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30/04/2013

Périple Pyrénéen 2ème partie : la Hourquette de Héas (2606m) et la Brêche de Gibus

JE VOUS INVITE A SUIVRE LE RECIT DE MON PERIPLE EN ANDALOUSIE SUR MON AUTRE BLOG

 
 
PENDANT CETTE PERIODE JE POSTERAI DES NOTES TIREES DE MES ARCHIVES SUR ELDORAD'OC



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Dans un refuge on se lève généralement avant le soleil pour entreprendre l'ascension des sommets. Le problème est qu'une fois que le gaillard est levé, il grimpe beaucoup plus vite que nous et en profite pour nous brûler la couenne, sauf quand une horde de nuages installent dans le ciel leurs édredons ce qui l'incite à aller se recoucher. Au matin de notre deuxième jour, nous voilà donc sur le pied de guerre au moment où le soleil, sortant à peine de son sommeil, contemple le téton aguicheur de la Géla, cette « sommette » dominant le refuge qui en rougit de plaisir. Mais à cette heure et à cette altitude, le soleil levant n'a guère d'influence sur la température et notre guide Gibus, pourtant habitué à se baigner depuis sa plus tendre enfance dans les lacs glaciaires suisses, sort ses" oreilles de lapin", ce qui est pour nous une pressante invitation à nous vêtir chaudement.

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Nous voilà en route avec pour objectif le Pic de La Géla (2851m) en passant par la hourquette (col) de Chermantas (2439m) puis celle de Héas (2610m) soit un audacieux et long circuit avec un profil de montagnes russes, mais il en faut plus pour nous impressionner.


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Sans doute que notre détermination et notre foi quant à notre capacité non pas à soulever, mais à grimper les montagnes n'a pas laissé insensibles celles et ceux (ils sont nombreux si chaque religion dit vrai!) qui, dans les nuées, président à nos destinées, car voilà que nous est offert l'un des grands bonheurs de la haute montagne : croiser une harde d'izards ! Quand le vent est favorable et emporte loin d'eux nos bruits et nos odeurs, on peut jouir alors du fabuleux spectacle de voir les jeunes gambader à travers les pentes (les vieux, comme chez les humains, ne pensent quà se nourrir) comme s'ils n'étaient pas soumis à la loi de la pesanteur. Mais dès qu'ils nous repèrent, ils se figent comme des pierres croyant sans doute échapper à nos regards, puis s'éloignent pour maintenir une distance de sécurité correspondant dans la mémoire de l'espèce, autrefois chassée, à la portée d'un fusil.

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Il règne dans les montagnes, lorsque le temps est clément, une atmosphère de sérénité. C'est sans doute que l'aspect grandiose des sites ratatine notre égo à la dimension d'un caillou du chemin et nous incite à vivre en bonne entente avec notre prochain. Parfait exemple de cette sérénité, ce matin là, un rayon de soleil perçant les nuages éclairait deux moutons, l'un noir l'autre blanc, broutant côte à côte en totale harmonie. Cette scène m'a fait penser à la magnifique chanson interprétée en duo par Paul Mc Cartney et Stevie Wonder « Ebony & Ivory » Faut il donc inciter tous les terriens à venir vivre à la montagne pour que la paix règne enfin sur notre planète ?

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Nous franchissons bientôt la Hourquette de Chermantas et surprenons ce vieux coquet de Pic Campbieil (3173m) qui se mire dans une flaque, inquiet sans doute de vérifier que sa prestance est toujours de nature à impressionner sa voisine d'en face La Géla.

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Puis nous dirigeant vers la Hourquette de Héas, nous apercevons sur les flancs d'un massif, le minuscule fil blanc d'un troupeau de moutons sur un chemin traversant les éboulis. Ces chemins posés comme des fils d'Ariane sur les flancs des montagnes sont souvent séculaires. La plupart ont été tracés pour permettre les échanges entre vallées à l'époque ou l'homme n'avait comme moyen de transport que le cheval, l'âne et ses souliers et aussi pour les besoins de la transhumance du bétail vers les alpages à la période estivale. Ces chemins là épousent au mieux les avatars du terrain pour ménager coeurs et jambes.


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Et puis il y a les chemins qui partent à la conquête des cîmes souvent tirés au cordeau, quasi perpendiculaires aux courbes de niveau. Ceux-là vous obligent à courber l'échine, le poids du corps porté vers l'avant pour ne pas être entraîné en arrière par le poids du sac, le regard rivé sur le bout de vos chaussures. Le souffle se fait vite court, le coeur s'emballe et chaque pas implique un effort de volonté. Quand on est proche du point de rupture une voix en vous s'élève qui vous dit « oh! L'animal ça te sert à quoi de monter ? Tu vas faire quoi la haut », mais le fou qui vous habite (chacun a son fou mais souvent on l'ignore) répond « dans cet univers de marchandises où les plaisirs se vendent au supermarché, je suis un conquérant de l'inutile, je vais chercher la beauté indicible des cîmes que nul ne peut acheter. ». Et toc! que voulez vous repondre à un si beau discours, sinon grimper !

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C'est ce que nous avons fait pour atteindre la Hourquette de Héas, tirant la « bête » à hue et à dia pour arriver au sommet. Quel bonheur alors de contempler de la haut la succession des vallées et des cîmes et de respirer le grand air pendant que là bas, au loin, dans la vallée, nos malheureux congénères, transformés en fourmis, gisent ou rampent dans leurs boites métalliques et leurs cubes de béton avec pour seul horizon le tableau de bord de leur bagnole qui leur rappelle qu'il leur faut faire le plein d'essence (alors que nous la haut on fait le plein des sens, nuance !) ou la bobine de leur chef ou pire encore celles des bonimenteurs de la téloche qui les assomment de pseudo nouvelles qui seront vites remplacées le lendemain par d'autres nouvelles, seul ce qui est nouveau étant dans notre civilisation occidentale digne d'intérêt . Mais les peuples qui n'ont pas de mémoire sont condamnés à subir sans cesse les mêmes horreurs de leur histoire .

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De la haut on comprend que les montagnes sont nos réserves d'eau. Les glaciers, les névés et les montagnes elles mêmes qui sont d'énormes éponges, donnent vie à des milliers de sources, de filets d'eau qui deviennent ruisseaux, torrents, parfois ponctués de chutes et de lacs, qui tracent des fils argentés sur leurs flancs ou dessinent au creux des vallées ou sur les haut plateaux des miroirs dans lesquels se mirent les sommets, les nuages et les étoiles.


Mais hélas d'ici 2050 d'après les experts, la totalité des glaciers des Pyrénées auront disparu à cause du réchauffement climatique. Il en sera de même probablement dans les autres massifs comme la Cordillère desAndes où de nombreuses villes dépendent d'eux pour leur alimentation en eau. Ainsi à chaque fois que l'on appuie sur le « champignon » de nos bagnoles on contribue à l'accélération de la fonte des glaciers. Levons doncle pied et réapprenons à marcher si l'on ne veut pas qu'un jour la terre ne soit plus qu'un vaste désert comme la planète mars

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Notre cheminement au sommet de la Hourquette de Héas nous ayant pris plus de temps que prévu et le temps étant incertain, nous décidons sagement, après avoir remis du charbon dans la machine et dignement célébré notre ascension , de prendre le chemin du retour.


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Bien nous en pris, car nous devons faire face à mi-distance à un éboulis barrant le chemin. Ne se laissant pas impressionner par cet évènement relativement fréquent en montagne, notre ami Gibus sort son couteau suisse et, à l'exemple de notre vaillant ancêtre Roland de Roncevaux, taille une brêche dans les rochers accumulés pour nous permettre le passage. De retour au refuge, nous communiquons l'exploit à l'Institut Géographique National afin que désormais ce lieu soit indiqué sur les cartes sous le nom de Brêche de Gibus.Nous célébrons cet évènement en dégustant un jus de houblon (un brin fermenté !) tout en contemplant la nuit tomber en douceur et en silence (la nuit montagnarde a du savoir vivre) sur le lac.


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A suivre.....

Texte & Photos Ulysse