suivi de mon blog
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

12/01/2011

Pèlerinage à St Eutrope pour chasser l’hiver….

 

DSC02619.JPG

 

Un matin de la mi-décembre, malgré le froid de manchot qui régnait sur le sud, je faisais mon marché et attendais patiemment mon tour à un étal. Les sudistes étant généralement volubiles me voilà engagé dans une conversation météorologique avec un "papet" auquel je manifeste ma surprise au sujet des abondantes chutes de neige tombées la veille sur les sommets des hauts-cantons qui ont pris une allure alpine .

  « On m’avait que dans le sud, il n’y avait pas d’hiver et qu’on se baladait en chemisette en toutes saisons »  je lui susurre goguenard.

« jeunot , ici  dans ma jeunesse il n’y avait pas d’hiver car quand il osait pointer le bout de son nez gelé, on organisait un pèlerinage à la chapelle de St. Eutrope  pour y faire un grand feu et il s’en allait.  Aujourd’hui plus personne n’a le courage d’y monter. Mais attention pour que ça marche fallait monter le bois du bas de la vallée et sur un sentier que même les mouflons hésitent à prendre »

Outre le plaisir d’être appelé jeunot (ce qui ne m’arrive plus guère) l’histoire du papet m’intriguait. Depuis ma rencontre avec un magnétiseur au Montahut., j’étais prêt à admettre que des phénomènes qui choquent à priori nos esprits cartésiens pouvaient avoir une explication scientifique. Ainsi peut être que la colonne d’air chaud provoquée par le feu en cet endroit particulier avait une influence sur l’anticyclone des Açores. Certes l’obligation de n’utiliser que du bois de la vallée semblait relever de la superstition. Mais il fallait aller vérifier en respectant la tradition..

Nous voilà donc partis le lendemain avec Gibus et notre bande de copains sans peurs et sans reproches à l’assaut des pentes enneigées de la Serre de Majoux où se dresse la Chapelle de St Eutrope. Les routes étant enneigées nous partons du village de  Compeyre situé près de Saint Gervais sur Mare  pour emprunter le GR 653 qui  mène au pied de la Serre de Majoux.

 

DSC02627.JPG

Nous passons près de jeunes et tendres hêtres dépouillés d’une partie de leur écorce par des cervidés affamés.  Si jamais grâce à notre expédition nous arrivons à chasser l’hiver, les hôtes de ces bois, que le manteau neigeux prive de nourriture, nous devrons une fière chandelle.   Par gratitude peut être se laisseront-ils plus volontiers approcher et photographier !

 

DSC02631.JPG

Un compère de Sylvebarbe du peuple des Ents  nous hèle au passage pour nous demander où nous allons par un temps si peu propice à la randonnée.  Ayant pris connaissance de notre projet il nous encourage dans notre expédition. Il nous confie qu’au cours de ces 254 années d’existence il n’a jamais vu tomber autant de neige dans la région et se fait du souci pour la survie de ses compagnons forestiers.

 

 

DSC02646.JPG

 

Nous gravissons une colline boisée dont les arbres dépouillés  laissent voir entre  leurs branches les terrasses édifiées par les anciens, titanesque travail aujourd’hui ignoré, abandonné, mais qui témoigne de leur courage. Tandis qu’ils façonnaient le monde dans lequel ils vivaient, ce travail pétrissait leur propre vie qui plongeait ses racines dans la terre qui les avait vus naître.  Le monde moderne a, pour la plupart d’entre nous, coupé ce cordon ombilical avec la terre mère et c’est sans doute pour cela que nous en prenons si peu soin.

 

DSC02666.JPG

Et pourtant quelle magnificence est la sienne en tous lieux et en toutes saisons pour qui a la chance de pouvoir  s’immerger dans la nature et la contempler.

 

DSC02671.JPG

Nous voici arrivés au pied de l’un des contreforts de la serre de Majoux dont  le sommet échancré laisse voir le bout du clocher de la chapelle St  Eutrope.

Le sentier qui y mène - qui par temps clément n’est pas des plus aisé à gravir – est ce jour là une véritable patinoire. Mais préoccupés avant tout par le seul bien être général qui dépend de l’accomplissement de notre mission, nous battons les fourrés environnants afin de recueillir le bois nécessaire au feu que nous devons allumer dans la chapelle.

 

DSC02678.JPG

 

Notre récolte faite, nous entamons notre ascension Gibus - le plus audacieux et expérimenté d’entre nous - en tête comme il se doit .

 

 

DSC02676.JPG

Votre serviteur lui emboîte le pas tanguant et dérapant sur le sentier verglacé tandis que Gibus semble avoir des semelles en « post it ».

 

 

DSC02697.JPG

Nos compagnes suivent derrière emmenées par Marie la savoyarde qui avec son mari Gibus a connu des situations bien plus périlleuses.

 

 

DSC02717.JPG

Mais nous parvenons tous sains et saufs à la Chapelle qu’un rayon de soleil inopinément éclaire, dû sans doute  à la débauche d’énergie que nous avons déployée pour grimper jusqu’ici.

 

DSC02681.JPG

Mais ce rayon de soleil peine à faire grimper la température et nous nous réfugions « fissa »  à l’intérieur de l’abri qui jouxte la chapelle et où autrefois vivait un ermite.

 

DSC02705.JPG

 

Le local n’ayant pas de fenêtre nous suspendons une bougie pour nous éclairer ce qui crée une ambiance magique propice à l’allumage du feu « sacré » qui doit chasser l’hiver .

 

 

020.JPG

 

Le feu est enfin allumé qui boute bientôt la température hivernale hors des lieux, ce qui est déjà un premier résultat !

 

DSC02721.JPG

 

Quand nous sortons pour prendre le chemin du retour, il fait étonnamment beau, ce qui est de bon augure quand au succès de notre entreprise. La neige est néanmoins toujours là et la descente  va se révéler périlleuse.

 

DSC02722.JPG

 

Mais, après avoir à plusieurs reprises posé involontairement nos fesses sur le sentier, nous arrivons sans encombre dans la vallée où nous constatons avec stupeur que le soleil s’enhardit et commence à faire fondre la couche de neige qui recouvre la montagne du Marcou en face de nous : le papet avait raison, notre feu est en train de faire partir l’hiver !

 

 

DSC02734.JPG

 

D’ailleurs l’un des descendants des éléphants perdu par Hannibal quand il est passé dans la région pour aller conquérir Rome barrit de contentement à la perspective de retrouver enfin des températures plus clémentes auxquelles il est accoutumé.

 

DSC02742.JPG

 

Un Ent, sans doute mis au courant de notre expédition par son congénère rencontré le matin (les oiseaux sont les messagers de ce peuple), nous félicite pour notre courage et se réjouit des rayons du soleil qui commencent à chauffer le haut de sa ramure.

 


DSC02760.JPG

 

Et, suprême récompense, des mouflons, d'ordinaire si farouches mais probablement informés  par les Ents, viennent saluer ces humains auxquels ils doivent ce réchauffement soudain de l’atmosphère.

 

 

DSC02750.JPG

Une minuscule feuille de hêtre qui avait vaillamment résisté à l’hiver et  refusait de choir avant de revoir une dernière fois le soleil, accueille avec un bonheur immense le rayon qui la traverse .

 

 

DSC02738.JPG

 

Et un vieux châtaignier nous ouvre son cœur pour nous remercier au nom de l’ensemble des êtres de la forêt de ce que nous avons fait.  Emus par ces témoignages de reconnaissance, nous sentons renaître en nous ce lien charnel et fraternel qui nous unit à la nature. Et nous comprenons que si l’homme ne prend pas soin de son « berceau » il prépare sa tombe.

 

Et si jamais l’hiver revient roder dans les parages nous savons ce qu’il nous reste à faire !

 

PS : Passez les frontières en cliquant ici pour visiter mon autre Blog PIQUESEL

Texte & Photos Ulysse

03/04/2009

Passez quelques heures sereines à Elne !

DSC00744.JPG


Il est difficile aujourd'hui de garder sa sérénité alors que pleuvent, d'un coté, les nouvelles de bonus mirobolants

versés à ceux là même qui ont creusé avec leurs crocs de prédateurs avides l'ornière dans laquelle nos économies ont

versé et, de l'autre, des licenciements massifs de salariés qui sont devenus, comme le disent les économiste cyniques,

la « variable d'ajustement » de capitalistes dévoyés qui veulent à tout prix préserver leurs profits et leur train de vie

pharaoniques.


DSC00683.JPG


Mais il est des lieux propices à la méditation qui permettent, le temps d'un couple d'heures, de prendre du recul

par rapport aux aléas de la condition humaine. Des lieux hautement spirituels protégés de la vulgarité, de la médiocrité

et de l'esprit de lucre qui animent nos élites auto-proclamées dont les déclamations ressemblent au caquetage d'un

poulailler où les volailles rivalisent pour pondre le plus gros oeuf tout en se vautrant dans leurs fientes dorées.


Le cloître d'Elne est un tel lieu !


DSC00726.JPG


Fondée par les Ibères il y a probablement plus de 2500 ans et nommée alors Illibéris (nouvelle ville) cette ville

fut ensuite occupée par les Celtes puis, au troisième siècle avant J-C, passa sous le contrôle des romains qui venaient

d'envahir la région.


En 219 avant J-C, Hannibal, qui venait de franchir les Pyrénées pour aller conquérir Rome, s'arrêta aux portes de la ville

et s'adressa aux autorités pour négocier les conditions de son passage auprès des populations locales. Celles-ci

consultèrent les romains pour savoir quel prix ils étaient prêts à payer pour qu'elles s'opposent au passage d'Hannibal.

N'ayant pas obtenu ce qu'elles souhaitaient, elles décidèrent de laisser passer ce dernier.


DSC00688.JPG


Au fil des siècles Elne déclina jusqu'à ce que l'empereur Constantin, en 337 après J-C , lui redonne son lustre en

changeant son nom pour l'appeler Castrum d'Hélénae en l'honneur de l'impératrice, nom qui est devenu Elna puis Elne

au fil du temps.


DSC00692.JPG


En 550 le Pape ordonna la création d'un évêché à Elne qui subsista jusqu'à son transfert à Perpignan en 1608 puis à Narbonne en 1678. La cathédrale et le cloître témoignent de ce rôle passé.

En 1641 Elne qui était alors sur le territoire espagnol fut conquise par les français et le traité des Pyrénées de 1659, qui fixa définitivement la frontière entre les deux pays, entérina cette possession


DSC00739.JPG


La cathédrale édifiée au XIème siècle est de style roman et a des dimensions impressionnantes pour un édifice

de ce style et de cette époque. Elle mesure en effet 50m de long, 20m de large et 16 m de hauteur. L'une des deux tours

originelles a été détruite et reconstruite en briques pour des raisons d'économie.


Le cloître, qui est l'un des rares du département des Pyrénées Orientales a avoir conservé son intégrité, a été construit

du XIIème au XIVème siècle.


DSC00689.JPG


Les sculptures qui ornent les chapiteaux sont d'une grande beauté et diversité. On y voit des animaux fabuleux

tels ces griffons qui témoignent de la richesse de l'imaginaire au moyen age. C'était un age d'or où lutins, farfadets,

sirènes, licornes, loups-garous, dragons hantaient campagnes, forêts et océans. Notre monde matérialiste les a

remplacés par des épaves et déchets en tout genre bien plus menaçants que ce bestiaire moyenageux et qui

finiront un jour par nous étouffer !


DSC00694-1.JPG


Cette femme oiseau semble nous inviter à donner des ailes à nos pensées et à nos rêves pour fuir les

miasmes du monde environnant.


DSC00693.JPG


On y croise Marie et Joseph et leur suite fuyant en Egypte pour sauver Jésus du massacre décidé par Hérode,

gouverneur de Judée, de tous les premiers nés des familles hébraiques de sa province. Rappelons à cet égard que

les musulmans vénèrent Marie et considèrent Jésus comme un prophète. Ils lui dénient certes, d'être le fils de dieu,

mais leur foi est compatible avec celle des catholiques et seuls les intégristes de tout poil jettent de l'huile sur le feu

pour empêcher une fraternisation possible entre croyants. Car la véritable spiritualité ne passe pas par l'affirmation

de dogmes religieux souvent archaïques mais par le respect et la compassion portés à autrui comme en atteste

l'exemple magnifique de soeur Emmanuelle. Cela dit ne voyez pas dans mes propos un quelconque prosélytisme

car je suis agnostique.


DSC00700.JPG


L'atmosphère qui règne en ces lieux incline à la tolérance et à la sérénité. Les lions qui ornent certains

chapiteaux ressemblent d'ailleurs à des agneaux.


DSC00736.JPG


Je m' écarte pour laisser passer les rois mages en m'enivrant des odeurs de myrrhe et d'encens qui les

accompagnent.


DSC00719.JPG


Je m'inquiète un instant à la vue de redoutables guerriers et je me vois déjà mis en garde à vue pour avoir

persiflé sur les vacances présidentielles lors d'une précédente note. Mais je suis vite rassuré en voyant qu'ils ne sortent

que pour donner la chasse à un impressionnant dragon qui s'enfuit en volant au dessus de ma tête.


DSC00696.JPG


Un homme au visage empreint de bonté, bien qu'un malfrat lui ait cassé le nez, m' interpelle en me disant

« Aimez vous les uns les autres ». Interloqué je lui demande « Même ces goinfres de spéculateurs ? » « Même eux »

me rétorque-t-il « Car ils ne savent pas ce qu'ils font, ils prennent des vessies pour des lanternes et s'entourent de

signes extérieurs de richesses pour tenter de masquer l'anorexie de leur vie et de leur coeur». J'avoue que je n'avais

pas vu les choses sous cet angle, mais après réflexion il est certain que je n'envie pas la vie de roi ou de reine de

poulailler que mènent Vincente Gonorrhée, Bernie Arnak, Lily Bête-au-jardin, Dany Furonkle et consorts (à ne pas confondre

avec les harengs saurs excellents avec des pommes de terre à l'huile)


DSC00731.JPG


Le musée archéologique qui jouxte le cloître contient d'autres merveilles, telle cette magnifique tête gauloise qui

ressemble à Verlaine ! Comme quoi nos ancêtres n'étaient pas tous des infâmes buveurs de cervoise comme l'histoire

tend à les présenter.


DSC00733-1.JPG


Ce diablotin qui nous tire la langue, nous rappelle que l'impertinence est une vertu et qu'il ne faut jamais

aduler les puissants si l'on veut éviter qu'ils ne finissent par se prendre pour les maîtres du monde et perdent le

sens des réalités (suivez mon regard !)


DSC00750.JPG


Il suffit de traverser la rue pour découvrir d'autres chefs-d'oeuvre dans le musée consacré principalement au Peintre

local Etienne Terrus (1857 – 1922) ami des fauvistes et notamment de Matisse ainsi que du sculpteur Maillol.


DSC00746.JPG


Et c'est d'ailleurs par une superbe sculpture de nu féminin de Maillol que je souhaite terminer, en beauté, cette

note. Quand le corps féminin est ainsi magnifié et honoré, on comprend l'attitude des barbons de l'église qui ont mis si

longtemps a reconnaître que les femmes avaient une âme, puis qui, aujourd'hui encore, refusent qu'elles soient prêtres.

Car la femme c'est la promesse du paradis sur la terre et sa fréquentation nous détourne de chercher le paradis au ciel,

ce qui est mauvais pour les affaires et le pouvoir de l'Eglise !



Texte & photos Ulysse