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21/06/2012

Le cloître d'Elne

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En me baladant l’autre jour à travers champs, je vis soudain surgir de la ligne d’horizon une énorme pointe d’asperge qui grandissait au fur et à mesure de ma progression. C’était le clocher d’une église ! C’est là un trait typique de notre pays que l’on puisse apercevoir, où que l’on soit, un ou plusieurs clochers. Et, de fait, ils sont près de 38.000 à se dresser ainsi vers le ciel. Que l’on soit croyant ou non, leur vue, surtout quand, de surcroît, leurs cloches sonnent à la volée, touche en nous une corde secrète dont la vibration nous rassure et nous apaise. Souvent édifiés dans un lointain passé, ils sont pour nous un gage  de stabilité et de permanence dans un monde en perpétuelle mutation qui provoque le vertige. Ils symbolisent aussi le lien entre la terre et le ciel,  lieu virtuel  du mystère d’où procède toute vie.

C’est pourquoi, bien que non croyant, j’aime aller dans les églises, passerelles de pierre vers le ciel imaginées par l’homme pour tenter de percer le mystère de notre origine et de notre destinée. Aujourd’hui je vous emmène visiter la cathédrale d’Elne, consacrée en 1069, et dont les deux clochers interpellent ainsi le ciel depuis près de mille ans.

La ville d’Elne édifiée sur une colline a un passé prestigieux. Connue à l’époque pré-romaine sous le nom d’Elleberis, qui signifie « ville neuve », elle a été successivement occupée par les romains jusqu’au IVème siècle de notre ère,  par les wisigoths (Vème siècle) puis par les arabes (VIIIème siècle).

Devenue siège épiscopal, elle a connu la prospérité économique jusqu’au transfert de ce siège à Perpignan au XIVème siècle, évènement qui a conduit à son déclin. Elle n’a retrouvé une certaine notoriété que lorsque un peintre local Etienne Terrus a accueilli ses confrères  Matisse, Derain, Camoin, Marquet et Monguin à l’origine de la création du  fauvisme.

 

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Mais revenons à la cathédrale et pénétrons dans cet édifice dont le joyau est sans conteste le cloître, l’un des rares du Roussillon à être intact. La richesse et la diversité des sculptures qui ornent les colonnades de ses galeries nous permettent de découvrir l’évolution entre le roman et le gothique, son édification s’étant échelonnée sur deux siècles.

 

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Le centre des cloîtres est constitué d’une cour ou d’un jardin ouvert sur le ciel symbolisant la communication entre le monde d’en bas et celui d’en haut (pour ceux qui y croient). J’imagine que les jardins qui occupaient le centre des cloîtres étaient là pour rappeler la beauté et les saisons du monde extérieur auquel les moines n’avaient plus accès. Parfois on y cultivait des plantes médicinales qui permettaient de soigner les petits maux, car les moines avaient beau aspirer à la vie éternelle, ils n’aimaient pas, à l’instar des autres hommes, souffrir.  La plupart d’entre eux étaient à vrai dire de bons vivants, si l’on en croit le témoignage indiscutable des étiquettes de camembert !

 

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Les galeries permettaient aux moines de déambuler en méditant à l’abri de la pluie ou du soleil estival mais pas de l’air glacial qui descendait l’hiver des pentes des Pyrénées toutes proches. On peut penser que ces jours là, sans douter de leur foi,  les « ave » et les  « pater » étaient plus vite expédiés.

 

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Dans les premiers cloîtres les chapiteaux des colonnes étaient vierges de toute sculpture pour ne pas distraire les moines de leur méditation. Puis à l’époque romane (XIème siècle) les règles monastiques s'adoucissant,  ils ont commencé à être ornés de motifs végétaux, puis animaux, comme ces palmettes et bouquetins que l’on voit au premier plan.

 

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Le style est caractérisé par un trait précis et des volumes harmonieux justifiés par la nature exclusivement décorative des ces sculptures représentant des griffons et des sirènes. Leur présence ici me paraît incongrue car elles arborent de petits seins guère propice à de spirituelles méditations. 

 

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En contemplant ces chef-d'oeuvres, je me demande, oh ! sacrilège! si l'on ne peut y voir une manifestation d’orgueil de la part des sculpteurs souhaitant montrer au "créateur" par la finesse de leur travail qu’ils étaient son égal.

 

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A l'époque gothique (fin du XIIème) ont été ajoutées des scènes historiées d’un style plus grossier mais aussi plus expressif, l’intention ici étant de relater des faits importants de l’histoire religieuse, afin de susciter la réflexion. Ainsi voit-on sur cette scène les rois mages rendant visite au roi Hérode dont l’intention secrète était de tuer le Christ. Imaginez qu'il ait réussi son coup, nous aurions peut être gardé les dieux romains, qui étaient des mecs un peu barjots certes, mais sympas, aimant le vin et la gaudriole ! Bon, n'allez pas croire que je n'ai pas d'estime pour le père Jésus qui était un honnête homme pronant l'amour du prochain et qui avait beaucoup d'estime pour  les femmes. Le problème est que ceux qui aujourd'hui  se réclament de lui sont des rabat-joie misogynes.  Mais il ne faut pas que l'on se plaigne parce que il y a des peuples moins bien lotis, auxquels on impose un dieu non seulement misogyne mais également buveur d'eau ! 

 

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Cette autre sculpture que je trouve fort belle reste pour moi énigmatique. Mon hypothèse est qu’il s’agit d’une scène de baptême d’un seigneur d’une ville assiégée se convertissant à la foi chrétienne. Mais peut être qu’un lecteur ou une lectrice, plus érudit en christianisme que je ne le suis, m’éclairera sur le sujet ?

 

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Je terminerai par une scène représentant l’annonce faite à Marie par l’archange Gabriel de sa maternité divine, évènement qui est à l’origine de la civilisation chrétienne.  On y voit dans le second tableau ce brave père Joseph qui tombe des nues et doit s’appuyer sur sa canne pour ne pas s’effondrer. On le comprend car imaginez quelle serait votre réaction si un jour votre compagne vous racontait une histoire pareille. A coté Marie se fait consoler par sa sœur car elle se doute que le bambin ne va pas être des plus faciles à élever et qu’il lui réserve bien des surprises! Ce qui va se vérifier ! Finalement quand on a un gamin, mieux vaut que ce soit un bon petit diable qu'un doux jésus !!!


 PS : Je vous invite à aller à la découverte du fascinant Désert Blanc sur mon blog PIQUESEL


Texte & photos Ulysse