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14/05/2010

Dans la forêt soudain, le cri désespéré d'un châtaigner…

 

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Qui n’a pas éprouvé d’angoisse en contemplant le tableau « Le cri » du peintre norvégien Edward Munch qui, selon ses propres termes, veut nous faire entendre le cri infini qui traverse l’univers. Ce cri résonne en nous les jours de blues où l’on fait siens les propos de Macbeth quand il apprend désespéré la mort de sa femme : « La vie est une fable que conte un idiot, une histoire pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ».

Et ce qui n’arrange pas les choses, c’est que le monde dans lequel nous vivons crie de toutes parts : les gouvernements crient après les spéculateurs, les peuples après leurs gouvernements, les agriculteurs après les eurocrates, la gauche après la droite (et réciproquement) les employés après leurs patrons (et réciproquement), les parents après leurs enfants (et réciproquement !) les chauffards après les cyclistes et les piétons (et réciproquement) les bricoleurs du dimanche (dont je suis) après leurs marteaux et plus généralement les anti-quelque-chose après les pro-quelque-chose (et réciproquement). On a envie parfois de dire, vos gueules les mouettes !

L’anathème et l’engueulade sont devenus le mode habituel de conversation, les invectives n’ayant malheureusement pas le charme des injures de feu le capitaine Haddock qui puisait son inspiration au fond des bouteilles de vieux rhum (paix à son âme ).

Je vous en livre quelques spécimen qui ont plus de gueule que les « cass’toi pov’ con » d’aujourd’hui …: Anacoluthe, Anthropopithèque Astronaute d’eau douce, Bachi-bouzouks, Bayadère de carnaval, Bougre d’amiral de bateau-lavoir, Bougre de crème d’emplâtre à la graisse de hérisson, Bougre d’extrait de cornichon, Bougres de faux jetons à la sauce tartare, Bougres d’extrait de crétins des Alpes, Concentré de moules à gaufres, Espèce de chouette mal empaillée, Espèce de mitrailleur à bavette, Espèce de mérinos mal peignés, Garde-côtes à la mie de pain,…. j’en passe et des meilleurs ! Ah qu’il était chaleureux et convivial le monde du capitaine Haddock où les méchants s’appelait Rastapopoulos !

Mais Gibus et moi avons la chance de pouvoir fuir le tintamarre et l’agitation frénétique du monde d’aujourd’hui en prenant la poudre d’escampette (qui est la poussière des chemins que l’on soulève quand on s’escampe*) pour aller arpenter les chemins du Haut Languedoc.

*Escamper : verbe occitan qui veut dire se sauver !

 

 

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Nous grimpons une fois de plus sur le Caroux mais par le chemin rarement emprunté de La Trappe qui, partant de Colombières sur Orb, mène en passant par l’Esquino d’Aze à Lou Tres recs (les trois ruisseaux) qui descendent du plateau sommital du Caroux.

D’antiques abris adossés au corps rocheux du Caroux sont les derniers témoins d’une activité humaine, aujourd’hui révolue, centrée sur l’exploitation de châtaigneraies sur les pentes du massif et la pâture d’ovins sur les hauts plateaux.

 

 

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Une nouvelle fois nous sommes admiratifs du travail colossal réalisé par ces hommes pour greffer des chemins de pierre sur les pentes abruptes du Caroux. Qui peut dire aujourd’hui que ce qu’il accomplit dans sa vie servira à d’autres hommes dans les décennies à venir ?

 

 

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Le chemin franchit une barre rocheuse qui devant notre détermination se laisse facilement apprivoisée. Souvent ainsi dans la vie on se fait une montagne de ce qui n'est que billevesées.

 

 

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De fait, la montagne est une excellente école qui vous permet, si vous êtes modeste, de vérifier que vous valez mieux que ce que vous pensez et vous conduit donc à prendre confiance en vous. Par contre si vous êtes prétentieux et arrogant, elle vous enseigne vite l’humilité. Une fois qu’on les a gravies, leur ascension vous grandit et vous remplit d’une force nouvelle. Une partie de votre esprit et de votre âme reste « la haut » et vous permet de prendre de la hauteur par rapport à votre vie quotidienne.

 

 

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Et, de surcroît, vos efforts sont souvent récompensés par l’émouvant spectacle de mouflons, d'izards ou de chamois (selon les massifs) en goguette qui vous narguent goguenards du haut d’une plate-forme rocheuse dont votre statut de bipède vous interdit l’accès.

 

 

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Mais il y a un hic car je vous l’ai souvent dit, le temps en montagne, même en zone méditerranéenne est IMPREVISIBLE ! En prenant mille mètres d’altitude, on se déplace de l’équivalent de mille kilomètres en latitude. Le sommet du Caroux a donc le même climat que le Nord Pas de Calais. Aussi, si vous habitez Montpellier et que vous avez une épouse qui rêve de voir Maubeuge, emmenez la sur le Caroux pour la préparer au choc thermique !

Avec Gibus nous avons toujours dans notre sac de quoi affronter neige, brouillard, intempéries. Ce « de quoi » prenant, sans autre précision, une forme solide et liquide….

 

 

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Nous sommes début mai et pourtant une mince couche de givre couvre le flanc nord des pins qui en frissonnent. Après l’hiver quasi polaire qu’ils ont subi , ils aimeraient bien, comme nous d’ailleurs, que le printemps arrive.

 

 

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Par un temps pareil une halte au refuge de Fontsalès s’impose. Et c’est en cet endroit mythique du Caroux, où tous ses admirateurs sont venus un jour de frimas s’y chauffer la couenne, que nous faisons une rencontre inattendue et qui me laisse à penser que quelque part dans l’univers un grand tricoteur manipule les pelotes de laine d’où se déroulent les fils de nos existences.

En effet, alors que nous étions en plein milieu de nos agapes, un randonneur à l’allure de vieux loup des steppes franchit la porte et nous demande s’il peut nous tenir compagnie, ce qui en montagne , lieu de solidarité par excellence, va de soi.

Alors que nous discutons de nos randonnées respectives, l’homme nous demande si nous ne sommes pas Ulysse et Gibus et il se présente comme étant Bernard, le blogueur de «  Mes Photos et petis mots » avec lequel j’ai, par blogs interposés, des échanges épistolaires.

Sur nos culs étant assis, nous en restons « baba » (sans rhum) et célébrons par de vives exclamations l’extraordinaire concours de circonstances qui a voulu que nos chemins se croisent, un jour à ne pas mettre un humain normalement constitué dehors, en un tel endroit .

Depuis lors Bernard a magnifiquement célébré sur son blog cette rencontre et je vous invite à y aller voir. Aujourd’hui je tiens à saluer ce frère « es » chemins qui, comme nous, éprouve une passion pour le Caroux que ni le brouillard, ni la pluie, ni la neige ne sauraient refroidir !

 

 

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Puis nous reprenons chacun notre chemin, le notre passant par le Peyre Grosso et le torrent d’Albine.

 

 

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Alors que nous dévalons la pente qui nous ramène à Colombières, des rochers en équilibre précaire attendent patiemment l’orage, le coup de dent du gel qui leur permettra à leur tour de faire des cabrioles sur les pentes du Caroux , trop bref instant de liberté au sein d’une éternité d’immobilité.

 

 

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Sur le chemin en pente raide couvert de pierres branlantes, il nous faut prendre garde à ne pas perdre soudain pied et dévaler la pente en roulé-boulé .

 

 

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Et puis, alors que le chemin regagne l’étage forestier, nous entendons soudain un cri qui va en s’amplifiant au fur et à mesure que nous descendons… Un cri non pas menaçant, mais de désespoir, un hurlement de douleur . Intrigués, inquiets nous nous demandons si un animal n’est pas tombé dans un piège et continuons d’avancer…

 

 

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Et soudain au détour du chemin, nous tombons face à face avec l’être d’où émane ce cri : il s’agit d’un vieux châtaigner qui churle gueule grand ouverte son désespoir. Nous apercevant, il se tait soudain, gèné. Lui caressant l’écorce pour manifester notre sympathie, nous lui demandons quelle est la cause de sa souffrance. Il nous répond que les hommes, qui pendant des décennies les ont, lui et ses frères, choyés, entretenus pour se nourrir de leurs fruits, les ont aujourd’hui abandonnés, laissant les maladies les ronger et les abattre. Ils étaient autrefois les rois d’une civilisation rurale dont leurs châtaignes étaient l’or brun , ils ne sont plus aujourd’hui que des vieillards décharnés rongés par la vermine. Et pour ajouter à leur désespoir, les oiseaux qui leur rendent encore visite leur racontent que partout dans le monde les arbres sont maltraités et les forêts abattues .

Nous lui répondons qu’il ne faut pas perdre espoir et que la folie des humains leur offrira probablement une nouvelle chance. En effet, neuf milliards de terriens sont attendus en 2050 qui va transformer les plaines et les vallées de la terre en d’immenses zones commerciales entourées de lotissements. Quand les humains n’auront plus rien pour se nourrir, certains qui auront conservé la mémoire des temps anciens se souviendront que les châtaigners s’accommodent des pentes arides des montagnes et produisent des fruits nourrissants. Ce sera alors de nouveau leur heure de gloire.

Rasséréné le châtaigner nous remercie chaleureusement pour ses propos d’espérance et nous confie qu’il va désormais consacrer les quelques forces qui lui restent à assurer sa descendance en prévision des temps difficiles à venir pour l’espèce humaine.


Texte & photos Ulysse

17/11/2009

Le terroir parle dans les flacons du Domaine Lisson

 

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Quand on s’approche du domaine de Lisson, la vue que l’on en a est de bonne augure : il est situé au plus près du ciel, au sommet d’une colline dominant le village médiéval d’Olargues, plus connu pourtant pour ses marrons que pour ses vins.

Mais chacun sait que la vigne pour donner le meilleur d’elle même a besoin de faire la sieste au soleil et de dormir au frais. L’alternance du chaud et du froid, comme une douche écossaise, stimule la circulation de la sève et développe des arômes complexes et subtils qui font défaut aux vins de plaine cuits par le soleil.

 

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Pour se rendre au domaine, mieux vaut prendre rendez vous avec Iris qui vous en indiquera le chemin. Les quelques kilomètres de la piste qui grimpe allègrement sur le flanc des coteaux boisés dominant la plaine du Jaur vous préparent doucement à un retour bucolique dans le passé

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Le domaine s’alimente en effet en eau à partir d’une source et tire son énergie du soleil et le reste est à l’avenant : ici on laisse faire la nature, l’herbe court au milieu des vignes d'où sont bannis les pesticides et les herbicides - seule la bouillie bordelaise ayant droit de cité – elle est fauchée au besoin pour permettre aux souches de prendre l’air.

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Alors que tant de vignobles sont organiquement morts et produisent des vins sans âme, ici on travaille en harmonie avec la nature en respectant sa biodiversité. Où pourrait-on voir ailleurs qu’à Lisson une épeire tisser sa toile dans un bosquets de chênes verts jouxtant les vignes ?

La faune sauvage d’ailleurs ne s’y trompe pas qui dévore à belles dents les grappes à maturité et met en péril la survie de l’exploitation. Moi qui suis loin d’être un pro-chasse, j’estime qu’il y a là un cas de force majeure et que tous les moyens sont bons quand il s’agit de sauver ce qui appartient au patrimoine de l’humanité.

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Mais avant de parler des nectars produits en ces lieux et qui sont appréciés non seulement des sangliers, mouflons, blaireaux et renards mais aussi d’un groupe fidèle d’amateurs bipèdes éclairés, brossons brièvement l’histoire du domaine.

Il est fait mention pour la première fois de Lisson le Bas dans des archives de Montpellier en 1482. L’exploitation en fut abandonné en 1930 et ce n’est qu’en 1975 qu’Iris et son mari Claude (décédé depuis) ont acquis et défriché en 1989 deux hectares de chênes verts en faisant partie.

Sur ses pentes abruptes ne permettant aucune mécanisation ils ont remis en état à mains nues les terrasses et les murs en pierres sèches. Hercule n’aurait pas fait mieux !

Sur la partie basse de ce terroir shisteux qu’ils ont dénommé Clos des Cèdres en raison d’un bosquet de cèdres qu’ils ont conservé, ils ont planté du Mourvèdre ainsi que du Merlot et du Petit Verdot et sur les terrasses supérieures, appelées les Echelles, ils ont planté du cabernet-sauvignon.

 

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Ils ont acquis, par ailleurs, d’Antoine Tarbouriech une parcelle qui appartenait à un curé de Saint Etienne d’Albagnan qui y faisait produire son vin de messe. Ce qui est pour moi un critère absolu de qualité ! Imaginez qu’un curé fasse la grimace en buvant son vin de messe, cela créerait un scandale ! Si ce brave curé buvait le vin, les vignes étaient par contre cultivées par sa bonne à tout faire, Joséphine Clavel.

Iris et Claude ont planté ce terroir calcaire en Pinot Noir, cépage subtil par excellence, ambassadeur de la Bourgogne, dont les premières cuvées en 1996 et 1998 ont porté les noms d’Antoine et de Joséphine.

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Face au domaine vers le nord, de l’autre coté de la plaine du Jaur, on aperçoit les Monts de l’Espinousse et, notamment, le lieu dit de la femme couchée, appelée ainsi en raison de la forme que prennent la succession de crêtes.

Comment voulez vous que dans un tel environnement et avec un tel panorama la vigne rate son vin ? Le vigneron n’a qu’à la laisser faire en intervenant le moins possible, ce que font Iris aidé de son nouveau compagnon Klaus.

Ce n’est pas que la vigne ne demande pas de travail , au contraire car sur ces pentes ardues la brouette (à chenilles), le seau ou les caissettes et le dos de l’homme sont les seuls outils possibles. Il faut biner, faucher et vendanger à la main, remonter le sol quand les pluies le ravinent, redresser ou replanter les piquets en châtaigner quand la tempête les emporte.

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Mais pour le raisin et le vin c’est le sol et la vigne qui décident : pas d’engrais dans les vignes, pas d’éraflafge, pas de levure exogène dans les cuves en inox.

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Les macérations sont longues avec pigeages quotidiens sans pompage. La vinification achevée, les vins sont élevés en barrique sur une période qui va de 12 à 24 mois, selon le cépage et les particularités du millésime. Ils ne subissent ni collage ni filtration, le soufre n’étant utilisé que très tard en barrique au strict minimum.

 

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Après avoir arpenté avec Iris le domaine (mieux vaut avoir une casquette si c’est l’été et si – comme moi- vous ressemblez à Barthez et une paire de chaussures de randonnée ) vient le moment tant attendu de la dégustation.

On entre à pas feutrés dans le saint des saints là où le divin jus extrait par vitis vinifera de la terre repose assoupi comme la belle au bois dormant dans le berceau des barriques attendant le contact de nos lèvres pour revivre.

Commence alors la dégustation par un flacon des Echelles 2007, assemblage de cabernet sauvignon et de merlot, qui présente un nez d’humus et de tabac et offre une bouche dense mais tannique qui devrait s’affiner avec les années . C’est un très bon vin, fort bien fait, mais encore un brin austère.


Suit un Clos des Cèdres, magnifique expression du Mourvèdre avec un nez animal (c’est pourquoi les raisins sont tant appréciés des quadrupèdes du domaine !) et une bouche minérale, harmonieuse et désaltérante. Un vin d’une grande élégance qui tiendrait la dragée haute à un Pibarnon.

Pour conclure, un Clos du Curé, superbe enfant sudiste du Pinot Noir au nez de fruits rouges et une bouche gouleyante avec une belle acidité où tournoient arômes de cerise et de cassis et une finale plus épicée. Un grand vin en devenir assurément.

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Ces vins sont des vins qui « parlent » le terroir , subtils interprètes des humeurs souterraines de Gaïa ,notre terre mère. Ils ne sont pas « travaillés » pour être bus de suite, il faut leur laisser le temps de mûrir.

Les très faibles rendements et volumes de production ainsi que les conditions d’exploitation, conjugués à la très grande qualité des vins justifient pleinement leur prix de 20 euros. Il s’agit toutefois de vins destinés à des amateurs éclairés.

Outre ses vins qui occupent l’essentiel de sa vie et celle de son compagnon Klaus, Iris tient aussi un
blog  où elle raconte avec passion et humour les bonheurs mais aussi les aléas de la vie de vigneronne. Elle nous fait aussi partager ses coups de cœur en matière de vins produits par des confrères (ou des consoeurs) et ses coups de gueule contre les pratiques d’une partie du monde viticole.


Je vous invite vivement à le consulter ce qui ne peut ensuite que vous inciter à aller à la découverte de cet étonnant domaine et de ses vins remarquables


 Texte & Photos Ulysse

10/10/2007

On ira tous au Caroux !

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Tout le monde connait la chanson de Michel Polnareff « on ira tous au paradis » ...On aimerait bien croire à cette profession de foi optimiste, mais on peut avoir des doutes sur l'existence d'un tel lieu quand on voit le bazar que devient notre planète. Comment penser qu'il y ait la main d'un dieu derrière tout ça ? Si vraiment il existe, soit il n'est pas très doué, soit il est retors et dans les deux cas ça ne donne pas envie de finir pensionnaire pour l'éternité dans son paradis.
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Par contre il y a un lieu que je ne me lasse pas de parcourir et qui est pour moi un vrai paradis terrestre : le Caroux ! Et je vous invite à vous y rendre dès que vous le pourrez qu'il pleuve ou qu'il vente, car c'est un lieu empreint de majesté et de sérénité dont le spectacle vous remet sur pied.
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D'ailleurs la dernière fois que j'y suis allé en partant de St Martin de l'Arçon et en passant par le col de Bertouyre, il pleuvait. Mais depuis que je marche la pluie est devenue mon amie, il suffit d'être bien équipé et alors vous jouissez d'un bouquet d'odeurs inouies, terriennes, végétales, florales et animales que les gouttes en s'évaporant répandent dans l'air. A vrai dire c'est le seul moment où j'ai autant de plaisir à humer de l'eau qu'un bon vin !
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Quand je croise un cairn je pense toujours aux mains inconnues qui ont créé puis ajouté des pierres à l'édifice qui souvent défient les lois de l'équilibre. C'est une oeuvre collective de personnes animées par une même passion des chemins et de la nature. C'est le point de croisement de vies et de destins innombrables et différents mais qui ont en commun d'être à un moment donné passé au même point et d'avoir ainsi, à leur insu, un lien secret qui les unis.
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Le bonheur des balades réside beaucoup dans la liberté retrouvée de notre imaginaire qui n'étant plus bridé par le matraquage médiatique de notre société dite "moderne" retrouve la capacité d'émerveillement des enfants ou des premiers hommes et débusque les êtres fantastiques qui hantent les lieux sauvages et reculés. Ainsi l'on croise près du rocher du Luchet une sorcière pétrifiée par on ne sait quel enchanteur et qui semble appeler au secours
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Dans l'univers austère et minéral de la montagne je suis souvent émerveillé de découvrir la vie qui s'accroche alors que tout semble s'opposer à son épanouissement, tel cet arbre, fier « David «  végétal qui défie les falaises , « Goliath » de pierre prêts à l'écraser.
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Mais vous allez finir par croire en lisant mes propos que je suis un ascète contemplatif. Je vous rassure je suis plutôt du genre rabelaisien et le refuge de Fontsalès où nous réfugions devient le lieu d'un chaleureux et pantagruellique agape.
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Nos ancêtre dits primitifs ont laissé dans les grottes où ils se réfugiaient d'ardentes oeuvres d'art. collectives destinées sans doute à dompter l'esprit des animaux qu'ils peignaient pour assurer la survie du groupe. Les gravures et graffitis que l'on trouve de nos jours dans les refuges (et ailleurs) sont à l'image de l'homme moderne sentimental et nombriliste qui affiche ses amours qu'il voudrait éternelles. Ces auteurs de tags ou de graffitis sont un peu comme les chiens qui laissent leurs crottes sur leS trottoirS pour marquer leur territoire.
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Pendant notre agape, la pluie a fait place au soleil et nous reprenons notre périple en direction du col de l'Airole en suivant un chemin qui traverse un somptueux tapis de bruyère
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Quelques pins ont pris pied sur le plateau, avant garde d'une forêt qui envahit peu à peu tous les massifs de la région depuis la disparition des grands troupeaux d'ovins qui contribuaient à garder « ouverts » ces vastes espaces..
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Le pin est très décoratif et il a dans certains endroits son utilité pour lutter contre l'érosion des sols mais n'oublions pas que c'est un « tueur » de faune et de flore et sa prolifération met en danger la garrigue méditerranéenne qui est l'un des espaces les plus riches du monde en ces domaines. La garrigue est un peu notre « amazonie » et il faut la préserver.
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En introduction j'émettais des doutes sur l'existence d'un paradis et pourtant certains chemins du Caroux semblent mener au ciel et à les suivre la sérénité vous gagne et on se retrouve de fait au « paradis » .
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Puis le chemin quitte les nuées pour redescendre vers le hameau d'Héric à travers la forêt où ceux qui maitrisent la langue des arbres peuvent dialoguer avec de vénérables chataigners qui leur racontent les légendes locales.
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Nous franchissons l'indolent ruisseau d'Héric sur un pont dont l'arche constituée au sommet d'une seule rangée de pierres défie les lois de la pesanteur.
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Profitant de la sécheresse une grande épeire tisse sa toile au dessus d'une mare d'eau stagnante qui attire des nuées d'insectes. Ainsi se joue en des myriades d'endroits dans le monde un jeu fatal entre proies et prédateurs, le moteur même de la vie étant la mort !
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Nous voilà de retour dans la vallée où Eole commence à rassembler un troupeau de nuages. Il était temps car nous avons eu notre dose de pluie pour aujourd'hui !

Le circuit détaillé figure dans le fichier joint.

Texte & photos Ulysse

05/10/2007

Faites une cure végétale d'Olargues au Farrials

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Les vacances sont déjà loin et vous vous êtes bon gré mal gré réadaptés à l'athmosphère de votre ville parfumée aux senteurs de diesel et de crottus canibus ainsi qu'à la cohue maussade des trains, des trams ou des bus. Vos soirées sont bercées par les bêlements de la star'ac que regarde votre voisin du dessus et les bruits de gare de triage qui émanent de votre jeune voisine du dessous, adepte de « house music »
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Vous éprouvez une soudaine envie de silence et de chlorophylle mais vous vous demandez si notre chère planète, un brin surpeuplée et atteinte de bétonisme, de 4-4-tisme et de quadisme aigüs, offre encore des endroits où jouir de tels privilèges. Soyez rassurés car j'en connais une foultitude en pays d'Oc qui ne sont pas près d'être contaminés par les charmes vénéneux de la société de loisirs industriels, vu qu'il faut user d'un peu d'huile de genoux pour y accéder.
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Le circuit que je vous propose aujourd'hui a pour point de départ le pittoresque village d'Olargues, pays de la chataigne et qui mérite une demi journée de visite avec son clocher du XIIIème siècle, son pont du Diable, ses ruelles médiévales et son intéressant musée sur les traditions et les métiers liés aux activités passées de la région.
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Après avoir cotoyé les rives verdoyantes du Jaur on commence à griimper au milieu d'une forêt de chataigners, qui jusqu'à la fin du XIXème siècle tenait une place primordiale dans la vie de la région. Son fruit contribuait à l'alimentation tant des hommes que des animaux d'élevage et son bois résistant et imputrescible servait à fabriquer les charpentes, les tonneaux et les barrières pour délimiter les champs.
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Bientôt le chemin prend de de l'altitude et domine la vallon du Jaur d'où émerge le clocher d'olargues pointé vers le ciel comme un doigt accusateur s'en prenant aux dieux pour le bazar qu'ils ont créé ici bas.
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Parfois un arbre qui s'est épris d'amitié pour les randonneurs leur tend un siège pour qu'ils s'y reposent et lui content les dernières nouvelles du monde qui ne parviennent point en ces lieux sauvages.
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Le glougloutis du Routelly soudain se fait entendre; le magnifique pont qui l'orne laisse penser que ce ruisseau famélique doit parfois connaître des débordements. Je suis toujours admiratif du souci d'harmonie que les anciens manifestaient dans la moindre de leur construction, souci qui, hélas, n'est guère partagé par leurs descendants qui parsèment la nature de leurs taudis de briques nues et de cairons souvent ornés de bagnoles, de tracteurs ou de caravanes délabrés.
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Sur les berges du Routelly nous croisons soudain le corps fossilisé d'un crocodile témoignage du climat tropical que connaissait la région il y a quelques millions d'années.
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Puis à l'approche du Hameau de la salle un arbre montre son coeur à nu sans doute d'avoir été éconduit par Artémis qui se serait réfugié en ces lieux depuis que les incendies ont ravagé les forêts grecques.
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Puis nous abordons les contreforts du Farrials qui culmine à 764m et dont le sommet arbore des chicots de pierre taraudés par la pluie et le vent.
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Il nous reste plus qu'à redescendre vers Olargues en jouissant des vues panoramiques sur le massif du Caroux en face,
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parfois un arbre foudroyé par un orage semble nous menacer de ses branches fourchues
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Mais nous arrivons sans encombre en vue d'Olargues où nous nous régalons d'une tarte aux marrons.

Le circuit détaillé figure en fichier joint

Texte & Photos Ulysse