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22/01/2016

Retrouvailles sur le Caroux

 

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Après un début d’hiver inhabituellement doux, il a enfin neigé sur le Caroux. Je décide donc d'aller y randonner, espérant y rencontrer mes vieux amis les chevaux qui hantent par moments les lieux. Je me rends donc à Douch, seul, car Gibus, mon inséparable compagnon de randos, s’est envolé pour quelques semaines pour des cieux plus cléments. Le chemin d’accès au sommet du Caroux offre des vues somptueuses sur la montagne de Rosis ornée d’une tour. Les montagnes réduisent les œuvres des hommes à des artefacts lilliputiens et cela m’enchante. La neige est vierge et personne ne l'a encore foulée. J’aime ces lieux où j’ai l’impression d’être le premier homme à les parcourir.

 

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Habituellement dans mes reportages vous apercevez mon ami Gibus de dos vu que le rythme qu’il impose (c’est encore un jeunot !) ne me permet pas de le prendre de face. Etant seul, vous avez le privilège (mais en est ce vraiment un ?) d’avoir droit à une photo d’Ulysse, alias Old Nut,  de face, prise en déclenchement retardé.

 

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J’arrive au sommet (1091mètres) matérialisé par un cairn qui pour moi est le centre du monde, comme la gare de Perpignan l’était pour Salvador Dali. Il l’est parce que depuis plus de dix ans ma vie gravite autour de ce sommet mythique, source de tant d’émotions partagées avec de nombreux êtres qui me sont chers. J'ai en particulier une pensée pour mon ami Marc qui nous a quitté l'an passé pour rejoindre l'Olympe.

 

 

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Et comme la chance sourit aux hommes courageux (et aux femmes itou bien entendu !) j’aperçois près de l’ancienne jasse (bergerie) d’Alingri la horde de chevaux avec lesquels j’avais fait une rencontre mémorable un jour de tempête il y a quelques hivers (voir mon article du 26 décembre dernier tiré de mes archives « les chevaux du Caroux »).

 

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Je suis étonné que ces animaux puissent survivre dans des conditions aussi rudes, d’autant que la neige recouvre aujourd’hui le peu d’herbe qui pousse en ces lieux.

 

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J’espérais cette rencontre (je l’avais inscrite dans ma lettre au père Noël) aussi ai je pris avec moi quelques carottes que j’ai découpées en rondelles. J’en saisis quelques morceaux dans ma main que je tends vers les chevaux.

 

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Intrigués, hésitants, ceux ci regardent ma main tendue essayant sans doute d’identifier ce que je leur propose.

 

 

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Et puis un à un ils approchent, un beau cheval blanc (comme celui d’Henri IV) donne le signal…

 

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 ..vient ensuite un joli roux dont la crinière me rend un peu jaloux. Mais je ne lui en tiens pas rigueur. Tous bientôt se régalent des friandises que je leur offre.

 

 

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…enfin tous, sauf un jeune cheval gris plus timide que les autres. J’ai beau l’encourager, il hésite et je dois batailler ferme pour que les autres ne lui chipent pas son dû. Il cède enfin à la tentation et semble y prendre plaisir. Chevaux et humains ont bien des points communs, c’est pour cela que le cheval est le meilleur ami de l’homme.

 

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Ma provision de rondelles de carottes étant épuisée, la horde se désintéresse de moi, révélant là aussi un trait commun avec les humains (bon, là je suis un peu caricatural…)

 

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Je reprends mon cheminement vers le refuge de Font Salesse où j’ai prévu de déjeuner et traverse une forêts de hêtres dont les branches semblent vouloir se saisir de ma personne, sans doute pour me faire payer les massacres incessants d’arbres commis par l’humanité. Mais je crie haut et fort que je suis un ami de Sylvebarbe, un seigneur des Ents et ils me laissent passer.

 

 

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J’arrive au refuge qui a été honteusement et débilement tagué par des imbéciles alors qu’une classe de CM2 l’avait complètement ravalé au printemps dernier. J’allume un feu et quelques bougies afin de créer une ambiance festive malgré l’absence de mon ami Gibus. J’en profite pour lui piquer sa part de « rouquin » les absents ont toujours tort !

 

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Mes agapes terminées je me remets en route et comme la température s’est un peu réchauffée je relève les oreillettes de mon bonnet ce qui me donne une silhouette de berger.

 

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J’aperçois d’ailleurs un mouton qui prend le soleil allongé sur un tas de pierres. Je le hèle mais celui-ci ignore mon appel, ce dont d’ailleurs je me moque car à vrai dire je suis plutôt fan de loups que de moutons.

 

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Je m’arrête un instant pour contempler la vue qui s’offre à mes yeux éblouis et porte jusqu’à la tache dorée de la Méditerranée que l’on aperçoit à cinquante kilomètres de là.

 

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La fin de ma randonnée n’est qu’un long cheminement rêveur et extatique où mes pensées sont saupoudrées de neige, de nuage, de ciel bleu, de soleil et d’horizons infinis.

 

Pour localiser le lieu de la randonnée cliquez ICI

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Si vous appréciez ce blog je vous invite à aller écouter mes chansons diffusées sous mon nom d'artiste "OLD NUT" sur mon blog

OLD NUT

Vous pouvez aussi en écouter ou télécharger certaines sur

DEEZER

(ou Itunes, Spotify, Google play, Amazon....)

 

( Cliquez sur les mots "Deezer" ou "Old Nut" pour y accéder)

 

Texte & Photos Ulysse

07/03/2011

Balade estivale au Saint-Guiral

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Le printemps montre le bout de ses pétales sur les amandiers. En attendant qu’il s’installe définitivement, je vous propose aujourd’hui de remonter le temps et de revenir au cœur de l’été 2010.

Dirigeons nous au pied du mont  Saint-Guiral, au cœur des Cévennes, là où les nuits restent fraîches même en plein mois d’août, la terre humide exhalant au petit matin une haleine dorée sous la caresse des rayons du soleil.

 

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Nous prenons peu à peu de l’altitude. Des bataillons de sapins en rangs serrés, bannissant tout intrus, colonisent les crêtes et les pentes ensoleillées alors que des hordes indisciplinées et métissées de feuillus, hébergeant champignons, lichens, fougères, insectes, oiseaux, mammifères, privilégient les vallons et les pentes humides et fraîches. Ainsi même dans le peuple arboricole, on trouve des individus xénophobes et d’autres ouverts aux étrangers.  Chez les uns la vie explose alors que le désert règne chez les autres.

 

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Le dix-neuvième siècle a été fatal aux forêts qui recouvraient autrefois les Cévennes. Les industries du verre, du bois et du papier conjugués au surpâturage des moutons ont eu raison d’elles et ont conduit, sous la violence des orages fréquents dans cette région, à une érosion dévastatrice menaçant les villages et villes des vallées.

Pour endiguer cette évolution le reboisement a été entrepris à partir de la fin du dix-neuvième et tout au long du vingtième siècle afin de redonner à cette majestueuse chaîne de montagnes un manteau forestier protecteur.

 

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Nous voilà au pied de la masse rocheuse granitique qui coiffe le Saint-Guiral qui culmine à 1366 mètres d’altitude. Sa forme pyramidale en fait un des plus beaux sommets que je connaisse, le sens esthétique n’étant pas incompatible avec le port de gros godillots, comme la vulgarité avec des escarpins vernis.

 

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 Du sommet la vue porte par temps clair jusqu’à la Méditerranée  et par temps de brouillard jusqu’à la pointe de vos chaussures, et dans ce dernier cas il vaut mieux éviter d’y grimper.

 

 

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J’aime fréquenter les sommets qui offrent de vastes espaces à mon regard, rapetissant arbres et montagnes et me donnant le don d’ubiquité qui me permet de voltiger ici et là. Je ne suis alors qu’un pur esprit (pas très raffiné, mais esprit quand même !) débarrassé de mon corps. Un ange, en quelque sorte, auquel il est – heureusement – permis de pécher !

 

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 Il est toujours émouvant de rencontrer des cairns, symbole de la solidarité qui lie les randonneurs et vient de la nuit des temps, quand l’homme  s’étant décidé à descendre des arbres commença à explorer la terre. Depuis lors il a inventé le GPS et ces magnifiques édicules qui défient les lois de l’équilibre risquent de disparaître. Je vous invite donc tous et toutes à œuvrer pour leur préservation et déposer votre pierre sur chaque cairn que vous rencontrerez.

 

 

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 Parfois la configuration du terrain nous permet de découvrir sur de longues distances le chemin qui nous reste à parcourir. Ainsi un bout de notre avenir se déroule devant nous et nous pouvons donc voyager dans le temps. Le chemin de notre vie est-il aussi déjà tracé quelque part dans la galaxie où sommes nous vraiment libre du choix de notre route ? Peut-être  prenons nous dix mille routes à la fois et avons autant de vies pour en prendre conscience ? Dans ce cas, j’espère en être à mes toutes premières à condition qu’il y ait des vignes partout où je suis passé et où je passerai !

 

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La descente traverse de fabuleuses hêtraies où le soleil, roi du système solaire, ne fait que de timides incursions. Les frondaisons des arbres se nourrissent de l'énergie de cet astre dont on peut faire ensuite un feu de joie ou griller des saucisses ! Imaginez la tête d'Aton s'il apprenait un jour que ses divins rayons servent à faire griller de la "charcutaille" !

 

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Dans notre pays hyper-réglementé le code de la route s’applique même sur les sentiers de randonnée où l'on est sensé garder sa droite même en l’absence de marquage ! Gibus un brin rebelle ne se plie guère à cette obligation et ce n'est pas moi qui irait le dénoncer !

 

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Nous traversons un vaste « abattoir » où s’entassent les troncs mutilés de centaines  d’arbres. Qui se soucie de la douleur d’un arbre que l’on scie ? Cette remarque vous fera peut être sourire mais pourtant un botaniste indien Jadgadish Chandra Bose a établi au moyen de diverses expériences que les plantes avaient une sensibilité et réagissaient à des courants électriques ou à du chloroforme. Des jardiniers prétendent également avoir  entendu des carottes crier alors qu’ils les arrachaient ! 

 

Ronsard lui même a pris la défense des arbres dans son élégie contre les bûcherons de la forêt de Gastine qui commence ainsi :

Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras;

Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas;

Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force

Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?


Militons donc pour que les arbres des exploitations forestières soient anesthésiés avant d’être abattus !

 

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Nous passons discrètement le long de la scierie afin de ne pas  nous faire remarquer de peur qu’il y ait méprise, car avec Gibus nous sommes un peu « tête de bois » et nous n’avons pas envie de finir sous forme de plaques d’aggloméré !

 

Texte  & Photos Ulysse