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07/03/2011

Balade estivale au Saint-Guiral

saint-guiral,carotte,ronsard,cévennes

 

Le printemps montre le bout de ses pétales sur les amandiers. En attendant qu’il s’installe définitivement, je vous propose aujourd’hui de remonter le temps et de revenir au cœur de l’été 2010.

Dirigeons nous au pied du mont  Saint-Guiral, au cœur des Cévennes, là où les nuits restent fraîches même en plein mois d’août, la terre humide exhalant au petit matin une haleine dorée sous la caresse des rayons du soleil.

 

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Nous prenons peu à peu de l’altitude. Des bataillons de sapins en rangs serrés, bannissant tout intrus, colonisent les crêtes et les pentes ensoleillées alors que des hordes indisciplinées et métissées de feuillus, hébergeant champignons, lichens, fougères, insectes, oiseaux, mammifères, privilégient les vallons et les pentes humides et fraîches. Ainsi même dans le peuple arboricole, on trouve des individus xénophobes et d’autres ouverts aux étrangers.  Chez les uns la vie explose alors que le désert règne chez les autres.

 

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Le dix-neuvième siècle a été fatal aux forêts qui recouvraient autrefois les Cévennes. Les industries du verre, du bois et du papier conjugués au surpâturage des moutons ont eu raison d’elles et ont conduit, sous la violence des orages fréquents dans cette région, à une érosion dévastatrice menaçant les villages et villes des vallées.

Pour endiguer cette évolution le reboisement a été entrepris à partir de la fin du dix-neuvième et tout au long du vingtième siècle afin de redonner à cette majestueuse chaîne de montagnes un manteau forestier protecteur.

 

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Nous voilà au pied de la masse rocheuse granitique qui coiffe le Saint-Guiral qui culmine à 1366 mètres d’altitude. Sa forme pyramidale en fait un des plus beaux sommets que je connaisse, le sens esthétique n’étant pas incompatible avec le port de gros godillots, comme la vulgarité avec des escarpins vernis.

 

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 Du sommet la vue porte par temps clair jusqu’à la Méditerranée  et par temps de brouillard jusqu’à la pointe de vos chaussures, et dans ce dernier cas il vaut mieux éviter d’y grimper.

 

 

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J’aime fréquenter les sommets qui offrent de vastes espaces à mon regard, rapetissant arbres et montagnes et me donnant le don d’ubiquité qui me permet de voltiger ici et là. Je ne suis alors qu’un pur esprit (pas très raffiné, mais esprit quand même !) débarrassé de mon corps. Un ange, en quelque sorte, auquel il est – heureusement – permis de pécher !

 

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 Il est toujours émouvant de rencontrer des cairns, symbole de la solidarité qui lie les randonneurs et vient de la nuit des temps, quand l’homme  s’étant décidé à descendre des arbres commença à explorer la terre. Depuis lors il a inventé le GPS et ces magnifiques édicules qui défient les lois de l’équilibre risquent de disparaître. Je vous invite donc tous et toutes à œuvrer pour leur préservation et déposer votre pierre sur chaque cairn que vous rencontrerez.

 

 

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 Parfois la configuration du terrain nous permet de découvrir sur de longues distances le chemin qui nous reste à parcourir. Ainsi un bout de notre avenir se déroule devant nous et nous pouvons donc voyager dans le temps. Le chemin de notre vie est-il aussi déjà tracé quelque part dans la galaxie où sommes nous vraiment libre du choix de notre route ? Peut-être  prenons nous dix mille routes à la fois et avons autant de vies pour en prendre conscience ? Dans ce cas, j’espère en être à mes toutes premières à condition qu’il y ait des vignes partout où je suis passé et où je passerai !

 

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La descente traverse de fabuleuses hêtraies où le soleil, roi du système solaire, ne fait que de timides incursions. Les frondaisons des arbres se nourrissent de l'énergie de cet astre dont on peut faire ensuite un feu de joie ou griller des saucisses ! Imaginez la tête d'Aton s'il apprenait un jour que ses divins rayons servent à faire griller de la "charcutaille" !

 

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Dans notre pays hyper-réglementé le code de la route s’applique même sur les sentiers de randonnée où l'on est sensé garder sa droite même en l’absence de marquage ! Gibus un brin rebelle ne se plie guère à cette obligation et ce n'est pas moi qui irait le dénoncer !

 

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Nous traversons un vaste « abattoir » où s’entassent les troncs mutilés de centaines  d’arbres. Qui se soucie de la douleur d’un arbre que l’on scie ? Cette remarque vous fera peut être sourire mais pourtant un botaniste indien Jadgadish Chandra Bose a établi au moyen de diverses expériences que les plantes avaient une sensibilité et réagissaient à des courants électriques ou à du chloroforme. Des jardiniers prétendent également avoir  entendu des carottes crier alors qu’ils les arrachaient ! 

 

Ronsard lui même a pris la défense des arbres dans son élégie contre les bûcherons de la forêt de Gastine qui commence ainsi :

Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras;

Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas;

Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force

Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?


Militons donc pour que les arbres des exploitations forestières soient anesthésiés avant d’être abattus !

 

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Nous passons discrètement le long de la scierie afin de ne pas  nous faire remarquer de peur qu’il y ait méprise, car avec Gibus nous sommes un peu « tête de bois » et nous n’avons pas envie de finir sous forme de plaques d’aggloméré !

 

Texte  & Photos Ulysse

 

24/10/2008

A la conquête du Saint Guiral (1368m)

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Le titre de ma note évoquera sans doute pour vous la quête du Saint Graal et il est vrai que ce choix n'est

pas innocent car ces aventures ont un point commun.



Certes le Saint Graal n'est qu'une chimère alors que le Saint Guiral est l'un des sommets du massif

des Cévennes auquel tout un chacun peut accéder. Mais ce qui rapproche ces démarches est qu'en les accomplissant,

le but que l'on poursuit vraiment, est la rencontre avec soi même, avec le risque de découvrir quelqu'un de

pas vraiment sympathique!


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La détermination, la ténacité, les efforts qu'impliquent toute randonnée un brin sportive en montagne vous font,

de fait, cheminer en vous même, lieu qui se révèle au demeurant plus ou moins tortueux. Il n'y a plus

l'interposition des « choses » babillantes (télé, radio, mobiles) qui envahissent notre quotidien et sans cesse nous

tirent hors de nous.



Aussi le monde qui n'était plus qu'un décor retouve une densité, une présence grêce à l'interaction physique

intense entre nos muscles, nos yeux, notre souffle, notre coeur, nos pensées avec le sol, le vent, la lumière, les forêts,

les champs, la faune et la flore. En ville la seule chose qui nous relie à la nature sont lesdéjections que les cousins dégénérés

de canus lupus sèment sur les trottoirs pour tenter d'attirer l'attention des humains toujours pressés !


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En grimpant vers le Saint Guiral, nous sommes en osmose avec l'univers dont notre conscience devient

le point central. Les lignes bleues des chaines de montagnes successives, dont émerge au loin le Pic d'Anjau,

forment des cercles magiques autour de ce centre. Je dis « magiques » car ces paysages m'hypnotisent et me

font penser aux vers d'Alphonse (Lamartine pour les non intimes ) « Objets inanimés avez vous donc une âme

qui s'attachent à notre âme et la forcent d'aimer ? »


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Contrairement à nos contemporains qui meurent le plus souvent grabataires dans les hopitaux tuyautés

comme des circuits d'arrosage, les arbres ont su garder leur dignité et meurent debout offrant leur squelette à

notre méditation. Quand l'homme aura réussi à se rendre immortel, il n'aura plus de jeunesse ni d'age mur ni

de veillesse; il pleurera alors amèrement ces bonheurs enfuis des ages de la vie.



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Une forêt de hêtres nous offre la fraîcheur de ses ramures et crée un théatre d'ombres qui jonglent

avec des confettis de soleil.


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Nous voilà rendu au pied de la pointe rocheuse terminale du Saint Guiral .Nous réveillons le bouc qui sommeille

en nous et grimpons au sommet. La vue majestueuse (comment pourrait-il en être autrement ?) s'étend au delà

de Pluton mais faute de jumelles nous ne pouvons pas voir le temps qu'il y fait !


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Entamant notre descente vers le village d'Alzon dont nous sommes partis, nous évitons de peu le

s tentacules d'un hêtre-poulpe qui tente de nous agripper au passage. Savez vous qu'il existe ansi des arbres

carnivores qui dévorent les promeneurs qui ont l'inconscience de passer trop près d'eux ou de se reposer à leur pied.


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Nous pieds foulent la toison d'or des collines que les hommes puérils croient s'approprier en leur plantant

dans le dos des banderilles ornées de fils barbelés.


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Des vaches qui en cette période de chasse craignent pour leur existence vu la maladresse

chronique des chasseurs du cru, apercevant des bipèdes (pourtant inoffensifs cette fois) se découvrent

des talents de chamois pour grimper le talus pourtant fort pentu


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Avant de rejoindre nos pénates, rompus, fourbus, nous jouissons longuement du spectacle de la mer de

collines et de montagnes que nous avons arpentées et sur les chemins desquels nous (moi et moi) nous sommes

un instant « retrouvés » ..Ma foi, on a passé un bon moment ensemble, c'est assez réconfortant somme toute de

découvrir que l'on est « fréquentable ».


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PS Cette randonnée qui part du village dAlzon fait environ 20km, 900m de dénivelé et représente 6H30

de marche effective. Pour plus de précisions, laissez un commentaire.



Texte & Photos Ulysse





28/07/2008

Le coeur s'emballe sur l'Aigoual !

http://eldorad-oc.midiblogs.com/images/DSC02822.JPG


Echaudé par mon expédition sur le Pic de Nore (voir ma note du 21 juillet dernier), cette collinette à

vaches, je me suis mis en quête d'un vrai sommet, un de ceux qui vous font battre le coeur, tirer la langue et

arrondissent les mollets. Et comme l'on dit à La Chaux de Fonds, rien ne vaut un homme aux mollets ronds pour

gambader sous l'édredon !»



Ayant déployé mes cartes du pays d'Oc, mon regard fut attiré par l'Aigoual, le plus haut sommet des

Cévennes, dont je connaissais la mauvaise réputation au plan climatique. C'est en effet, en raison de la

confrontation de l'air océanique et de l'air méditerranénen, un lieu où règnent les extrêmes en matière de pluie

(record de 60cm d'eau en un jour, 10,3m de neige durant l'hiver 95-96) de vent (rafales de 360km/h le 1er

novembre 1968) et de froid (-28° en 1956).


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Ayant jeté un oeil aux courbes de niveau, je constatais que le massif présentait un profil respectable

pouvant être classé dans la catégorie « montagnard ». De fait, en empruntant le chemin dit des 4000 marches

qui part de Valleraugue à 300m d'altitude, on pouvait s'offrir jusqu'au sommet (1567m) 1250m de dénivelé, soit

2500m en tenant compte de la descente qui, les montagnards le savent bien, sont plus éprouvantes pour les

articulations que les ascensions.



La météo étant favorable, le lendemain nous voilà donc à pied d'oeuvre sur les premières marches du

parcours. Des marches il y en a en effet, mais pas 4000 comme annoncées, tout a plus une cinquantaine qui

vous montent au dessus du village et font place ensuite l à un bon sentier muletier, mis à part quelques épisodes

un peu rocailleux sans grosse difficulté.



Usurpée donc cette appellation de « 4000 marches » mais moins scandaleuse cela étant que l'attribut

de Pic donné au Pic de Nore (vous avez noté, que j'ai la rancune tenace !).


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Le chemin sinue au départ sous la voute d'une magnifique forêt de chataigners dont quelques

spécimens sont parmi les plus énormes que je n'ai jamais vus. La ramure de l'un d'entre eux constituait à elle

seule une forêt.


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Le silence s'impose à vous quand on croise ainsi des êtres de plusieurs siècles dont certains hébergent

dans leurs troncs évidés, j'en suis persuadé, les esprits de la forêt. Malheur alors à celui qui traîne ici la nuit

tombée, car il se retrouve vite emprisonné à jamais dans le liber de l'écorce, comme cette malheureuse chèvre

dont la tête émerge exprimant le désespoir.


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Avec l'altitude les arbres se raréfient et laissent la place à la garrigue, puis la lande à genets, puis enfin

aux alpages qui permettent d'apercevoir au loin le sommet convoité. Ainsi en grimpant nous changeons de

climat et de végétation, chaque 1000mètres « ascendus » nous transportant au plan climatique 1000km au

nord.


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Le chemin suit la ligne de crête de l'une des serres qui rayonnent en étoile autour du massif,

ménageant des points de vue somptueux sur les vallées environnantes. Mis à part quelques cris d'oiseaux se

moquant de nous, pauvres bipèdes patauds se trainant péniblement sur les chemins, seuls se font entendre nos

souffles et nos battements de coeur.


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La rumeur du monde urbano-motorisé des hommes s'est éteinte et l'on renoue pour quelques heures le

fil cassé de notre lien atavique avec la nature, excellent antidote pour dissiper les futilités et les faux soucis de

nos existences d'occidentaux nantis..



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Arrivés en vue de la station météo installée au XIXème siècle sur le sommet , l'Aigoual nous a sorti de

ses replis quelques nuages pour honorer sa réputation de « Mont des Eaux ».


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Mais magnanime, il s'est retenu de les faire fondre sur nos têtes, sans doute par respect à notre égard

pour l'avoir gravi pédibus jambus, alors qu'une route permet d'en gagner le sommet.


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Bien que le retour emprunte le chemin pris à l'aller, le changement de perspective et de lumière modifie

radicalement le paysage et c'est avec regret que nous avons rejoint notre camp de base, regret, à vrai dire,

vite noyé dans une bière bien fraiche tirée de notre glacière. Randonneurs certes oui, mais ascètes : nenni

!


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PS: Le départ du circuit se trouve dans Valleraugue en face de la boutique Recueil de Lumières" Il ne

présente pas de difficulté d'orientation si ce n'est un passage au niveau d'une clairière herbeuse vers 1360m où il

faut suivre le chemin qui poursuit dans le bois et non la piste forestière qui part de cette clairière. Comptez

4heures pour l'ascension et 3heures pour la descente)


Texte & Photos Ulysse