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24/05/2013

Périple Pyrénéen 4ème partie : La montée au Balcon de Pineta (2500 m)


REPRISE D'ARCHIVE

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Quand on passe quelques jours dans un refuge d'altitude où l'on éteint généralement les «feux » à 22 heures, on redécouvre avec étonnement et ravissement l'intensité de la nuit. De fait, dans la plaine, les villes avec leurs lumières qui jaillissent des fenêtres, des lampadaires et des zones commerciales nous volent nos nuits. 


En montagne, on la retrouve telle que la connaissait nos ancêtres, qui n'avaient que des bougies et des lampes à huile pour s'éclairer. Elle apparaît alors de prime abord comme un gouffre prêt à nous avaler et l'on craint de s'y dissoudre, comme y disparait le monde environnant perçu dans la journée.

Puis, si l'on surmonte cette peur instinctive venue du fond des ages, à une époque ou de multiples prédateurs guettaient l'homme la nuit, sa magie opère. Peu à peu les yeux s'accoutument à l'obscurité et perçoivent, comme l'a magnifiquement célébré Victor Hugo « cette auguste clarté qui tombe des étoiles ».


De fait, le ciel alors n'apparaît plus aussi vide, la Voie Lactée tissant sur la voute céleste une immense écharpe de lumière. L'on se dit alors qu'il doit bien y avoir quelque part autour de l'une de ces myriades d'étoiles une autre terre où des randonneurs scrutent le ciel nocturne avec la même interrogation. Chaque nuit que je passe en montagne, je fais ainsi un signe de la main en direction des étoiles mais je sais qu'il faudra quelques dizaines d'années lumières avant que quelqu'un ne puisse l'apercevoir et si jamais il me répond je crains de n'être plus sur cette terre pour le voir.

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Après donc une nuit contemplative bercée par un concert de "trombones à coulisse"(merci les ronfleurs....!) nous voilà en chemin pour le Balcon de Pineta qui donne accès au cirque du même nom dominé par le Mont Perdu ( 3355m) où est niché le lac glaciaire de Marboré (2550m) soit environ 1300m de dénivelé. Après être passé devant l'impétueux torrent de la Cinca, nous nous engageons sur un chemin qui se dirige vers un gigantesque amphithéatre minéral strié par la formidable chute qui alimente le torrent.

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Les nombreuses autres chutes qui dévalent les pentes de cet amphithéatre sont alimentées par le glacier qui enrobe (pour combien de décennies encore ?) les contreforts du Mont Perdu


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Nous grimpons  les barres rocheuses qui ponctuent le parcours l'une après l'autre sans sourciller. Quand on s'est ainsi désintoxiqué de la pédale d'accélérateur, des boutons d'ascenseur et du confort des canapés et que l'on a réappris à mettre un pied devant l'autre, on est surpris du chemin que l'on peut parcourir. On n'est pas étonné que l'homme, sorti il y a fort longtemps de son berceau africain, ait en l'espace de quelques millions d'années conquis "pédibus cum jambis" les cinq continents.

 

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Ainsi ce col ou cette cîme qui apparaissait inaccessible se rapproche peu à peu et puis soudain, surpris, heureux, nos semelelles en grattent familièrement le dos !

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Les nuages nous accompagnent dans notre montée semant quelque inquiétude dans nos esprits car nous savons que le Mont Perdu tire son nom du fait qu'on le voit quasiment jamais, courtisé qu'il il est par les nuées célestes que son formidable glacier alimente.

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Mais le somptueux spectacle d'un vol de vautours fauves nous fait oublier notre inquiétude. Ces seigneurs du ciel se jouent des vents les plus violents, les domestiquent, les exploitent et dessinent de vastes arabesques dans le ciel qui les font disparaître puis revenir vers vous en un éclair. Ceux là sont à l'abri des crétins des plaines qui armés d'un fusil en substitut à leur virilité défaillante tirent sur les buses, les milans, les faucons,les aigles dont ils ne supportent pas la beauté et la grâce qui met en évidence leur médiocrité de cafard.



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Mon propos est probablement excessif car je veux croire qu'il y a des chasseurs respectueux des espèces protégées et qui n'ont pas un tempérament de" viandard", mais il est inspiré par la colère, un aigle de Bonelli, espèce rare et protégée, ayant été secouru dans ma région lors de la dernière saison de chasse après avoir été criblé de plombs

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Le chemin devient de plus en plus pentu et surplombe des abîmes. Mais quelle jouissance de vaincre la pesanteur humaine, celle qui toujours vous pousse vers la facilité et vous fait passer à coté de votre existence, la seule dont nous disposions et que nous gâchons souvent par manque de volonté en accusant trop souvent le sort contraire.

Au contraire des (défuntes ?) piles Wonder notre énergie ne s'use que si l'on ne s'en sert pas ! Plus on la sollicite plus elle se fortifie et se régénère ! Plus haut on porte son sac et moins on a besoin de Prozac. Autre bénéfice, quand on marche, on s'instruit en botanique, en géologie, en géographie, en climatologie, en histoire, en philosophie... Plutôt que de gaver nos chères têtes blondes (ou brunes ou rousses ) des tonnes d'informations livresques qu'elles s'empressent d'oublier et qui sont au demeurant disponibles sur internet, on ferait mieux de les faire randonner une journée par semaine. Ils s'instruiraient "positivement" tout en acquérant le sens de l'effort, la ténacité, l'ouverture des sens, la solidarité, le respect de la terre dont ils dépendent.


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Nous longeons une falaise en file indienne, les premiers aspirant dans leur effort ceux qui suivent. Et puis la dernière barrière rocheuse est enfin vaincue !

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Notre regard embrasse alors une partie de notre bonne vieille terre mille fois plus vaste et diverse que celle qu'on aperçoit quand nous vaquons dans les plaines à nos occupations quotidiennes. Un sentiment d'ivresse et de liberté nous envahit, nous volons d'une vallée, d'un sommet à l'autre. On est aigle ou vautour, izard ou marmotte (selon son tempérament !), on ne fait qu'un avec l'univers qui nous entoure.


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Mais soudain un rugissement nous sort de notre ravissement, nous nous retournons effrayés et apercevons le vieux lion de Pineta, abandonné dit-on par Hannibal lors de son périple vers Rome, qui nous avertit de l'arrivée de l'ennemi le plus redouté du randonneur : le brouillard ! Un poids nous tombe alors sur les épaules aussi pesant que celui qui choit à la lecture de notre relevé d'imposition sur le revenu ! Parviendrons nous à retrouver notre chemin ?

 A suivre.....si on ne s'est pas perdus ! .

 

Si vous appréciez  Eldorad'Oc je vous invite à suivre mon périple en Andalousie sur mon autre blog :

 

 




Texte & Photos Ulysse