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21/09/2012

Images de Corrèze et de Dordogne

 

curemonte,bergerac,sarkozy,sarlat

Après avoir visité Collonges la Rouge  nous arrivons à Curemonte, la blanche, ce joyau médiéval situé sur un promontoire qui domine les vignobles vallonnés de Branceilles. Et oui, on fait du vin en Corrèze et du bon, notamment à la cave au nom évocateur  des «  Mille et une pierres »  car son vignoble s’étend sur des coteaux couverts de cailloux blancs.

Il faut goûter en particulier au vin « paillé » issu d'une tradition du Moyen-Age. Les meilleures grappes sont récoltées à la main, puis  déposées sur des clayettes avant d’être mises à sécher dans des locaux aérés.  Lors du passerillage, le raisin se déshydrate et se concentre en sucre et en arômes.  A l’approche de Noël, les raisins sont pressés, le Vin Paillé est ensuite élevé pendant deux ans minimum. Appelé aussi « Miel des Muses », ce vin peut être servi en apéritif, en accompagnement de foie gras… Un vin idéal pour les fêtes à venir .

Héritage de son prestigieux passé, Curemonte possède rien moins que trois châteaux, trois églises, sept "maisons nobles", une halle, ainsi qu’un bel ensemble de maisons rurales ayant conservé leur authenticité. L’un des  châteaux a été construit au milieu du XVIème siècle par Jean de Plas qui fut, excusez du peu,  ambassadeur de Louis XII et de François 1er en Ecosse. Cela devait être pittoresque  d’entendre annoncer à la cour d’Ecosse la venue de l’ambassadeur par un « Mister Plas from Curemonte »

C’est dans ce château que Colette s’est réfugiée pendant l’exode pour y écrire son livre autobiographique « Journal à rebours » dont je vous invite à lire ce délicieux extrait. Quelle langue ! Quelle concision et limpidité dans le style dont pourraient s’inspirer certains abscons et besogneux écrivaillons d’aujourd’hui.

 

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Ce village est à l’écart des circuits touristiques et l’on peut tranquillement déambuler dans ses ruelles pour admirer ses richesses architecturales, telle que son église romane du XIIème siècle munie d’un clocher-mur appelé aussi clocher-peigne. 


 

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On découvre dans cette église un étonnant retable du XVIIème siècle qui n’est pas un chef d’œuvre, certes, mais qui surprend et séduit par ses couleurs vives et son style « sud américain ». Au risque de choquer les croyants, je dirais que la scène est presque festive et que l’artiste semble avoir été plus soucieux de montrer ses talents de coloriste que d’exprimer de la compassion à l’égard du Christ et de Marie. 

 

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Les villas contemporaines construites sur les flancs de la colline respectent le style des maisons du village pour en préserver l’harmonie. On ferait bien de s’en inspirer dans  mon département l’Hérault où prolifèrent des lotissements sans âme et sans unité entourés d’hideux murs en cairons bruts. 


 

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Nous voici au pied du village de Turenne dont le château domine les maisons disposées en amphithéâtre sur les flancs abrupts d’une colline. Son nom lui vient d’ailleurs du terme celtique « turra » qui veut dire hauteur. C'est un lieu de séjour idéal pour visiter la région et si vous êtes à la fois gourmet et romantique  (et vous l'êtes puisque vous lisez mon blog) je vous conseille de faire une halte à la Maison des Chanoines, magnifique demeure du XVIème siècle transformée en hôtel de charme.


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Les vicomtes de Turenne, dont on voit ici les ruines du château, ont compté quelques hommes illustres : tout d’abord Henri de Bouillon, lieutenant d’Henri IV et chef des Huguenots du Limousin et  surtout son fils le « grand » Turenne, maréchal de France, aux faits d’armes légendaires, et qui sauva maintes fois le royaume.

Un troisième « Turenne » est également célèbre, mais pour de mauvaises raisons : il s’agit du frère aîné du maréchal qui, lorsqu’il hérita de la vicomté, organisa une fête d’une telle munificence qu’elle resta dans les mémoires sous le nom de « semaine folle de Turenne » et qu’il fallut prélever l’équivalent de deux années d’impôts pour rembourser les dépenses occasionnées. 

 

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On ne peut traverser la Dordogne sans visiter Sarlat-la-Canéda, capitale du Périgord Noir, dont les ruelles médiévales sont  bordées d’hôtels particuliers de style gothique ou renaissance, d’églises, de belles demeures « bourgeoises » et d’une multitude de restaurants, passés maîtres dans l’art de cuisiner la truffe et le foie gras.


 

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On y vient des quatre coins du monde et on y voit même des volailles qui,  à leurs risques et périls, ne peuvent résister à l’attrait de visiter ce temple de la gastronomie où elles sont à l’honneur.

 

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La densité des visiteurs est telle qu'il faut parfois jouer des coudes pour avancer dans ses ruelles étroites. Certains d'entre eux feraient bien d'être sur leurs gardes car leur tenue vestimentaire laisse voir des cuisses, des magrets et des manchons qui pourraient intéresser des restaurateurs du genre de ceux qui officiaient à la célèbre Auberge Rouge.

Mieux vaut d’ailleurs y aller hors saison si l'on veut pouvoir faire ses emplettes sur le gargantuesque marché  qui s’y tient tous les matins. Un « must » pour les gourmands est de faire le « marché au gras » (où, je vous rassure, les minces sont également admis) qui se tient tous les jours de décembre à février sur la grand place.

 

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Beaucoup plus calme et bercée par les flots bleus de la Dordogne, voici Bergerac, aussi  plaisante à visiter que le vin qui porte son nom l’est à boire. Je vous recommande, en  particulier, ceux produits par le Château de la Jaubertie qui appartient à des anglais. S’il est un  domaine dans lequel on peut faire confiance aux représentants de la perfide Albion c’est bien celui du vin. Bergerac est aussi  - hélas - la capitale française de la culture de l’herbe à Nicot,  « but  nobody’s perfect!».


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Sur la place qui jouxte l’église St Jacques se dresse la statue de Cyrano de Bergerac qui n’a pourtant rien à voir avec cette cité. En effet le personnage créé par Edmond Rostand est inspiré d’un écrivain du XVIIème siècle, Hercule Savignin Cyrano de Bergerac, qui est né à Paris. Le terme « Bergerac » accolé à son nom vient de la dénomination d’une parcelle de terre possédée par sa famille, dans la vallée de Chevreuse .

La ville s’est ainsi approprié ce héros, kidnapping que l’on veut bien lui pardonner car elle rend ainsi service à la littérature en immortalisant ce personnage dont la tirade du « nez » est un monument ! En voici les premiers vers à écouter en dégustant  un verre….. de Bergerac :

 

Cyrano répond au Vicomte qui lui a dit que son nez était…très grand :

 

Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme !


On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme..

En variant le ton, —par exemple, tenez :


Agressif : « moi, monsieur, si j'avais un tel nez,


Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse ! »


Amical : « mais il doit tremper dans votre tasse :


Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »


Descriptif : « c'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap !


Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule ! »


Curieux : « de quoi sert cette oblongue capsule ?


D'écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »


Gracieux : « aimez-vous à ce point les oiseaux


Que paternellement vous vous préoccupâtes


De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »

 ……..la suite à écouter ICI dite par Gérard Depardieu


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Le charme de Bergerac tient beaucoup au fait qu’il s’agit d’une ville-port dont les maisons s’étagent sur les rives de la Dordogne. Elle a longtemps été un grand centre de batellerie et sa bourgeoisie a d’ailleurs fait fortune dans le commerce fluvial du vin et du tabac qui a prospéré jusqu’à la crise du phylloxera et le développement du chemin de fer.

Aujourd’hui les gabarres ne transportent plus que les touristes qui viennent goûter à la douceur de vivre de cette magnifique région. D’ailleurs une gabarre est à quai qui vous attend……

 Texte  & Photos Uysse

(Toute reproduction interdite sans autorisation de l’auteur)

31/10/2009

En descendant la Dordogne

 

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Une fois n’est pas coutume, je vous invite à vous laisser aller….au fil de l’eau de la Dordogne,  dont la nature « fleuve » ou « rivière » fait débat. Les dictionnaires et encyclopédies la classent généralement comme une rivière confluant avec la Garonne au niveau de l’estuaire de la Gironde, mais certains experts régionaux considèrent que c’est un fleuve ayant un estuaire commun avec la Garonne.

Dans ce débat là, je n’entrerai pas, tenant à être bien accueilli la prochaine fois que je retournerai dans ce pays de cocagne que l’on quitte déterminé à y revenir! Me comprendront ceux qui ont déjà goûté un confit de canard aux pommes de terres sarladaises, arrosé d’un bergerac !

C’est un « fleuve-rivière » qui m’est particulièrement cher car je l’ai vu naître ce printemps sur les flancs du Puy de Sancy d’où jaillissent deux torrents le Dorre et le Dogne qui l’alimentent.

 

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Bercé par le clapotis de l’eau, nous arrivons au niveau de La Roque-Gageac, dont les maisons aux façades ocres et aux toits de lauze sont blotties au pied d’une falaise qui la protège des vents du nord, servant ainsi d’écrin à un superbe jardin exotique.

 

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Cet endroit idyllique était au moyen age le lieu de villégiature des évêques de Sarlat. Comme de nombreux membres du haut clergé de l’époque, ils invitaient leurs ouailles à faire pénitence pour s’ouvrir les portes du ciel, alors qu’ils ne se privaient pas, quant à eux, de profiter des bonheurs terrestres. Heureusement personne aujourd’hui ne fait plus carême car tout le monde sait que Dieu est un fumeur de havane et apprécie le foie gras. Si ce n’était pas le cas il ne permettrait pas le gavage des oies !

 

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Au bout du village, trône le manoir de la famille Tarde dont le membre le plus célèbre fut le chanoine Tarde (1561-1636) qui était historien, cartographe astronome et mathématicien. Les hommes cultivés de cette époque pouvaient aisément maîtriser plusieurs disciplines qui en étaient à leurs balbutiements. Aujourd’hui on fait 20 ans d'étude pour devenir un  spécialiste de la drosophile malanogaster (appelée par les ignorants que nous sommes mouche du vinaigre)  ou des turbulences  magnétiques provoquées par la rotation du 3ème anneau de Saturne.

 

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Mais il nous faut quitter ce lieu car le courant nous entraîne et dans notre monde il est difficile d’aller à contre- courant . On nous appâte sans cesse avec du « nouveau » apposé sur les produits comme si c’était en soi une qualité et comme si « l’ancien » était forcément ringard ou inadéquat.

Notre univers est hypocrite et schizophrène il se sert des attraits  de la jeunesse pour vendre sa verroterie, mais il se refuse, faute soi-disant d’expérience,  à la faire travailler. Quant aux plus anciens, ils ont trop d’expérience et ne sont plus assez malléables. Conclusion : dans nos sociétés modernes il faudrait naître à 30 ans et mourir à 45 !

 

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Nous apercevons bientôt le château de Beynac-et-Cazenac installé en haut de sa falaise, sur un site offrant l’une des plus belles vues de Dordogne.

 

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Le seigneur du lieu retranché dans sa forteresse, et peu au fait des évolutions historiques, nous accueille en tenue d’époque. Il faut dire qu’en cet endroit ont eu lieu de sanglants affrontements. Richard Cœur de Lion s’en empara, puis le sinistre capitaine d’armes Mercadier dont les bandes pillèrent longtemps la région. Vint ensuite le non moins sinistre Simon de Montfort, assassin des Cathares, qui démantela la forteresse. Celle-ci fut reconstruite par le seigneur de Beynac et bien qu’elle soit passée un temps au mains des anglais pendant la guerre de cent ans, elle a gardé l’aspect qu’il lui avait donné.

Ne souhaitant pas perturber le maître des lieux en lui signalant que les anglais avaient fait un retour en force dans la région, nous le laissons à sa garde méditative, lointain confrère du lieutenant Drogo du Désert des Tartares.


 

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En ce doux pays, les seuls crimes qui soient aujourd’hui commis concerne le peuple des oies et des canards qui en sont l’emblème et dont les cuisses, cous, gésiers, manchons, foies ravissent les estomacs tout en préservant, merci seigneur, nos artères.

Ils sont à la base du paradoxe français qui nous assure d’heureux vieux jours et épate les anglo-saxons. Certains ayatollas prohibitionnistes pseudo scientifiques tentent aujourd’hui de contester ces faits mais je leur parierais volontiers une caisse de bon vin rouge qu’ils mourront avant moi. Le problème de ce genre de pari est que celui qui perd ne peut honorer son contrat.

 

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Mais plutôt que de se lancer dans de vaines polémiques avec ces tristes sires, je vous invite à admirer les courbes sensuelles de la Dordogne qui va en aval faire don de son eau au vignoble du Bergerac qui la transforme en vin et l’offre ensuite à nos gosiers, Le seul vrai bonheur de l’existence et dans le don et c’est un crime que  de refuser ce qui est ainsi offert.

 

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Le vin donne de l’imagination aux hommes et sans l’ivresse qu’il procure comment pourrait-il imaginer de faire tenir d’aussi frêles arches de pierre au dessus de l’eau ? N’est ce pas là une preuve incontournable des bienfaits du vin ?


Texte & Photos Ulysse