deux rations de Saint Nectaire lèvent la main! Bon il est vrai que c'est moins sûr pour le Saint Pourçain, encore que j'en ai goûté de très bons! Et puis les nouveaux lecteurs n'y trouveront sans doute rien à redire, eux qui avaient manqué ce magnifique périple. Je me ferai pardonner cet abandon de poste en vous offrant à mon retour des aventures qui j'en suis sûr vous décoifferont. Vous pourrez alors emprunter sa coiffure au Marquis des Bourdils qui vous salue et vous dit à bientôt !


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Le lendemain matin nous prenons la direction du Puy de Sancy (1885m) Le GR 30 déroule son fil noir, qui trahit la nature volcanique du sol, au travers d'un paysage d'une luxuriante beauté. Nous découvrons, une fois de plus, que nous avons à portée de pieds, des paysages qui n'ont rien à envier à ceux que l'on va chercher au bout de la Terre. Et nous n'avons pas à subir l'effet du « jet lag » comme disent les « jetsetteurs » dont le seul bonheur, au demeurant, est de revenir de quelque part où vous n'êtes pas allés.

Par contre l'Auvergne vous offre un décalage temporel en vous transportant en un univers où l'homme et la nature sont en complète et harmonieuse interaction. Gaîa laisse les hommes lui planter quelques épines de bois dans son échine pour marquer leurs territoires et parquer leurs troupeaux et l'homme en retours lui brode, pour la remercier, des tabliers de fleurs ou des écharpes de forêts.

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La pente se fait progressivement plus rude et un honorable hêtre s'incline sur notre passage pour saluer notre courage à entreprendre l'ascension du seigneur des lieux.

 

 

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Sortant du bois, nous avons le bonheur d'apercevoir sa cîme vierge de tout nuage, ce qui n'avait pas été le cas les jours précédents. Mais nous modérons notre enthousiasme car comme le dit un proverbe ulysso-auvergnat (pardon Juliette !) « Qui grimpe au puy de sancy, ne doit pas craindre la pluie !

 

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Nous longeons l'austère mais magnifique cirque de la Fontaine Salée qui tient son nom de la richesse en sels minéraux des sources qui en coulent. Il a été creusé par les glaciers qui couvraient le massif il y a 10.000ans et qui l'ont raboté, ramenant au fil du temps son altitude de plus de 3.000m à 1886 m aujourdhui. Quelques blocs morainiques abandonnés sur les flancs des montagnes témoignent de leur passage.

 

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L'herbe y est verte et tendre et si l'on ne connaissait le destin des vaches qui s'en régalent on pourrait presque envier leur sort. Il ne manque guère que le passage de trains à contempler au moment de leur rumination pour qu'elles mènent une vie rêvée.

 

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Le souci légitime de protéger cet espace unique - en cours de classement en réserve naturelle – oblige le GR 30 a jouer les sentiers buissonniers et à contourner par le sud-est le massif du Sancy, offrant en contrepartie des vues splendides sur les différents puys qui le constituent.


 

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Mais au fur et à mesure que nous avançons, les nuages font de même, ce qui fait que lorsque nous abordons enfin la pente terminale, un troupeau de cumulus patibulaires stationnent au dessus de nos têtes. Pour corser l'aventure, nous commençons à croiser des névés qui vous donnent une indication de la température extérieure. Notre température intérieure est encore acceptable, grâce au délicieux Chateaugay dégusté (et oui malgré les apparences, nous prenons le temps de déguster !) la veille au soir.

 

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Soudain le GR 30 disparaît sous un gros névé qu'il nous faut escalader pour pouvoir poursuivre en vue du sommet. Nous sommes le 10 juin et, désolé Juliette, (elle se reconnaîtra) mais c'est encore l'hiver en certains coins de l'Auvergne ! (sans rancune, j'adore marcher sur les névés!)

 

 

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Nous arrivons enfin au sommet, haletants comme des soufflets de forge, où nous croisons quelques congénères frais et dispos qui ont emprunté le téléphérique et le chemin en caillebotis dont est équipée la face nord du Massif pour y accéder. Cela gâche un peu notre plaisir, mais ne soyons pas trop puristes, il est louable que la beauté de la montagne soit rendue accessible à ceux qui n'ont pas l'habitude ou la possibilité physique de randonner. Et puis il y a suffisamment en Auvergne de puys vierges de tout appendice technique pour satisfaire à notre goût de la contemplation dans le recueillement et la solitude.



 

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Des aiguilles de lave se dressent orgueilleusement au dessus de la vallée. Elles semblent figées pour l'éternité mais pourtant les experts n'excluent pas qu'un jour les volcans d'Auvergne sortent de leur torpeur. Pour le moment, soyez rassurés, malgré une longue et attentive scrutation, Gibus et moi n'en avons pas vu une osciller !

 

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Le monde végétal en cet univers inhospitalier est réduit à une maigre couverture d'herbe qui pare l'ossature torturée du massif, dont la moindre fissure ou pliure se révèle sous cette toison élimée par la pluie, la neige et le vent. En ces lieux sauvages naissent les maigres et glacials ruisseaux de la Dorre et de la Dogne qui en se réunissant en aval donnent, étonnante descendance, la riante Dordogne.


 

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En gagnant la station du Mont Dore notre chemin croise la plaie béante d'une coulée de lave rougeoyante (de la trachyte) sur laquelle dame nature tisse patiemment sa broderie de verdure. D'aucuns (les femmes seront plus indulgentes car plus romantiques) vont trouver que ma plume devient trop mielleuse, et qu'à trop parcourir les estives je m'avachis, mais bon que voulez vous l' Auvergne avec ses bovins, pardon, ses beaux vins, m'émeuh, ah que zut, m'émeut.

 

 

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A ses pieds, protégée du vent, se dresse une fleur de pavot (mais que fait la police ?) qu'une droséphile auvergnatus a repéré et sur laquelle elle déambule un peu « groggy », occasion unique pour moi de prendre une mouche en photo. Bien qu'ayant pris la mouche, je reste d'un calme olympien (très drôle hein !) ce qui me permet de pixeliser un superbe lamier jaune qui offre ses lèvres sensuelles aux lépidoptères en goguette. Ainsi après avoir rêvé d'être « vache » me vient l'envie d'être bourdon...(non, non je vous assure je n'ai pas goûté au pavot...).



 

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Mais les nuages qui nous avaient épargnés sur le sommet du Puy de Sancy ouvrent soudain les vannes, malgré les remontrances de Juliette qui leur rappellent que c'est bientôt l'été et qu'à cette saison normalement il fait beau en Auvergne (voir les commentaires de la première étape) .

 

 

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Cette saucée nous incite à rejoindre « fissa » notre chambre d'hôte et nos compagnes impatientes (du moins le croit-on, les femmes sont très fortes dit-on pour simuler !) où nous nous désaltérons d'un jus de houblon concocté par les moines de l'abbaye de Leffe (ceux là méritent vraiment le paradis !), mais ce n'est qu'un début et vous ne saurez rien du reste car je tiens à garder votre estime et considération...

A suivre.....


Texte & Photos Ulysse

 

 


11/01/2014

Périple en Auvergne : 1ère partie de ST Nectaire à Besse en Chandesse


Chères lectrices, chers lecteurs,

Je vous avais annoncé une pause.... je me décide enfin à la faire, ce qui veut dire que jusqu'à la fin du mois de février je vais lâchement vous repasser mes archives ! En effet l'année 2014 s'annonce rude et si je veux aller jusqu'au bout je dois ménager ma monture. Nous allons donc de nouveau faire ensemble le tour des volcans d'Auvergne (périple réalisé au printemps 2009) mais il faut reconnaître que cette région mérite que l'on y revienne. Que ceux qui n'ont jamais pris deux rations de Saint Nectaire lèvent la main! Bon il est vrai que c'est moins sûr pour le Saint Pourçain, encore que j'en ai goûté de très bons! Et puis les nouveaux lecteurs n'y trouveront sans doute rien à redire, eux qui avaient manqué ce magnifique périple. Je me ferai pardonner cet abandon de poste en vous offrant à mon retour des aventures qui j'en suis sûr vous décoifferont. Vous pourrez alors emprunter sa coiffure au Marquis des Bourdils qui vous salue et vous dit à bientôt !



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Nous voilà donc partis, mon ami Gibus et moi, accompagnés de nos compagnes qui vont assurer la logistique de notre « expédition », pour la mission ultra secrète d'auscultation des volcans d'Auvergne que nous confiée le C.A.V.A à l'insu du gouvernement (voir ma note précédente)

Le franchissement du viaduc de Millau nous donne le sentiment de pénétrer dans un tunnel de nuages, ce qui n'augure rien de bon quant aux conditions météorologiques de notre périple. Mais vous vous doutez bien que nous avons pris avec nous les anti-rouilles qui nous permettront de faire face aux intempéries et de sauvegarder ainsi nos (assez) vieilles, mais encore efficaces, articulations .

 


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Midi approchant et nos enzimes stomacaux s'agitant frénétiquement (ce qui rapproche les « anciens » des bébés c'est qu'ils mangent tous deux à heure fixe !) nous faisons une halte à l'Auberge de La Loue dans le village de Vodable sis au pied d'un modeste puy et dont l'origine du nom mérite d'être contée.

Au cours des siècles passés et jusqu'en 1960 les agriculteurs du village qui possédaient des moutons et ne pouvaient s'en occuper se réunissaient la veille de Noêl dans la grande salle de cette auberge, qui était alors une bergerie, pour choisir un berger chargé de la garde des moutons pour l'année à venir et fixer les termes de son contrat. Cette assemblée qui permettait de louer les services d'un berger s'appelaient la réunion de « la loue », nom que la famille qui a racheté la bergerie pour la transformer en Auberge a conservé.

Le repas qui nous est proposé pour un prix qui ferait croire à un smicard qu'il est riche ébranle un instant notre détermination à poursuivre notre périple plus avant. Mais notre honneur (et la perspective de trouver ailleurs d'autres auberges aussi réconfortantes) nous incite à mener à bien notre mission et nous nous décidons, à regret, à quitter ce lieu idylique

 

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Nous passons notre première nuit en Auvergne sous la protection du château de Marchidial qui domine le village de Champeix. On dit que la cloche de son donjon est si sensible que le moindre treissaillement tellurique la ferait sonner. La nuit se passe sans qu'aucune sonnerie ne nous réveille, ce qui est un premier indice positif quant à l'assoupissement des volcans auvergnats, mais bon, il nous reste encore pas mal de « puys » à vérifier.

 

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Le lendemain matin confiant le véhicule aux bons soins de nos compagnes (bien qu'étant d'un modèle un peu ancien, nous sommes des hommes « modernes » !) à la sortie de St Nectaire nous sommes enfin, si je puis dire, à pied d'oeuvre. Nous prenons la direction du Lac Chambon en empruntant le GR 30 qui traverse de vastes forêts où les arbres se lancent à l'assault du ciel pour tenter d'apercevoir le soleil ....qui se fait rare dans cette région, dénommée, à juste titre, le château d'eau de la France.

Pendant que nous allons baguenauder et conter « fleurette » aux vaches d'Auvergne (seules rencontres hélas que l'on y fait sur les sentiers à cette saison de l'année) nos compagnes vont faire du tourisme culturel et du shopping ....fromager (il n'y a guère heureusement d'autres possibilités ! ) en attendant de nous retrouver le soir dans les chambres d'hôtes ou auberges autour d'un vin chaud. C'est un arrangement à l'amiable qui permet aux uns (c'est nous !) d'avoir des chaussettes sèches et propres pendant le parcours (préoccupation fondamenale des randonneurs et surtout de leur entourage!) et aux autres (nos compagnes) d'avoir des journées pour papoter, oups pardon, discuter et se cultiver en toute tranquillité ( c'est dur d'avoir un retraité sur le dos toute la journée, n'est ce pas mesdames ?)

 

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Notre chemin prend un peu d'altitude et nous offre une vue plongeante sur le château de Murol fièrement campé depuis le XIIIème siècle sur sa butte de basalte. Le guide vert dit qu'il appartint pendant un temps à la famille d'Estaing avant de devenir un repaire de brigands pendant la révolution. Mais parlant de chatelains et de brigands n'étaient-ils pas, somme toute, généralement de la même engeance ?

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Soudain sous nos yeux éblouis (enfin, n'exagérons rien vu l'état du ciel fort gris) se révèle le lac Chambon que domine l'impressionnante falaise dite de la Dent du marais, vestige d'un ancien volcan:le Tartaret.


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L'endroit où la falaise surplombe le lac est dénommé « le Saut de la Pucelle». En effet, selon la légende, une pucelle qu'un seigneur du lieu poursuivait de ses ardeurs (comme je vous le disais, un brigand, de fait !) se jeta de cet endroit pour y échapper et se retrouva au bord du lac saine et sauve, secourue par Marie qu'elle avait implorée (elle est moins sollicitée aujourd'hui dans ce genre de circonstances !). Revenue au village elle se vanta de son aventure mais les villageois incrédules lui demandèrent de recommencer pour vérifier ses dires. Ce qu'elle fit, mais cette fois ci elle s'écrasa car Marie lui refusa son aide pour la punir de sa vanité. Pas vraiment tendre la Marie à vrai dire ! je parle bien entendu de celle qui serait prétendument dans un coin du ciel, pas de celles, forts sympathiques, qui me lisent.

 

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Aucune châtelaine entreprenante n'étant à nos trousses (hélas!) Gibus et moi suivons tranquillement le GR 30 pour gagner les rives du lac Chambon. Ce lac peu profond (12m) est du à l'éruption du volcan du Tartaret qui bloqua les eaux de la Couze.

Habituellement la vue d'un plan d'eau nous incite à jouer les tritons mais la présence de névés ornant les sommets environnants et qui, à n'en pas douter, s'épanchent dans le lac nous en dissuade.

Nous constatons au passage qu'aucun remous ne trouble les eaux ténébreuses du lac, signe également favorable d'une absence d'activité tellurique... ». So far, so good » comme disent nos meilleurs ennemis les anglais, mais longue est encore la liste des volcans à ausculter...

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Nous plongeons sous le couvert de la forêt de Courbanges, digne des plus belles forêts équatoriales. Tous ces gens qui battent les estrades médiatiques et politiques devraient plus souvent randonner en forêt pour remettre leur égo à leur juste dimension et se rendre compte qu'ils ne sont que des fourmis qui babillent.


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Cette modeste fleur de géranium sauvage offre plus de beauté et d'harmonie au monde que le strass et les paillettes des miroirs aux alouettes que sont devenus les plateaux de télé. Pour le vagabond que je suis la contemplation de ces fleurs est une récompense bien plus belle que les rosettes de la légion d'honneur qui ornent le revers des jaquettes reversibles des "people",  couronnes mortuaires de leur dignité.


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Nous émergeons sur le plateau du Breuil balayé par le vent: j'aime avoir à lutter contre les éléments, ils me donnent de la densité et me confortent dans la réalité de mon existence moi qui parfois ai l'impression d'être rêvé...Ne vous êtes vous jamais posé la question de savoir si vous n'étiez pas le rêve de quelqu'un ?

 

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Au delà du plateau couvert de fleurs s'élève la silhouette sombre des contreforts du massif du Sancy que nous aborderons dans deux jours. Quel magnifique mariage d'un monde où règne l'abondance et  l'exubérance avec un univers pétri d'austérité. Mais ce mariage nous dit aussi que la vie est fragile et a besoin de conditions propices pour s'épanouir. Puissions nous en être tous convaincus avent que l'ensemble de la terre ne devienne comme ces cîmes inhospitalières.

 

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Des vaches inquiètes nous regardent passer. Elles craignent pour leur survie depuis qu'elles sont devenues les bouc émissaires du réchauffement climatique, leur rôts (et non plus leurs pets comme l'a montré une « remarquable » avancée scientifique) étant riches en gaz à effet de serre. J'accepterai que l'on fasse le proçès des vaches le jour où le dernier 4X4 aura quitté les trottoirs de Neuilly, de Saint Cloud ou de Versailles....et à mon avis ce n'est pas demain la veille !

 

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Les pluies abondantes du printemps ont grossi le moindre cours d'eau et notre souplesse ainsi que notre sens de l'équilibre sont mis à rude épreuve pour les franchir au niveau de gués dotés de pierres instables qui semblent animées du désir de nous jetter à l'eau ! Nous sommes ici au pays des bovidés et les bipèdes que nus sommes perdent sur ces terrains boueux beaucoup de leur superbe et de leur fierté !

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Le ballet des nuages que traversent des raies de lumière laiteuse transforme le paysage en un immense tableau de Constable ou de Ruysdael , le premier, peintre néerlandais et, le second, anglais, qui s'y connaissaient en matière de ciels nuageux. Dieu est ,à leur image, un poète et un artiste et  stupides sont ceux qui en font un greffier de nos soit disants péchés, voire, pire, un justicier.

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Mais l'orage gronde et se rapproche; nous pressons le pas entre une haie d'honneur de piquets de chataigners qui n'ont sans doute jamais vu des randonneurs marcher aussi vite. Nous apercevons soudain nos compagnes qui ont eu la sympathique mais malencontreuse idée de venir à notre rencontre, car nous sommes pris de vitesse par l'orage qui s'abat (le mot n'est pas trop fort !) sur nous.

 

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L'eau, cette perverse, s'insinue dans la moindre faille de notre carapace jusqu'au plus intime de notre intimité et coule de notre cape directement sur nos chaussettes qui deviennent des éponges et nos chaussures des flaques. Heureusement l'hotel qui nous accueille à Besse en Chandesse au terme de notre étape dispose de radiateurs et de vin chaud ! Il faut dire que nous ne sommes que le 8 juin et c'est encore l'hiver en Auvergne !

A suivre.....

Texte & Photos Ulysse (sauf 4ème Marie B.)

06/01/2014

Chut ! Je pars pour une mission secrète....

 

Chères lectrices, chers lecteurs,

Je vous avais annoncé une pause.... je me décide enfin à la faire, ce qui veut dire que jusqu'à la fin du mois de février je vais lâchement vous repasser mes archives ! En effet l'année 2014 s'annonce rude et si je veux aller jusqu'au bout je dois ménager ma monture. Nous allons donc de nouveau faire ensemble le tour des volcans d'Auvergne (périple réalisé au printemps 2009) mais il faut reconnaître que cette région mérite que l'on y revienne. Que ceux qui n'ont jamais pris deux rations de Saint Nectaire lèvent la main! Bon il est vrai que c'est moins sûr pour le Saint Pourçain, encore que j'en ai goûté de très bons! Et puis les nouveaux lecteurs n'y trouveront sans doute rien à redire, eux qui avaient manqué ce magnifique périple. Je me ferai pardonner cet abandon de poste en vous offrant à mon retour des aventures qui j'en suis sûr vous décoifferont. Vous pourrez alors emprunter sa coiffure au Marquis des Bourdils qui vous salue et vous dit à bientôt !

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L'autre soir, à l'heure où la grande ourse s'apprêtait à quitter le ciel héraultais pour aller grapiller le miel dans le secteur d'Aldébaran, voilà que le téléphone se met à sonner, provoquant en mon fort intérieur stupeur et irritation.

Il faut dire que je ne reçois quasiment jamais d'appels aussi tardifs, mes amis et mes proches sachant pertinamment 1) que j'ai horreur du téléphone et 2) que mon horreur est décuplée quand il se met à sonner après l'heure du dîner, moment sacré où je consacre toute mon énergie à digérer en savourant les douces effluves vineuses montant du tréfonds de mon estomac.

De fait, je n'ai ces derniers mois toléré que deux exceptions, comme je vous l'ai conté, en faveur du Nord et de l'Ouest, points ayant le rang de cardinaux, ce qui implique un certain respect même de la part d'un mécréant comme moi.

En effet, ceux qui me lisent régulièrement se souviennent sans doute que son éminence « Nord » et son compère « Ouest » m'ont appelé nuitamment pour m'inviter à leur rendre visite en invoquant, le premier, les mânes de Jack London, grand écrivain et explorateur, qui n'avait pas résisté à l'appel du nord et, le second, celles de Jack Kerouac, autre écrivain que j'affectionne, dont le « motto » était « Go west man ».

Mais étant déterminé à ne plus accepter de dérogation et à boycotter tout nouvel appel abusif, je laisse donc ce soir là, sonner le téléphone, attendant que mon appelant anonyme se décourage et raccroche (je n'ai pas de répondeur n'ayant généralement aucune envie de rappeler).

Quand la sonnerie enfin cesse, je pousse un énorme soupir qui incommode la mouche qui tournait à ce moment là autour de moi et ne supporte manifestement pas les vapeurs d'alcool (pourtant un excellent Glenlivet 12 ans d'age !) et je me replonge dans la lecture du magnifique récit « Désert solitaire » d'Edward Abbey.

A peine ai je repris le fil de ma lecture, que le téléphone sonne à nouveau. La fureur alors me gagne et oubliant ma résolution je m'empare du combiné en hurlant « Si vous êtes l'Est ou le Sud, et que vous voulez me refaire le coup de vos copains du Nord et de l'Ouest , allez vous faire voir, cardinaux de mes deux ! »

Mon interlocuteur bredouille des excuses et se présente comme le président du CAVA. L'énoncé de ce simple vocable a pour effet de me rendre aussi tendre qu'une éponge, car le Cava est le nom du champagne espagnol, dont mon gosier comme mon porte monaie raffole (les bulles espagnoles sont 50% moins chères que les bulles champenoises, les Rèmois étant passés maîtres dans l'art de vendre de l'air à prix d'or)

« Président du Cava ! » lui dis d'une voix réjouie, que me vaut cet honneur (combien vénal je suis parfois ! )

« Et bien le Comité d'Auscultation des Volcans Auvergnats est en grande difficulté et a besoin de votre aide » me répond-t-il.

Patatras ! Je comprends tout de suite ma méprise et constate avec horreur que je suis piégé, ne pouvant plus être odieux après avoir été aimable (ça m'apprendra à jouer les faux culs!). « Mais en quoi puis aider le CAVA cher monsieur, je n'ai aucune compétence en matière de vulcanologie ! »

« De telles compétences ne sont pas indispensables, votre totale disponibilité et votre capacité à marcher comme une mule sont pour nous des atouts très précieux pour nous permettre de pallier les difficultés que nous traversons » me répond-t-il alors.

Un brin chiffonné par la comparaison avec une mule je lui demande un peu sèchement quelles sont ces difficultés que le CAVA rencontre.

« Et bien voilà » me dit-il « le gouvernement a supprimé les crédits à tous les chercheurs dont les travaux sont susceptibles de déboucher sur l'annonce de mauvaises nouvelles pour les affecter à des chercheurs chargés de trouver des bonnes nouvelles. On nous a donc demandé de restituer tous nos capteurs et sismographes chargés de surveiller les volcans d'Auvergne. Car ces volcans, vous le savez sans doute, sont susceptibles de se réveiller un jour ce qui causerait un séisme d'ampleur nationale et le gouvernement, qui doit déjà faire face à la crise, ne veut surtout pas que l'opinion soit troublée par des rumeurs qui pourraient courir à ce sujet.

Nous les soupçonnons en outre de voir dans un éventuel séisme un moyen radical de régler une fois pour toutes les problèmes de déficit de la sécu, des caisses de retraite et du budget.

Mais nous voulons éviter cela car c'est au CAVA qu'on s'en prendrait pour n'avoir pas prévenu la population concernée à l'avance si jamais un tel drame se produisait»

« Mais je ne vois toujours pas comment je peux vous aider ! » protestai-je alors

« C'est simple » me rétorque-t-il « nous allons vous faire parvenir un stéthoscope de médecin et nous allons vous demander de faire le tour des volcans d'Auvergne pour les ausculter en toute discrétion. Comme vous avez l'habitude de faire une petite sieste pendant vos randonnées après l'heure du déjeuner, vous profiterez de cet instant pour sonder les entrailles du volcan sans que votre manège n'attire l'attention. Vous nous communiquerez les résultats au retour de votre périple »

un peu mesquin, je lui rétorque alors « mais quel bénéfice en tirerai je ? »

« L'immense honneur de contribuer à sauver des millions de vie humaine et puis sur votre parcours, pour vous désaltérer, on vous fera livrer quelques flacons de Saint Pourcain, de Chateaugais ou de Chanturgues à votre convenance » me dit il imparablement .

La perspective de sauver des millions de mes congénères (surtout si vous en êtes chers lecteurs et lectrices) me réjouissait le coeur. Mais disposer, en outre, du breuvage de Bacchus gratos, la proposition alors là devenait irrésistible ! Je l'ai donc acceptée et je pars demain ausculter les volcans d'Auvergne !

Mais chut ! N'ébruitez surtout pas l'affaire, car si les « oreilles » du pouvoir avaient vent de ma mission, on pourrait me faire subir le sort du masque de fer pour atteinte à l'ordre public et je me retrouverai à croupir dans les geôles de la République (mais, en sommes nous encore une ?)

Je vous ferai  un compte rendu de mes pérégrinations à mon retour, si le GIGN ne me tombe pas sur le poil ou si les volcans d'Auvergne ne se réveillent pas d'ici là !

 

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Texte et 1ère photo Ulysse