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03/12/2009

Etonnez vous, allez sur le caroux ! (fin)

 

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Nous nous remettons en chemin après un déjeuner que bien des chefs étoilés ne sauraient nous offrir car il manque à leurs menus, aussi raffinés soient-ils, le buzzetis des abeilles attirées par l’odeur des mets, la caresse des rayons du soleil sur nos maxillaires affairés, le clapotis du torrent qui coule à nos pieds et la mignardise suprême d’une sieste, allongés dans l’herbe avec la frondaison des arbres pour ombrelle.

Notre sentier, qui escalade le versant nord du massif du Caroux, est bordé de hêtres qui y trouvent la fraîcheur et l’humidité qu’ils affectionnent. J’aime leur écorce claire tachetée et le vert lumineux de leurs feuilles qui leur confèrent une grâce particulière.

Outre leur dénomination habituelle qui vient de l’allemand « heister », ces arbres sont appelés aussi « fayard » qui vient du latin « fagus ». Leurs fruits ou « faînes » sont appréciés des animaux sauvages et le bois est recherché en ébénisterie et pour le chauffage.

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Après avoir rejoint le col de l’Ourtigas, nous grimpons un dernier raidillon  qui accède au plateau sommital dominant le vallon du Vialay, où nous suivons la piste qui descend vers le hameau de Douch.

Vous qui étouffez dans l’espace restreint de vos bureaux, de vos ateliers, de vos chaumières , voire de vos jardinets entourés de murs, venez un jour en cet endroit pour découvrir ou retrouver l’ivresse des vastes espaces où seule la courbure de la terre fixe une limite à votre vision.

 

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Marchant comme un funambule sur le fil blanc de la piste tendu à travers un océan de bruyères, notre esprit progressivement sort de sa carapace et empli l’espace, ravivant cette sensation enfantine de ne faire qu’un avec l’univers qui nous entoure.

 

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L’égo se dissout alors dans l’éther et vous devenez l’oiseau qui passe, le nuage qui s’effiloche , l’air chaud qui vibrionne au loin.

 

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De telles balades sont un excellent antidote à la frénésie qui nous gagne tous de temps en temps de posséder, de consommer, d’être reconnu ou admiré, actes qui nous rassurent et nous donnent un sentiment de pouvoir éphémère dans un monde qui nous échappe et où nous sommes ballottés en quête d’un sens à donner à nos existences.

 

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Sur ces chemins, nos vies retrouvent la simplicité de la vie des cailloux, des arbres, des oiseaux : je suis, tu es, il ou elle est, nous sommes  vous êtes, ils ou elles sont, . Ici nous conjuguons le verbe être sans avoir besoin de paraître ou d’avoir ! 

Il n’y a qu’un autre lieu où je me retrouve ainsi en communion avec le monde : au fond de ma cave car j’y trouve un chemin liquide qui me conduit du cœur de la terre au ciel!

 

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Admirez ces arbres courageux postés en sentinelle en haut de la colline. Ils ont été envoyés par leurs congénères du vallon pour trouver de nouvelles terres propices à leur développement. Certains ne survivront pas à leur audace, mais d’autres donneront naissance à une nouvelle génération qui colonisera peu à peu ces nouveaux espaces.

 

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Nous parvenons bientôt au niveau d’anciennes terrasses autrefois cultivées par les hommes qui ont déserté ces lieux austères pour rejoindre les villes. Qui pourrait les en blâmer ? Ce sol est aussi aride qu’il est majestueux et qui accepterait aujourd’hui de mener une vie battue par le vent, brûlée par le gel ou le soleil et privée du confort de nos demeures et du « régénérant » spectacle des « feux de l’amour ( trop souvent devenus des braises)  ou de la « roue de l’Infortune »

 

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Mais nous approchons du hameau de Douch dont les habitants ont serré leurs maisons les unes contre les autres au creux du vallon afin de mieux se protéger du vent. On a beau être à 40 km à vol d’oiseau de la Méditerrannée , il n’est pas rare en l’hiver de voir le Caroux balayé par des blizzards de neige, comme nous en avons affronté un en décembre 2008 . Celles et ceux qui me lisent régulièrement s’en souviennent peut être ?

 

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Deux magnifiques murs de pierres, comme seuls les anciens savaient en monter, nous guident vers l’entrée du village. Des sorbiers aux oiseaux offrent généreusement leurs fruits à la gent ailée, dernier festin qu’ils peuvent faire avant les frimas de l’hiver qui est souvent pour eux une longue période de disette.

Heureux est l’homme qui a su maîtriser son destin en inventant le placard qui lui permet de ranger ses stocks de nourriture pour affronter la mauvaise saison. On peut d’ailleurs vivre sans yacht, sans rolex, sans 4X4, sans ferrari, éléments superflus d’une existence sans substance, mais pas sans placard plein, symbole du capitalisme triomphant !

Encore plus heureux et aussi plus finaud est celui qui a pris la précaution de se creuser une cave et qui n’a pas à battre la campagne en hiver pour trouver par moins dix degrés un caviste ouvert !

Heureux et finaud donc je suis !

Texte & photos Ulysse

10:38 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : caroux, douch, vialay, caviste