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04/02/2011

Méditations au prieuré de Saint Michel de Grandmont

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Le charme de notre région ne réside pas seulement dans la diversité de ses paysages mais aussi parce que l’on que l’on y trouve, dans les endroits les plus reculés et les plus sauvages, des édifices historiques de toute beauté. Mais ne soyons pas angéliques : de pittoresques chemins vous conduisent aussi à des tas d’immondices, de gravats ou de vieux pneus, des carcasses d’engins divers «abandonnés par des « cancrelats » dans la nature .  Et ces « cancrelats » sont aussi bien des villes que des champs, l’exercice d’une activité agricole ou viticole ne conduisant pas toujours, hélas, au respect de l’environnement, bien au contraire.

 Mais pour en revenir aux lieux enchanteurs, il en est un situé  à quelques kilomètres de Lodève - pittoresque bourgade blottie au pied du plateau de l’Escandorgue  - le long de la départementale 149E qui grimpe à  près de 500 mètres sur le plateau du Larzac et  traverse de magnifiques châtaigneraies. Il s’agit de l’élégant prieuré de St Michel de Grandmont qui domine la vallée de la Lergue.

 

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Datant du 12ème siècle il est l'un des mieux conservés des 150 monastères  édifiés par l’ordre de Grandmont,  fondé en 1125 par Étienne de Muret et qui a participé au renouveau du monachisme aux XIème et XIIème siècles. Une élite spirituelle contestait à cette époque la vie monastique installée dans le confort matériel et recherchait la solitude pour la prière et la contemplation, à l'exemple des ermites des premiers temps de la chrétienté.

 Jeûner, marcher pieds nus, vivre dans  un silence perpétuel et la pauvreté absolue étaient quelques uns des préceptes appliqués par l’ordre de Grandmont. J’avoue que j’aurais eu du mal à être des leurs car si j’adore marcher pieds nus, c’est sur le sable chaud et si je suis capable de jeûner c’est entre le déjeuner et le dîner. Quant aux exigences de silence et de pauvreté  je ne  remplis pas non plus les conditions, bien que pour  le dernier critère  je fasse d’année en année de gros progrès grâce à notre  tsarounet  rolexé Nicolaëv, roi des bonimenteurs.

 

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Le cloître de style roman est d’une grande  sobriété et ne comporte aucune sculpture afin de ne pas distraire l’esprit des ermites qui venaient y méditer.  Il serait sans doute salutaire pour nous qui sommes en permanence soumis à un flot d’informations triviales et de messages frivoles de passer quelques jours en ces lieux pour faire une cure de désintoxication et méditer sur les  choses essentielles de l’existence. Comme par exemple de s’interroger pour savoir s’il est moralement moins condamnable  de dévorer en une seule fois une tablette de chocolat au lait plutôt qu’ une tablette de chocolat noir ?

 

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L’ église également très sobre  est le type même de l'église grandmontaine avec sa nef en berceau brisé et son chevet en cul-de-four que l’on voit sur la photo prise à l’extérieur. Son acoustique est remarquable et tous les ans des concerts  y sont donnés, dans le cadre du festival de Montpellier. Si vous y allez, mettez vous au cœur du chevet et chantez : vous serez étonné (ou effrayé selon votre talent)  par l’amplitude que prendra votre voix.

 Mais les exigences très strictes de l’ordre vont au fil du temps décourager les candidats à la vie érémitique qui n'étaient plus que quatre à la fin du XVIème siècle En 1772, l’Ordre fut supprimé et le monastère, son domaine et ses revenus  attribués au Chapitre de la Cathédrale de Lodève puis  adjugés en 1791 comme « Bien National » à un négociant de Lodève pour être finalement partiellement transformé en chais.. Que le vin ait coulé à flots en ce lieu où vivaient des ascètes est pour moi un merveilleux symbole : nul ne peut résister au charme des vins du pays d’Oc .

 Racheté en 1957 par la famille Bec, l’édifice a été réhabilité avec l'aide de la Caisse Nationale des Monuments Historiques et sert actuellement pour des rencontres culturelles .

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On trouve aussi dans l’immense et magnifique parc du prieuré des mégalithes qui témoignent de l’intérêt porté à ce lieu par les hommes depuis la nuit des temps. Pour moi, le choix des bâtisseurs de mégalithes n’était pas anodin et tenait compte des forces telluriques. Et de fait quand j’y suis allé en octobre dernier il y avait dans l’air, me semblait-il,  une  vibration particulière qui stimulait mon énergie. Mais peut être était ce simplement la beauté de lieux qui agissait sur moi  ?

 

 

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Il faut dire que la vue de ces pierres superposées de plusieurs tonnes me fait toujours une très forte impression. L’homme, cet être frêle à l’aune de la création, tire de son esprit, une force illimitée qu’il peut employer pour le bien comme pour le mal. Pour éviter le mal les meilleurs antidotes que je connaisse sont le savoir et la beauté, et c’est sans doute parce que tant de gens en sont privés qu’il y a autant de violence dans le monde.

  

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Le parc comporte plusieurs plans d’eau où les arbres peuvent se mirer. Quand l’automne vient ils dépriment d’apercevoir  leur ramure dépouillée. Eole, qui a  prêté main forte à l’automne pour les dénuder, prend alors pitié d’eux et souffle sur les eaux pour  brouiller leur reflet.

 

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Ce lieu où les chasseurs n’ont pas droit de cité est un havre de paix pour les animaux qui se laissent ainsi approcher, rencontres  précieuses qui sont de plus en plus rares dans les lieux non protégés de l’homme. Je saisis l’occasion pour pousser un cri d’alarme car je fais d’année en année le constat de la raréfaction progressive des oiseaux dans les jardins et les campagnes, signe incontestable du lent tricotage de la biodiversité  dont dépend pourtant notre survie.

 

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 Quelle douce émotion nous envahit alors de pouvoir longuement croiser le regard de ces êtres si doux et graciles.  L’appareillage technologique des sociétés modernes, dont je ne méprise pas pour autant les bénéfices, est incapable d’offrir à nos vies des instants d’une telle richesse.  Il est nécessaire  de temps en temps de débrancher tout!

 

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Dans ce morceau de paradis, une beauté en appelle une autre et la nature sensible au respect que mes amis et moi lui manifestions nous a gratifiés ce soir là  d’un crépuscule wagnérien. Ne s'attend on pas, en effet, que des eaux noires de ce lac sorte soudain un vaisseau fantôme ?

 

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J’appliquerai pour la fin de cette note la règle du silence qui prévalait autrefois au Prieuré, considérant que mes mots ne feraient qu‘édulcorer la somptueuse beauté du ciel ennuagé qui s’est alors offert à nos regards.

 

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C’est ainsi que moi le mécréant,  je suis entré en méditation en ce lieu magique du prieuré de Saint Michel de Grandmont !

 

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Textes & Photos Ulysse

 

15/11/2010

Je suis l'homme qui a vu l'ours !

REPRISE D'ARCHIVE
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L'ours brun des Pyrénées est un animal farouche et chanceux sont ceux qui peuvent l'apercevoir. De fait on voit plutôt l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours ! Et bien je vais vous surprendre mais lors d'un périple dans les Pyrénées j'ai aperçu dans une pinède près du refuge de Marcadau Wallon, au dessus de Pont d'Espagne, un ours qui ne semblait pas importuné par ma présence.

Pour ma part, n'étant guère rassuré, je m'apprêtais à décamper quand je l'entendis me crier « hello ! Ulysse, ne t'enfuis pas, je ne te ferai aucun mal, je veux juste m'entretenir avec toi du triste sort qui est le notre. Je sais, pour lire régulièrement ton blog, que tu aimes la nature et les animaux sauvages et j'aimerais que tu sois notre porte parole
»

 

 

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Les gambettes malgré tout un peu flageolantes je m'installais au pied du pin où il me rejoint.« Tu connais le proçès que l'on nous fait de n'être que des slovènes sanguinaires qui terrorisent les moutons » me dit alors la plantigrade. « Même que Fabius, l'un de vos ex-premiers ministres, ne craignant pas le ridicule, a déclaré sur une radio matinale que l'on aurait du importer des ours herbivores et non carnivores pour repeupler les Pyrénées. Ce crâne d'oeuf qui se prétend capable de gouverner la France, ne sait pas qu'il n'y a pas d'ours herbivore !

Nous sommes, comme vous, omnivores et, comme vous, nous mangeons ce qui se présente : herbe, miel, baies, et, nous le reconnaissons bien volontiers, de temps en temps un agneau...! Mais si l'agneau est bien gardé par son berger aidé par ses patous, on ne s'y risque guère et on passe notre chemin, par contre si l'agneau est laissé à lui même, abandonné par son berger qui se prélasse dans la vallée assis devant la téloche, les poches pleines des biftons des subventions qu'il touche pour ses porteurs de laine, alors là on ne se prive pas, on prélève notre dime en chair fraiche ! Ces pseudo-bergers des villes hurlent après coup d'autant plus fort qu'ils veulent faire ainsi monter le montant des indemnités qu'ils touchent pour notre petit larcin !


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C'est la même chose avec mon ami le loup qui ne se frotte guère aux vrais bergers qui sont sur le terrain et savent y faire. Et puis on nous met sur le dos bien des crimes commis par des chiens errants abandonnés par leurs maîtres inconséquents.

Mais, certains te rétorqueront : à quoi ça sert d'avoir des ours qui se baladent dans les Pyrénées, qui bouffent de temps en temps un agneau et que l'on voit jamais ? Où est l'intérêt des hommes dans tout ça ? A ceux là, tu leur demanderas à quoi servent les aigles et les condors maîtres des cîmes, les alligators et les requins qui règnents dans les eaux , les éléphants, les lions et les buffles rois des savanes africaines et qui sont tous de redoutables prédateurs! A quoi servent les gorilles et les papillons, les écureuils et les scarabés, les hirondelles et les kangourous ?

Ils sont la richesse de notre univers, l'expression de l'extrême diversité de la vie et la garantie de son maintien sur la terre malmenée par la vision mercantile et utilitariste de l'homme.

La déambulation majestueuse des éléphants dans la savane, les ballets nautiques festifs des cétacés, la dérive silencieuse et altière des condors, le dodelinement pataud et faussement débonnaire des grizzlys, la course folle des guépards, la nage sournoise des crocodiles sont le symbole et l'image même de la liberté et du flux vital qui fait de notre planète un monde unique.


Ne laissons pas les « clefs » de la terre aux « nemrods » de tous poils qui préfèrent contempler un oiseau mort plutôt qu'un vol d'oiseau, un champ de colza plutôt qu'une forêt tropicale et quadrillent notre planète de barbelés et de miradors d'où ils tirent sur tout ce qui ose réclamer un espace de liberté sans avoir prêté allégeance à l'homme.

Ce dernier n'a tendance qu'à voir son intérêt financier et rêve de faire de la terre une vaste ferme où il élèverait veaux, vaches, cochons, poulets...mais attention à trop rêver de picaillons, à tout vouloir transformer en espèces trébuchantes il finira comme Perrete et cassera sa cruche ou comme Crésus, mort sur son tas d'or!

Je vous laisse méditer ce message en espérant ne pas être le dernier homme qui aura vu l'ours !

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PS: Sur ce sujet je vous invite à lire le magnifique roman prémonitoire de Romain Gary "Les racines du ciel" en livre de poche.

Texte & Photos Ulysse