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09/09/2013

Les salins de Villeneuve-les-Maguelonne : reflet de notre destin ?

Je suis de retour d'horizons fabuleux que je vous ferai prochainement découvrir , mais il faut laisser le temps à ma plume de coucher sur le papier mon périple. En attendant je vous offre un "morceau choisi" tiré de mes archives.



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Ayant beaucoup voyagé, je peux dire, sans être taxé d'exagération méridionale, que le Languedoc offre des paysages parmi les plus beaux du monde....quand l'on n'y regarde pas de trop près ! De fait, si la nature, le climat et la configuration géographique se conjuguent pour composer de magnifiques symphonies paysagères, l'homme y commet malheureusement de nombreux « couacs ».


Un exemple édifiant en est donné par les anciens salins de Villeneuve-les-Maguelonne où l'eau, le ciel, la terre jouent une partition enchantée, dont la tonalité change selon les saisons. Ce lieu splendide est malheureusement situé sur une péninsule bordant les étangs de l'Arnel et de Vic qui est hélas, en de nombreux endroits, défigurée par la cabanisation et les déchets en tous genres qui la jonchent. En témoignent ces quelques photos prises « in situ » (cliquez dessus pour les agrandir si vous n'avez pas l'âme trop sensible!)

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Les flamants roses qui fouaillent la vase devant l'élégante silhouette de l'ancienne porte fortifiée qui mène à la cathédrale de Maguelonne ne sont pas plus troublés par ces monceaux de déchets que ne le sont les riverain de l'étang. Mais ces résidents là ont au moins l'excuse d'avoir une cervelle d'oiseau ! A moins que de vivre au bord de l'eau........(je vous laisse conclure !)

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Les salins, qui ont été exploités depuis le XIIème siècle jusqu'en 1968 date à laquelle ils ont été fermés pour cause de non rentabilité, sont aujourd'hui la propriété du Conservatoire du Littoral. Il faut dire que le sel a mauvaise presse aujourd'hui au plan alimentaire et nos prétendues élites préfèrent se sucrer ....


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Quelques vestiges témoignent de l'activité passée, telles les ruines de la station de pompage qui se dresse comme une énorme poule d'eau au dessus des eaux .



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Il subsiste également quelques « martelières » (vannes en bois) et leurs crémaillères qui servaient à réguler le niveau de l'eau dans les tables salantes où s'effectuait la cristallisation du sel.


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C'est un bonheur d'emprunter les chemins qui courent le long des canaux et qui donnent, en les parcourant, le sentiment troublant de marcher sur les eaux ....mais n'ayant aucune vocation de martyr, il ne faut pas compter sur moi pour racheter vos péchés car je pense que j'aurais déjà du mal à obtenir la rémission des miens !

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Les roselières propices aux amours oiselières ourlent une partie des rives d'une chevelure dorée que le vent aime caresser. Ces amours sont hélas troublés en automne et hiver par les "nemrods" qui envahissent les salins. Comment peut-on venir en des lieux d'une telle beauté pour y semer la mort ! Ce plaisir morbide que prennent ainsi des êtres qui, lorsqu'ils ne portent pas un fusil, ne sont pas généralement de mauvais bougres,  me plonge dans un abîme de perplexité.


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L'étang de Vic se donne des airs de petite mer intérieure où le clocher de Vic la Gardiole, se haussant du col, tente de se mirer. Les pieux de chataîgniers qui émergent de l'eau soutenaient autrefois les chemins qui permettaient d'aller d'un partènement (parcelle)  à l'autre.



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Clapotis de l'eau, bruissement des roseaux, cancannement des canards, rires moqueurs des mouettes, Gaïa nous susurre sa chanson de ses voix multiples qui nous ramènent aux premiers matins du monde.



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De temps en temps le vent tombe, le paysage se fige, les oiseaux font silence comme si le coeur de Gaïa s'arrêtait de battre et puis, ouf, la vie reprend ....mais pour combien de temps ?


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Car dans ce monde en apparence idyllique, la trame de la vie est faite de drames ! Des milliers de moucherons y meurent chaque jour dans les pièges de soie tissés par d'impitoyables épeires qui paressent au soleil en attendant d'aller cueillir leur moisson d'infortunées victimes. Mais dans ce drame c'est la nécessité qui fait loi et non le plaisir.

 

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Mais la vie est aussi prodigue qui ne regarde pas à la dépense et qui déverse par tombereaux ses animalcules dans les airs et dans les eaux. Ainsi sur un million d'alevins qui naissent combien iront au bout de leur existence ? La vie et la mort que nous croyons antinomiques ne seraient-ils pas les temps d'une valse cosmique dont nous sommes les protagonistes inconscients ? Mais où se cache donc le maître de ballet ?

 
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La vie est un vaste jeu de séduction, la beauté n'est pas gratuite : les fleurs condamnées à l'immobilité se servent de leur parure et de leur parfum pour être fécondées.



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Après ces instants passés dans un univers primitif, l'émergence des superbes bâtiments du Mas des Quinze (dont l'origine du nom reste mystérieuse) nous ramène dans le monde « humanisé ». Ce domaine témoigne du souci qu'avait les anciens de construire des édifices en harmonie avec leur environnement. Cette préoccupation s'est hélas perdue aujourd'hui.



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Au loin les bâtiments utilisés au début du siècle par les sauniers somnolent au soleil nostalgiques du temps où les hommes exploitaient l'or blanc .

 
 
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De vieilles barques ont le mal de terre et attendent la main secourable qui les remettra à l'eau.



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A la sortie des salins, alors que l'on aperçoit au loin la blessure sanglante d'une carrière faite au flanc de Gaïa, une embarcation finit de sombrer dans un canal envahi par les algues. N'est ce pas là une scène prémonitoire de ce qui guette notre civilisation prédatrice. Les salins abandonnés et cette barque naufragée ne sont ils pas le reflede notre destin?




Texte & photos Ulysse