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21/07/2018

Deux petits loups à mes trousses dans l’Espinousse

 

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La semaine passée Romain vous a emmenés sur le Caroux, aujourd’hui c’est Emilie - qui nous a rejoint avec ses parents - qui va donner le « tempo » et vous guider à la découverte de la montagne d’Aret et du vallon du Vialay dans le massif de l’Espinousse. J’ai près de six décennies d’avance sur elle mais plus que quelques centimètres. Le jour où les petits enfants nous dépassent, on sait que l’on n’aura bientôt plus jamais mal aux dents !

 

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Ignorant la perspective de ce moment funeste, nous partons d’un bon pas à l’assaut de la montagne d’Aret couverte de genêts et de bruyères.

 

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Les os de cet antique massif de l’Espinousse émergent par endroits de sa toison mauve estivale. Ce massif est l’un des plus vieux du monde et il fut dans sa jeunesse aussi haut que l’Himalaya ! Respect !

 

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C’est autrement plus festif et gratifiant de gravir sous un ciel bleu, le nez au vent, une montagne d’une telle splendeur que l’Everest, en quête d’une gloire illusoire, harnachés comme des cosmonautes et assistés par des sherpas que l’on traite comme des animaux de bât. Qui plus est les « éverestiens » sont pour la plupart des salopards qui abandonnent leurs équipements inutiles au sommet, faisant de cet endroit la déchetterie la plus haute du monde!

 

 

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J’ai arpenté de nombreux massifs bien plus hauts que ceux du Caroux et de l’Espinousse mais jamais je n’ai contemplé une telle variété de paysages : ici s’offrent à nos yeux des aiguilles rocheuses et des falaises vertigineuses qui surgissent au dessus de plateaux couverts, au printemps, de l’or des genêts et, l’été, de la parure mauve des bruyères .

 

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Sur ces crêtes caillouteuses et arides où la Tramontane peut souffler à 150 km à l’heure, rares sont les arbres qui arrivent à s’implanter et survivre. Quand ils meurent longtemps leur silhouette orne le paysage, touchant témoignage de leur ténacité.

 

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Mais revenons à nos deux « petits » loups (ce qui n’est plus tout à fait le cas d’Emilie !) qui parcourent la crête de la montagne d’Aret en tenant leur chapeau en raison de la Tramontane qui souffle vigoureusement ce matin.

 

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Romain a eu un instant de relâchement et il a dû courir après son chapeau emporté par le vent. Bon, je ne lui ferai aucun reproche vu le nombre de casquettes qu’Eole m’a subtilisées au cours de mes randonnées.

 

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Par contre ce mérou fossilisé n’a guère de crainte d’être emporté par le vent ou alors si cela se produisait en raison du dérèglement climatique en cours, les homo sapiens auraient du souci à se faire !

 

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Où que l’on regarde, le spectacle est somptueux et à part notre petite troupe on n’y voit personne. Les vacanciers sont agglutinés sur les plages du Languedoc ignorant ces merveilles de l’arrière pays. Mais finalement qui s’en plaindrait ?

 

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Quand je dis que l’on n’y voit personne, je dois, de fait, nuancer mon propos car un troupeau de vaches y fait tranquillement la sieste, sans doute les vaches les plus heureuses et chanceuses du monde. Mais le savent-elles ?

 

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Par contre moins chanceux je suis à l’heure où, traditionnellement, après le pique-nique, je fais la sieste, car mes deux petits loups se transforment en « mouches » que mon éthique m’interdit de taper !

 

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Mais j’oublie bien vite cet innocent harcèlement, car étant descendus dans le vallon du Vialay, j’ai l’immense privilège et bonheur de me baigner dans son onde fraîche et claire avec une jolie et joyeuse naïade !

 

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Revigorés par cette baignade, nous prenons le chemin du retour et suivons le délicieux vallon herbeux creusé par ce torrent qui se trouve fort opportunément protégé de l’ardent soleil par une magnifique hêtraie.

 

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Un lézard rassuré par nos mines radieuses et pacifiques nous regarde paisiblement passer. Par contre aucun mouflon n’est en vue, au grand désespoir des petits loups ! Mais hélas trop de Nemrods bedonnants, qui les pourchassent impitoyablement armés de leur fusil longue portée, règnent l’automne venus en ces lieux pour qu’ils osent encore se montrer dès qu’un fumet d’homo sapiens se fait sentir dans les parages. Je le dis et redis, supprimons la chasse, cette tradition archaïque et barbare, et laissons les loups réguler les ongulés et la Terre redeviendra un jardin d’Eden pour les randonneurs.

 

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Prenant un peu d’altitude pour rejoindre le col de Salis, nous retrouvons une zone rocailleuse où les petits loups se livrent aux joies de l’escalade pour mieux admirer la formidable dent du Fourcat qui déchire au loin le ciel .

 

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Leurs jeunes gambettes ont un rythme que ne suivent pas celles, plus vieilles, des autres membres de notre petite troupe et quand une ombre opportunément se présente ils font la pause. La montagne est une belle école de solidarité !

 

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Bientôt le Fourcat se dresse devant nous, vieil et impressionnant chicot de Gaïa qui n’aura rien perdu de sa grandeur alors que je machouillerai les pissenlits par la racine .

 

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Nous abordons une ultime montée pour rejoindre le col de l’Ayrolle, les petits loups aussi frais que s’ils venaient de se lever ! Bon, sans vouloir fanfaronner, je soulignerai que je suis devant pour prendre la photo ! Leur papi a encore de beaux restes !

 


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Si vous aimez ce blog, peut être aimerez vous aussi mes chansons

Trois nouvelles dont "Tu es l'obscur objet de mon désir"

sont postées sur les plateformes musicales

dont DEEZER (cliquez sur le nom)

Certaines sont aussi publiées illustrées par des photos sur mon blog Canta la Vida

la dernière étant "Trop belle la fille du motel "

Vous pouvez aussi les écouter classées par album sur mon blog

OLD NUT WIX

(intégralité des chansons - sauf les 2 derniers albums - classées par album)

(cliquez sur les liens dans le haut de la colonne à droite)


Texte Ulysse / Photos Ulysse & Sébastien

 

17/04/2015

Et à la fin, j’ai vu les mouflons !

 

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Le titre de mon nouveau billet vous intrigue sans doute, mais c’est un fidèle résumé de ma quête à travers combes, pentes et pierriers du Caroux pour apercevoir des mouflons ! C’est, en effet,  devenu un privilège dans ce massif, où l’on rencontre de plus en plus de randonneurs, car l’animal est farouche et se méfie, à juste titre, des bipèdes. Il faut dire que l’O.N.C.F. (Office National de la Chasse et de la Faune) organise régulièrement des tirs de régulation, alors qu’il serait bien plus simple et plus naturel de laisser les loups s’en occuper. Ce qui fait que les mouflons fuient même un type comme moi qui ne ferait pas de mal à une mouche (sauf si elle m’embête). Me voilà donc parti seul de bon matin - l’ami Gibus n’étant pas disponible - à l’assaut des pentes de ce massif, dont les sous-bois sont illuminés par le soleil printanier, les feuilles étant encore pliées dans les bourgeons prêts à éclater.

 

 

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Ayant pris la direction du Col de Tirandel, je quitte le sentier pour suivre au plus près la ligne de rupture du plateau afin d’avoir une vue plongeante sur le vallon du Salis en contrebas. Les frondaisons de la hêtraie qui en couvre le flanc sont nimbées d’un brouillard rosé de bourgeons prêts à éclater.

 

 

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Prenant de l’altitude, j’aborde une zone où les sols sont plus secs et l’air moins humide. Ici ce sont les genêts et les bruyères qui dominent, dont les floraisons jaune puis mauve vont illuminer la fin du printemps et les mois d’été.

 

 

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Le Caroux, vestige du massif hercynien, est l’un des plus vieux massifs de France et son épiderme ridé et crevassé en témoigne.

 

 

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Dans sa prime jeunesse, il a atteint, selon les experts, entre six mille et huit mille mètres et il a gardé de ce passé prestigieux, qui en faisait l’égal de l’Himalaya, un air de haute montagne ! Pour en revenir à l’objet de ma quête du jour,  bien que partout sur le sol des crottes de mouflons me narguent,  j’ai beau longuement scruter le vaste panorama qui se révèle du haut de la montagne d’Arêt, je n’aperçois pas la moindre corne de ce magnifique quadrupède .

 

 

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La surrection des Alpes, puis celle des  Pyrénées, il y a entre quarante et soixante millions d’années, ont pas mal chahuté ce massif, provoquant de nombreux plissements et failles qu’a amplifiés l’érosion causée par de nombreux torrents. Ces replis et failles sont, au demeurant, des refuges idoines pour les populations de  mouflons et de sangliers qui prospèrent en ces lieux sauvages. Mais pour le moment, ils restent invisibles et je commence à désespérer du succès de ma quête.

 

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Je décide alors de changer de versant et de me rendre dans les pierriers qui occupent le flanc nord du grand plateau sommital du Caroux.  C’est un endroit peu accessible et à l’écart des sentiers où les mouflons ont l’habitude de se réfugier pendant la journée. On les y aperçoit de très loin, quand on emprunte la piste en contrebas qui permet d’accéder sur le plateau.

 

 

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De là, la vue est splendide sur l’impressionnante succession de montagnes et de collines qui occupent le nord de l’Hérault, département que les touristes ne voient que comme un pays de plages ! C’est sûr que c’est plus facile de se tremper le cul dans les eaux de Palavas les Flots que de le monter à 1091 mètres au sommet du Caroux !

 

 

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Ayant entamé ma progression chaotique dans les pierriers, je croise à ma grande surprise un vieux berger – du moins je le suppose, vu l’odeur de bouc qu’il dégage- qui somnole adossé contre un amas de rochers. Ayant perçu ma présence, il ouvre un œil et bougonne :  « Qui vient m’emmerder à cette heure, en ces lieux ? ». « Désolé de vous déranger » lui dis-je alors « mais je ne pensais pas rencontrer quelqu’un par ici. » « Et bien j’y suis et je ne suis pas heureux que vous y soyez aussi ! Qu’est ce que vous foutez en dehors des chemins» me rétorque-t-il. « Je traque les mouflons depuis ce matin et j’aimerais bien ne pas rentrer bredouille »  marmonnai-je alors, désarçonné par sa rudesse. « Ah ! vous traquez le mouflon, ça change tout, un bipède qui passe sa journée à traquer le mouflon rien que pour voir leur tronche est forcément un mec un peu fêlé, comme je le suis.  Je vais vous dire où vous allez les trouver. Traversez le prochain pierrier  et lorsque vous apercevrez une petite aire herbeuse avec des jonquilles, baissez vous et avancez lentement, car généralement ils sont perchés sur les rochers qui sont juste derrière ». Etonné et ravi du changement de ton à mon égard, bien qu’il m’ait traité de « fêlé », je le remercie chaleureusement et reprends ma progression.

 

 

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Et je tombe effectivement sur l’aire herbeuse dont il m’a parlée, parsemée de jonquilles. Le berger ne s’est pas moqué de moi, me dis-je en mon fort intérieur, ma quête ne sera peut être pas vaine ! Je me baisse alors et avance prudemment.

 

 

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Et soudain je les aperçois : deux magnifiques mâles sont perchés sur un amas de rochers, dont l’un tourne aussitôt la tête, ayant décelé ma présence malgré mes précautions.

 

 

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Ils se mettent aussitôt en branle et commencent à descendre de l’amas de rochers sans trop se hâter, ayant sans doute constaté que je ne suis pas muni de l’ersatz de zizi en acier dont les chasseurs sont équipés.

 

 

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Ils rejoignent un congénère situé en contrebas, que je n’avais pas vu, et s’immobilisent le temps que je les prenne en photo. J’ai soudain l’intime conviction qu’ils savent que je les traque depuis ce matin pour le seul bonheur de les voir et que c’est délibérément qu’ils se laissent photographier. Tous les êtres de notre planète sont mystérieusement reliés les uns aux autres et les animaux, ainsi que certains êtres humains, ont gardé cette capacité à déceler les  intentions de ceux qu’ils rencontrent, à leur égard.

 

 

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Deux d’entre eux s’éloignent alors tranquillement tandis que le troisième continue de me fixer, semblant vouloir me faire passer ce message:  « Pourquoi les hommes s’acharnent-ils  à dévaster la planète et à exterminer les animaux sauvages, leurs cousins, sciant ainsi la branche sur laquelle nous sommes tous assis ? Quand plus aucun animal sauvage ne courra, ne volera, ne nagera librement sur notre planète l’homme perdra alors la notion de liberté. Qui vous a donné envie de courir les montagnes, de traverser les mers, de flirter avec les nuages,  sinon le plaisir de nous voir défier les pentes les plus ardues, voler dans les nues ou nous jouer des tempêtes océanes . La dignité, la force de l’homme ont été forgées à notre contact, c’est en nous admirant et en nous défiant qu’il a construit son humanité. A partir du jour où la survie du mouton a plus compté  que celle du loup ou de l’ours, l’humanité a signé son arrêt de mort. Si nous disparaissons, vous deviendrez des chiffes molles qui seront bientôt esclaves des robots que vous élaborez dans vos laboratoires, enfants inconscients du Docteur Frankestein ».

 

 

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Après ce long monologue silencieux mais éloquent, le mouflon se décide à rejoindre ses congénères en contrebas. Ils me jettent un dernier regard comme s’ils regrettaient de ne pas pouvoir passer plus de temps avec moi, mais pour eux je reste un bipède et avec les bipèdes on ne sait jamais ! En pensée, je les remercie d’avoir exaucé ma quête et c’est ainsi que vous aussi pouvez admirer ces magnifiques animaux que quelques inconscients prennent plaisir à tuer !

 

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Et maintenant je vous invite à aller  écouter ma dernière chanson "Je descendais la rivière" sur mon blog OLD NUT (cliquez sur le nom du blog)

Et si vous cherchez une idée de sortie pour votre prochain week-end consultez le magnifique blog d'Ornella (cliquez sur le mot "blog")

 

Texte & Photos Ulysse 

  

23:49 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (32) | Tags : caroux, mouflon, chasse, hêtre

06/11/2013

Voulez vous que je l’on vous ravisse ? Suivez nous à Rosis !

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En ces temps où la morosité règne en tous lieux et où notre capitaine qui est censé tenir la barre a perdu le cap, il est revigorant, quand on a l’infini privilège d’être libre de son temps, d’aller se plonger au cœur de la nature à la fois immuable et  changeante. Immuable, car roches, torrents, animaux, arbres nous donnent le sentiment d’une permanence qui nous rassure dans notre monde instable et imprévisible.  Changeante car la ronde des saisons lui confère un charme renouvelé sans modifier en rien son essence. A vous, chères lectrices et lecteurs, qui n’avez peut être pas cette liberté, j’offre donc cette parenthèse virtuelle d’immersion dans la nature, en espérant qu’elle vous apportera un brin de « zénitude ».

 

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Sur le chemin des Banissous, que nous empruntons en vue d’accéder à la montagne de Rosis, nous rencontrons ce que je pensais être une magnifique amanite panthère, mais qui serait en fait une coulemelle, d'après deux de mes lecteurs, Alain et Daniel, que je remercie pour cette précision.  La belle n’a pas froid aux yeux de s’installer ainsi sur le chemin où elle risque de se faire bousculer par les randonneurs, heureusement rares en cette saison.  

 

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Puis nous traversons le ruisseau d’Aussière dont la douce chanson égaie cet univers végétal gagné par la mélancolie automnale. Chaque fois que je rencontre un cours d’eau je pense à l’étonnant voyage de cette matière protéiforme qui va sans cesse des nuages aux océans où dans les profondeurs de la terre et dont le cycle perpétuel a permis l’éclosion de la vie sur la terre.

 


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Après avoir accédé à la Plane (1029m) l’un des sommets de la montagne de Rosis, nous suivons la sente qui court sur la ligne de crête avant de redescendre vers notre point de départ. Les premiers froids de l’automne commencent à roussir les bruyères et les feuilles des hêtres (aussi dénommés fayards). Etant également  à l’automne de nos existences nous nous sentons en harmonie avec notre environnement. Espérons néanmoins que pour ce qui nous concerne l’hiver ne viendra pas trop vite !!

 

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Seuls les genets restent verts pendant la « morte saison ». De fait, leur vitalité et leur prolifération pose un problème d’environnement car ils envahissent peu à peu les massifs du haut Languedoc au détriment des autres végétaux. Autrefois les troupeaux de moutons permettaient de limiter leur extension. Ils ont vite fait de recouvrir les chemins et il faut l’œil avisé de Gibus pour ne pas perdre la trace qui doit nous mener à bon port.


 

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Cette sente passe par les croupes rocheuses qui émaillent la ligne de crête et qui nous ramènent à l’état de quadrupède, nos mains servant autant que nos pieds dans ce genre de situation.

 

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Quand je fais référence aux quadrupèdes, je devrais préciser : genre mouflon pour l’ami Gibus qui survole les obstacles et plutôt hippopotame pour ce qui concerne votre serviteur. Mais bon j’arrive à passer quand même !

 

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Nous évoluons dans un paysage qui évoque une peinture chinoise « shanshui » qui  célèbre la montagne, symbole de la force et l’eau, symbole de vitalité. Bien que l’eau ne soit pas ici visible, elle coule en contrebas dans le vallon et nous en apercevons parfois le cours.

Selon Confucius « L'homme avisé aime l'eau, l'homme vertueux, les montagnes. L'homme avisé se meut comme l'eau, l'homme vertueux est stoïque comme la montagne. L'homme avisé est heureux ; l'homme vertueux a une longue vie. ». Nous qui aimons l’eau et les montagnes serions nous donc avisés et vertueux ? Je répondrai avec sincérité pour ce qui me concerne : pas toujours !

 


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Au sommet de l’une des croupes rocheuses nous tombons sur un tas de crottes fraîches de mouflon, mais c’est hélas la seule trace que l’on verra ce jour de ce noble animal.



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Mais afin que vous ne soyez pas trop frustrés et que vous ayez envie de revenir nous voir, je vous mets une photo d’un magnifique mâle prise  l’an passé à la même époque et dans ce secteur.

 

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Passant au pied des ruines du vieux château de Nébuzon  nous y grimpons espérant y découvrir un somptueux panorama.

 

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Et nous apercevons, en effet, le cours du Casselouvre que nous avons descendu cet été en canyoning (voir ma note du 8 août dernier)

 

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Nous ne manquons pas à la descente d’aller y plonger une tête …..et d’en ressortir vite fait, l’eau étant à une température compatible avec le pastis ! Nous en ressortons plus petits de quelques centimètres…..

 

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Après avoir parcouru ensemble ces merveilleux paysages que recèle le Haut Languedoc, je vais malheureusement devoir partager avec vous un coup de gueule contre quelques individus qui relèvent plus de la race des cancrelats que de l’humanité. Ces "goujats" ont déposé sur le parking du hameau de Cours le Haut où nous étions garés des « encombrants » à coté même d’un panneau d’interdiction informant les habitants de l’organisation d’un dispositif de ramassage à domicile. Je sais bien que mon coup de gueule n’aura aucun effet car ces individus pour agir de la sorte ne doivent même pas savoir lire !

 

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Tout aussi méprisables sont les chasseurs qui ont abattu ce faucon crécerelle dont la photo m’a été communiquée par un ami randonneur Daniel qui les a surpris juste après qu’ils aient commis leur forfait. Mon ami les a interpellés mais ils se sont carapatés comme des cancrelats pour ne pas être identifiés, car c’est un délit. Le faucon est d’autant plus facile à atteindre qu’il a un vol stationnaire afin de repérer ses proies et tirer sur lui est une ignominie. Cet acte n'est hélas pas un cas isolé et vous lirez ICI une liste de bavures et incidents de chasse recensés par la « Buvette des Alpages »

 Ceci dit je ne veux pas diaboliser tous les chasseurs. Même si c’est une activité que je réprouve, elle est légale et tant que les personnes qui la pratiquent  respectent la réglementation et les autres usagers des espaces naturels, on ne peut les condamner. Je dois reconnaître que la majorité de ceux que je croise sont courtois et disposés à cohabiter avec les randonneurs. Mais il serait bien que les fédérations fassent la « chasse » à ceux de leurs membres qui commettent de tels actes.

 

Texte & Photos Ulysse


 

11/04/2013

Le cercle des poètes disparus

 

JE VOUS INVITE A SUIVRE LE RECIT DE MON PERIPLE EN ANDALOUSIE SUR MON AUTRE BLOG

 
 
PENDANT CETTE PERIODE JE POSTERAI DES NOTES TIREES DE MES ARCHIVES SUR

ELDORAD'OC
 
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Si vous avez vu le film « Le cercle des poètes disparus » (sorti en 1989) vous n’avez certainement pas oublié ce magnifique et surprenant professeur de lettres anglaises, John Keating, joué par Robin Williams. Cet enseignant de la prestigieuse et austère académie de Weston, ignorant le conformisme qui imprègne l’institution, encourage Todd Anderson, un élève timide et ses amis à refuser l’ordre établi et à ne pas sacrifier sa vie dans une quête vaine du pouvoir et de l’argent. Il leur fait ainsi découvrir les richesses de la poésie et bouleverse leur vie en leur faisant cette profession de foi :

« On ne lit pas et on n’écrit pas de la poésie parce que ça fait joli. Nous lisons et nous écrivons de la poésie parce que nous faisons partie de la race humaine  et que cette même race foisonne de passions. La médecine, la loi, le commerce et l’industrie sont de nobles occupations, et nécessaires pour la survie de l’humanité. Mais la poésie, la beauté et le dépassement de soi, l’amour : c’est tout ce pour quoi nous vivons. Écoutez ce que dit Whitman : « Ô moi ! Ô vie !... Ces questions qui me hantent, ces cortèges sans fin d’incrédules, ces villes peuplées de fous. Quoi de bon parmi tout cela ? Ô moi ! Ô vie ! ». Réponse : que tu es ici, que la vie existe. Que le spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime.... Quelle sera votre rime ? »

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Ainsi au cours de ma vie, j’ai eu, sans doute comme beaucoup d’entre vous, des activités professionnelles de nature plutôt « alimentaires » mais je n’ai jamais perdu de vue mes amis les poètes, dont les recueils écornés trônent en bonne place sur mes étagères. J’y reviens sans cesse car ils sont le contrepoint et l’antidote à un monde plus préoccupé par la réussite matérielle que par l’acquisition d’une certaine sérénité qui vous permet d’affronter les difficultés et les aléas de l’existence.

La poésie donne à ma vie et à mes humeurs la densité et la constance des arbres, nos maîtres en matière d’existence et de rayonnement vital. Voilà des êtres condamnés à l’immobilité qui dans leur frondaison abritent une myriade d’autres êtres, refuges et foyers d’une vie foisonnante et souvent discrète.

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Aussi imaginez quel fut mon bonheur quand j’ai récemment découvert qu’en un endroit du massif du Caroux que je tiendrai secret, sous le couvert d’arbres séculaires, les poètes disparus se rencontrent chaque nuit du 10 novembre, date anniversaire de la mort d’Arthur Rimbaud, et s’assoient en cercle pour déclamer à haute voix leurs poèmes.

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L’un des arbres qui les abritent connaît par cœur leurs oeuvres et lorsqu’un poète a un trou de mémoire (certains d’entre eux, tels François Villon ou Ronsard ont un age plus que respectable ) il leur souffle de sa voix tonitruante les vers qu’ils ont oubliés. Certains chasseurs qui sont passés par hasard dans les parages et les ont entendus prétendent qu’il s’agit du brâme des cerfs ou du grincement de vieux arbres agités par le vent ; mais que peut comprendre à la poésie quelqu’un qui a pour passion d’enlever la vie ?

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Le lieu qu’ils ont choisi est l’un des plus sauvages et des plus beaux du Caroux. Les pierres qui bordent le chemin qui y mène nous parlent d’éternité et sont les sœurs des poètes. Ceux ci sont également immortels, même quand on les assassine comme Fédérico Garcia Lorca ou Robert Desnos, car comme l’a écrit Aragon :


Contre le chant majeur, la balle que peut elle,
Sauf contre les chanteurs que peuvent les fusils,
La terre ne reprend que cette chair mortelle,
Mais non la poésie…
.

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Un chemin en part qui monte vers les cîmes sur lesquelles les poètes déambulent après leur réunion nocturne. En tendant son oreille dans le vent on entend de nouveau Aragon qui susurre :


Je vois sans yeux, je suis une clameur sans bouche,
Je suis le phare obscur que l’on appelle pensée,
J’ai fait de mon désir une force insensée,
Le mystère à mes pieds terre à terre se couche….


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Mais vous vous demanderez probablement comment nous avons découvert que ce lieu était hanté par les poètes disparus ? Et bien, c’est un vieux mouflon qui, nous entendant chanter « Mon dieu que la montagne est belle de Jean Ferrat.. » et voyant donc en nous des amoureux de la poésie, nous en a fait la confidence.

Nos voix et nos conduites avenantes l'ont agréablement surpris lui qui est plutôt habitué aux coups de fusil des chasseurs (les seuls à parfois s’aventurer en ces lieux) et à leurs borborygmes (les jurons impliquent un minimum d’instruction) qu’ils profèrent quand par maladresse (ou par chance !) ils se tirent dans les pieds ou dans les fesses, ce qui vaut mieux que dans celles des autres. Aussi a-t-il volontiers fraternisé avec nous .

 

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Soudain le chemin débouche sur une ruine et l’on croit entendre une course affolée dans les sous-bois . Aurait on surpris un poète assoupi dans sa rêverie ? Il faut dire que l’endroit est propice à la méditation.

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Une magnifique toile d’araignée qui, à défaut de proie, a piégé les rayons du soleil témoigne de la tranquillité des lieux

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Après nous y être reposés un instant espérant sans trop y croire au retour du poète enfui, nous reprenons nos pérégrinations dans cet univers minéral et végétal dont l’inexorable dissolution nous chuchote que les secondes sont sournoisement à l’œuvre au cœur de nos cellules et qu’un jour nos yeux seront de nouveau des pierres et retourneront à la nuit. Comme dit le poète « Nous serons arrêtés comme un train dans un tunnel de suie » (Aragon)

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Mais en attendant cet instant funeste (ou qui sait heureux ?) jouissons des nourritures, plaisirs et breuvages terrestres y compris l’eau mais seulement pour s’y baigner quand elle prend la forme d’une délicieuse vasque alimentée par une fraîche cascade.

 

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Revigorés par cette baignade où ne manquaient que les nymphes (mais sans doute préfèrent elles la compagnie des poètes) nous reprenons notre route et passons près d’une masure dont la fenêtre ouverte à tous les vents depuis fort longtemps nous offre une vue imprenable sur le roc Fourcat.

 

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Puis nous plongeons dans le sous-bois où nous croisons un loup de belle envergure qui nous hurle sa rage contre nos hypocrites congénères, défenseurs des moutons pour mieux en faire des côtelettes, accusant lui le loup ou son frère l’ours, de crimes commis par de vulgaires chiens errants, pour toucher de grasses subventions.

Si notre monde prend le parti des soi disants défenseurs de moutons contre le loup et l’ours nous deviendrons nous mêmes moutons et un jour un berger prétendant assurer notre sécurité nous parquera pour mieux nous tondre et nous passer à la broche. N’entendez vous pas déjà les bêlements qui emplissent les plateaux de télé ?

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Le ruisseau d’Héric que traverse notre chemin nous offre une dernière halte rafraîchissante et nous quittons à regret le pays où déambulent en secret les poètes disparus……Me reviennent alors en mémoire ces vers de Pablo Néruda (Chant général) :


« Je vois près de l’eau une rose, une petite coupe
Aux paupières vermeilles,
Un son aérien la maintient dans l’espace :
Une clarté de feuilles vertes touche les sources
Et transfigure la forêt avec des êtres solitaires,
Des êtres aux pieds transparents :
L’air n’est plus que vêtures claires
Et l’arbre instaure sa grandeur dans le sommeil. »


PS : je vous invite à signer la pétition visant à amener les autorités européennes à prendre les mesures pour protéger nos agriculteurs de la volonté de la société américaine  Monsanto de breveter les semences de  fruits et légumes en vue de les contraindre à les acheter chaque année. Cliquez ICI.



Texte & photos Ulysse (sauf citations de poètes)