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23/06/2018

Périple à travers les Causses (1ère partie)

 

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Me voici de nouveau parti avec une bande d’amis pour un périple de trois jours à travers le Causse Noir, bordé au sud-ouest par la Dourbie et au nord par la Jonte, et le Causse Méjean bordé au sud par cette dernière rivière et au nord par le Tarn. Nous faisons une première étape dans le village perché de St-Véran (à ne pas confondre avec son homonyme du Queyras) que domine l’ancien château du marquis de Montcalm, qui mourut à Québec en défendant la ville assiégée par les anglais. Mourir sous les coups d’un peuple qui a grillé la Pucelle d’Orléans sur un barbecue, quel triste sort !

 

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Le promontoire rocheux sur lequel ce château est perché comporte des falaises, formidables défenses naturelles contre un éventuel ennemi venant du plateau. Les hommes d’aujourd’hui soumettent la nature à ses seuls intérêts immédiats en hypothéquant leur avenir alors que les hommes du passé savaient intelligemment l’exploiter.

 

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Si ce n’était la présence de quelques véhicules, on se croirait plongé dans un passé médiéval, les bâtiments ayant conservé leurs matériaux et leur allure d’origine.

 

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Il n’y a ici aucune « scorie » moderne, comme on en voit hélas dans les villages de la plaine languedocienne défigurés par les parpaings (ou cairons) bruts. Les maires de mon département - l'Hérault - feraient bien de faire un tour en ce village pour s’initier à l’esthétique urbanistique. Mais à vrai dire ce serait parfaitement inutile car ils ne sont pas choqués par les horreurs qu’ils laissent construire. Partout ailleurs les gens semblent avoir à coeur d'embellir le lieu où ils vivent, chez moi c'est le contraire ! 

 

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Sachez donc qu’il existe en notre beau royaume au moins un village où les habitants ont le sens du beau !

 

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Il faut dire que la beauté du site et de la nature environnante ne peut qu’inciter les âmes bien nées à les respecter.

 

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A quelques kilomètres de là, nous découvrons une autre merveille : le moulin de Corps alimenté par une résurgence et situé dans un site enchanteur.

 

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Ce moulin qui fut autrefois une minoterie puis moulin à huile a finit sa vie « active » comme centrale hydroélectrique. C’est aujourd’hui une propriété privée et on ne peut que saluer le propriétaire pour le travail d’entretien qu’il accomplit. Je n’en dirai pas autant de certains des habitants de mon village qui semblent apprécier de vivre dans une déchetterie !

 

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Nous fouettons nos montures pour galoper jusqu’au village de St André de Vézines au cœur du Causse Noir à proximité duquel se dresse l’étonnant chaos rocheux de Roques Saltes qui domine le plateau d’environ cinquante mètres.

 

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Les prairies environnantes fournissent une herbe généreuse propice à l’élevage et les anciens y ont édifié une magnifique ferme caussenarde qui, au contraire de votre serviteur, n’a pas pris une ride ! La vie y était certainement rude mais ponctuée de moments de vrai bonheur à humer l’odeur des foins, à écouter le vrombissement des abeilles, les cris des busards ou le chant des alouettes, à se désaltérer le soir d’une chopine de piquette en se régalant d’un fricandeau et d’un quignon de pain avec du Pélardon et à contempler, la nuit, les étoiles.

 

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Partons, sur les pas de Gibus, explorer ce chaos rocheux, amas de vieux chicots sculptés par l’érosion dans un socle sédimentaire laissé par une ancienne mer qui recouvrait la région il y a cent millions d’années.

 

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On croise l’un des antiques bergers que des siècles de garde ont fossilisé.

 

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Grâce à la protection contre le vent qu’il assure et le ruissellement des eaux sur les rochers, ce chaos crée une zone propice au développement des arbres qui servent également de refuges aux oiseaux, favorisant la biodiversité.

 

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Car en ces lieux le vent peut y être violent l’hiver et la canicule sévir en été. D’ailleurs on aperçoit juché sur l’un des rochers, l’un des anciens fermiers, pétrifié, les mains jointes, semblant implorer le ciel de faire tomber la pluie !

 

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Il n’ y a pas de meilleure illustration de la force du vent qui souffle en ces lieux que cette arche qu’il a creusée, aidé par la pluie, dans l’un des rochers du chaos.

 

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Nous quittons provisoirement le Causse Noir pour nous rendre au pied de l’Aigoual où la rivière Bonheur, qui dévale sur son flanc Ouest, a creusé sous terre un canyon de 700mètres pour ressortir sous la forme d’une belle cascade. L’endroit où elle s’engouffre dans le sol est nommé « la perte du Bonheur » endroit qu’à mon avis il vaut mieux ne pas fréquenter !

 

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A sa sortie de terre, la rivière prend le nom de Bramabiau que lui ont donné les anciens qui trouvaient qu’elle « beuglait comme un bœuf » (brama biou en occitan) et qui ne savaient pas qu’il s’agissait de la résurgence de la rivière Bonheur.

 

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Nous revêtissons une petite laine pour pénétrer dans le boyau souterrain où règne en permanence une température de 10 ° idéale pour une cave à vin. Sauf qu’avec toute cette eau je n’aurais pas confiance  d’y mettre du vin !

 

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Pendant une heure nous allons ainsi cheminer sous terre, en remontant le cours de la rivière et découvrir le travail de sape colossal qu’elle a accompli au cours de sa très longue existence qui n’a en rien altérer sa fougue ! Pour ma part, bien que d’un naturel allant, je reconnais sentir le poids des ans !

 

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Ce canyon fut exploré pour la première fois en 1888 par E. Martel qui, accompagné de quelques courageux (voire inconscients !) camarades et muni seulement de cordes, en effectua la descente à partir de la Perte du Bonheur. Saluons leur audace pour se lancer dans une telle aventure ne sachant pas quels obstacles ils rencontreraient. C’est ainsi, au demeurant, que l’homo sapiens né dans une contrée tropicale africaine a finit par créer des igloos au Groenland !

 

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Quand on découvre les cascades qui ponctuent le cours souterrain de la rivière on mesure mieux la témérité de ses premiers explorateurs !

 

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Cela dit, il faut aussi aux visiteurs d’aujourd’hui une bonne dose de confiance et d’optimisme pour s’engouffrer dans ce lieu, car par endroits le plafond du canyon est constitué d’un agglomérat de roches soudés par les sédiments dont le guide vous assure qu’il n’y a aucun risque qu’il nous tombe sur la tête. Comme mes ancêtres gaulois je n’en suis pas si sûr !

 

A suivre….

*****

Si vous aimez ce blog, peut être aimerez vous aussi mes chansons

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Trois nouvelles dont "Tu es l'obscur objet de mon désir"

sont postées sur les plateformes musicales

dont DEEZER (cliquez sur le nom)

Certaines sont aussi publiées illustrées par des photos sur mon blog Canta la Vida

la dernière étant "Chanson idiote "

Vous pouvez aussi les écouter classées par album sur mon blog

OLD NUT WIX

(intégralité des chansons - sauf les 2 derniers albums - classées par album)

(cliquez sur les liens dans le haut de la colonne à droite)

 


Texte & photos Ulysse

 

14/06/2010

Bonheur perdu et retrouvé…..

 

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Je m’appelle le Bonheur et je suis un modeste torrent qui naît sur les flancs gréseux et argileux de l’Aigoual près du col de La Serreyrède à 1300 mètres d’altitude. Dès que la pente s’incurve, je retrouve un peu de sérénité et lambine, insouciant, au milieu des prés fleuris. Je pourrais alors mener une existence sans histoire pour aller mêler mes eaux fraîches et limpides à La Jonte qui coule en aval. Mais la géologie du lieu en a décidé autrement...

 

 

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Car le grès fait soudain place au calcaire soluble dans l’eau, ce qui m’a, au demeurant, permis de creuser un joli tunnel dans la barre rocheuse qui s’opposait à mon cours. Mais, ralenties par cet obstacle inopiné, mes eaux ont aussi creusé le sol et un jour, il y a fort longtemps, bien avant que les hommes n’apparaissent sur la terre, le sol s’est effondré et je me suis retrouvé précipité dans l’abîme ! C'est ainsi que ma mésaventure a inspiré aux hommes du lieu la célèbre comptine " le bonheur est dans le pré, cours y vite, le bonheur est dans le pré, cours y vite, il va filer..... !"

 

 

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Vous allez me dire que peu vous  chaut que mes eaux chutent ainsi vers le cœur de la terre . Mais si l’on m’a dénommé le Bonheur c’est sans doute que les humains qui fréquentent mes rives y trouvent la félicité en y pêchant la truite ou en se rafraîchissant l’été dans mes eaux limpides. Et perdre le Bonheur n’est pas une chose enviable ! Quand votre petit(e) ami(e) vous quitte , vous vous consolez en vous disant « Un(e) de perdu(e) dix de retrouvé(e) » mais quand on perd le bonheur, c’est moins facile de le récupérer !

 

 

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Me voilà donc parti pour un long et terrible cheminement, emprisonné dans les entrailles de la terre, tombant toujours plus bas de chute en chute. Imaginez ma frayeur lorsque ce phénomène s’est produit pour la première fois, mes eaux se cognant dans le noir à des roches acérées et ne sachant pas si elles allaient un jour revoir le jour.

 

 

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Aujourd’hui que les hommes ont installé des lumières tout au long de mon cours, ma situation s’est grandement amélioré et j’ai le plaisir d’avoir la compagnie de visiteurs au moins pendant les heures d’ouverture. Je suis d’ailleurs assez flatté que mon sort attire autant de monde, car je n’imaginais pas que les hommes puissent prendre autant de plaisir à voir de l’eau couler. Même Ulysse , cet aquaphobe notoire, est venu m’admirer !

 

 

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Il faut dire que j’ai accompli un travail digne d’Hercule et creusé un impressionnant canyon pour tenter de trouver une issue.

 

 

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Pendant des millénaires je me suis fourvoyé à creuser des galeries qui m’ont mené dans des impasses. J’ai alors rebroussé chemin et repris mon cours dans une autre direction.

 

 

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Les falaises qui me bordent sont peuplées d’êtres étranges que la lumière des hommes permet aujourd’hui d’admirer.

 

 

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Elles ne bougent pas d’un poil et se laissent volontiers photographier par les visiteurs, ce qui à vrai dire me rend un peu jaloux, car elles détournent leur attention de mon cours. Il ne faudrait quand même pas oublier que c'est grâce à moi que l'on peut les contempler.

 

 

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Mais je me console en me disant qu’elles sont condamnées à vivre sous terre pour l’éternité alors que je sais , aujourd’hui qu’au bout de mon calvaire je vais retrouver le jour ! C’est d’ailleurs pour cela que mon cours s’accélère car je sais que l’issue est proche.

 

 

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Hourrah ! j’aperçois enfin la lumière du jour qui filtre par une brèche ouverte dans les flancs du massif de l’Aigoual .

 

 

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La lumière du jour irise mes eaux et j’aperçois le vert manteau des conifères, qui n’a jamais si bien porté son surnom de couleur de l’espérance !

 

 

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Et me voilà dehors, jaillissant dans un somptueux cirque de falaises, ronronnant de plaisir de pouvoir enfin de nouveau contempler et refléter le bleu du ciel. Une fausse note gâche pourtant un peu mon plaisir : les premiers hommes qui ont découvert ma résurgence ne savaient pas qu’ils avaient retrouvé le Bonheur disparu sur les hauts plateaux. Ne sachant qui j’étais et comme je faisais, selon eux, le bruit d’un bœuf qui brame , ils m’ont appelé « Bramabiau » .

Mais finalement peu importe , je suis tout à mon bonheur d’avoir retrouvé la liberté !


PS : Pour tout savoir sur le site de l'Abîme de Bramabiau exploré pour la première fois  le 27 juin 1888 par une équipe d'hommes courageux emmenés par Edouard Martel, cliquez "Ici" . Cette exploration fut l'acte fondateur de la spéléologie.


Texte & photos Ulysse