suivi de mon blog
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

21/10/2009

Changement de décor : je vous emmène à Cahors

 

DSC07557.JPG


Durant toute ma scolarité, je me suis ennuyé pendant les cours d’histoire, sauf en classe de seconde où ma prof arborait de superbes décolletés que masquait, hélas, les jours d’hiver, une large écharpe blanche (à chacun ses madeleines !)

Ces litanies de batailles, de massacres, de souverains despotes et sanguinaires m’horrifiaient et me faisaient douter de l’intelligence de l’homme. Seuls les récits des expéditions des explorateurs : Magellan, Vasco de Gama, Christophe Colomb, Tintin et Milou et Corto Maltese trouvaient grâce à mes yeux.

Si l’on analyse les choses lucidement, on constate d’ailleurs qu’à quelques exceptions près, telles qu’Alexandre le Grand, Hadrien, Gandhi, Obama et Angela Merkel, les hommes (ou les femmes) de qualité ne recherchent pas le pouvoir suprême, qui n’intéresse généralement que les médiocres, qui y cherche une compensation à leur médiocrité. L’histoire de France récente en est hélas une parfaite illustration.

C’est en voyageant que j’ai pris goût à l’histoire, celle écrite par les hommes et les femmes « ordinaires » qui nous ont laissé en héritage cités, chapelles, châteaux, abbayes, ponts, mais aussi moulins, capitelles, murets, vignobles, toutes œuvres révélant et magnifiant les mille facettes du génie humain quand il sert les intérêts de la collectivité.


Et, en la matière Cahors est un beau livre d’histoire. Crée par les Cadourques (tribu gauloise) au 1er siècle avant notre ère, autour d’une source qui alimente encore la ville, elle prit son essor à l’époque romaine où elle devint Cadurca, qui au fil du temps a donné Caurs puis Cahors.

DSC07558.JPG

Paresseusement blottie dans un méandre du Lot, elle est aujourd’hui un peu à l’étroit et déborde sur l’autre rive où les maisons se tiennent en rang serré, épaule contre épaule, adossées aux falaises des collines au milieu desquelles le Lot a creusé son lit.

Cahors a donné son nom à une autre rivière de couleur sang alimentée par le cépage Cot et qui prend ensuite le chemin des barriques, des bouteilles puis des verres pour finir – tout est bien qui finit bien - dans nos gosiers !


DSC07561.JPG


Cette belle cité, aujourd’hui un brin assoupie, fut au XIIIème siècle l’une des plus grandes villes de France suite à l’arrivée de marchands et de banquiers Lombards, qui en firent l’une des grandes places bancaires d’Europe. La fièvre de l’or s’est alors emparée des « cahorsins » (synonyme à l’époque d’usurier) et cette frénésie fut stigmatisée par l’écrivain florentin Dante (1261-1321) qui précipita Cahors comme Sodome dans l’enfer de sa Divine comédie.

En cela Dante était visionnaire vu l’enfer dans lequel les banquiers ont plongé aujourd’hui une partie de l’humanité. Mais loin de faire amende honorable , voilà qu’ils recommencent à se « baffrer » ! Le veau d’or aura hélas encore et pour longtemps ses adorateurs.

Lors de la guerre de cent ans, Cahors fut obligée de se donner aux anglais - bien que leur ayant victorieusement résisté - suite à la signature par le roi de France Jean II du traité de Brétigny (1360) cédant le sud ouest de la France à Edouard III roi d’Angleterre. Ruinée par les « perfides albionais » Cahors ne revint dans le giron de la France que sous le règne d’Henri IV.

Mais la ville va longtemps vivoter et ce n’est qu’au XIXème siècle qu’elle retrouva un semblant de prospérité.


DSC07617.JPG

Cahors peut s’enorgueillir de posséder l’une des plus imposantes cathédrales romanes de France. Edifiée au XIIème siècle et dédiée à St Etienne, son allure de forteresse répondait à un souci de protection des habitants mais visait aussi à assurer le prestige de l’église catholique. Il est vrai que quand le comportement des membres d’une institution lui fait perdre tout crédit , il ne lui reste que les armes de la contrainte et de la puissance pour s'imposer. Hier on effrayait les âmes en les menaçant de l’enfer, aujourd’hui on manipules les esprits en utilisant les télés et les journaux.

DSC07582.JPG

Un sculpteur facétieux a placé à mi-hauteur sur le coté de la cathédrale loin de la vue des notables de l'église qui n'empruntent que le grand portail, la tête d’un « drôle » tirant la langue, sans doute à l’intention des bigots et bigotes qui s’en vont prier dieu pour leur salut mais ferme les yeux sur les malheurs de leurs congénères.

DSC07598.JPG


 Le cloître plus tardif (1509), de style renaissance, présente un mariage harmonieux du monde végétal et minéral magnifiés par le génie de l’homme. Les lignes géométriques des pelouses combinées aux arcatures ouvrant sur la pénombre des galeries créent un espace propice à la méditation : où allons nous dîner ce soir ?

DSC07622.JPG

A l’angle d’une rue trône un monument dédié au poète Clément Marot (1496 -1544), enfant du pays, qui célébra en quelques vers la présence dans le Quercy de l’ombrageux Lot et de la généreuse Dordogne, qui au vu des traits humains que leur a prêtés un sculpteur auraient bien aimé s'unir. Vous aurez deviné sans peine dans quelle rivière je préfèrerais me baigner !

DSC07656.JPG


Et puis nous arrivons au pied du joyau de Cahors, le pont de Valentré, magnifique bague de pierre passée au doigt du Lot . Véritable chef d’œuvre de l’art militaire du moyen age, avec ses tours à mâchicoulis s’élevant à 40m au dessus de l’eau, ses parapets crénelés et ses avants- becs rompant la succession des arches, ce pont séduit par son élégance et son harmonie.

DSC07667.JPG


A l’origine les tours extrêmes étaient fermées de portes et de herses et la tour centrale servait de poste d’observation. Il formait ainsi une sorte de forteresse commandant le passage du fleuve qui impressionna tant les anglais pendant la guerre de cent ans -peuple pourtant guère impressionnable qui affronta sans sourciller les V2 du sinistre moustachu - qu’il ne fut jamais attaqué.

DSC07668.JPG



La perfection et l’élégance des lignes de cet ouvrage subjuguent le Lot lui même qui s’écoule paisiblement sous ses arches

DSC07673.JPG


Vu les prouesses technique que représente la construction d’un tel ouvrage, la légende prétend que l’architecte avait passé un pacte avec le diable pour qu’il l’aide à construire le pont. Ce qui en quelque sorte revient à considérer Dieu comme un incapable, mais il faut dire que vu l'état du monde on peut légitimement se poser des questions sur ses capacités.

Toujours est-il qu'en échange de son âme, l'architecte aurait demander à Lucifer de porter de l’eau aux ouvriers, mais en lui remettant à son insu un seau troué (pas finaud non plus le diable !). Pour se venger Belzébuth aurait fait chaque jour tomber une pierre placée en haut de l’angle nord est de la tour centrale. Lors de la rénovation du pont au XIX ème siècle par Viollet – le - Duc on plaça à cet endroit une pierre représentant ce sinistre personnage.

 

DSC07678.JPG



La visite de Cahors s’achève . A vous de prendre le relais et d’aller flâner dans cette charmante ville du Quercy qui comporte bien d’autres merveilles au sein de ses ruelles moyenâgeuses, notamment de riches demeures qui sont comme un livre d’histoire et d’architecture en plein air .

Bonne balade !

Texte & photos Ulysse

18:04 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : cahors, lot, henri iv, dante