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31/10/2009

En descendant la Dordogne

 

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Une fois n’est pas coutume, je vous invite à vous laisser aller….au fil de l’eau de la Dordogne,  dont la nature « fleuve » ou « rivière » fait débat. Les dictionnaires et encyclopédies la classent généralement comme une rivière confluant avec la Garonne au niveau de l’estuaire de la Gironde, mais certains experts régionaux considèrent que c’est un fleuve ayant un estuaire commun avec la Garonne.

Dans ce débat là, je n’entrerai pas, tenant à être bien accueilli la prochaine fois que je retournerai dans ce pays de cocagne que l’on quitte déterminé à y revenir! Me comprendront ceux qui ont déjà goûté un confit de canard aux pommes de terres sarladaises, arrosé d’un bergerac !

C’est un « fleuve-rivière » qui m’est particulièrement cher car je l’ai vu naître ce printemps sur les flancs du Puy de Sancy d’où jaillissent deux torrents le Dorre et le Dogne qui l’alimentent.

 

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Bercé par le clapotis de l’eau, nous arrivons au niveau de La Roque-Gageac, dont les maisons aux façades ocres et aux toits de lauze sont blotties au pied d’une falaise qui la protège des vents du nord, servant ainsi d’écrin à un superbe jardin exotique.

 

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Cet endroit idyllique était au moyen age le lieu de villégiature des évêques de Sarlat. Comme de nombreux membres du haut clergé de l’époque, ils invitaient leurs ouailles à faire pénitence pour s’ouvrir les portes du ciel, alors qu’ils ne se privaient pas, quant à eux, de profiter des bonheurs terrestres. Heureusement personne aujourd’hui ne fait plus carême car tout le monde sait que Dieu est un fumeur de havane et apprécie le foie gras. Si ce n’était pas le cas il ne permettrait pas le gavage des oies !

 

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Au bout du village, trône le manoir de la famille Tarde dont le membre le plus célèbre fut le chanoine Tarde (1561-1636) qui était historien, cartographe astronome et mathématicien. Les hommes cultivés de cette époque pouvaient aisément maîtriser plusieurs disciplines qui en étaient à leurs balbutiements. Aujourd’hui on fait 20 ans d'étude pour devenir un  spécialiste de la drosophile malanogaster (appelée par les ignorants que nous sommes mouche du vinaigre)  ou des turbulences  magnétiques provoquées par la rotation du 3ème anneau de Saturne.

 

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Mais il nous faut quitter ce lieu car le courant nous entraîne et dans notre monde il est difficile d’aller à contre- courant . On nous appâte sans cesse avec du « nouveau » apposé sur les produits comme si c’était en soi une qualité et comme si « l’ancien » était forcément ringard ou inadéquat.

Notre univers est hypocrite et schizophrène il se sert des attraits  de la jeunesse pour vendre sa verroterie, mais il se refuse, faute soi-disant d’expérience,  à la faire travailler. Quant aux plus anciens, ils ont trop d’expérience et ne sont plus assez malléables. Conclusion : dans nos sociétés modernes il faudrait naître à 30 ans et mourir à 45 !

 

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Nous apercevons bientôt le château de Beynac-et-Cazenac installé en haut de sa falaise, sur un site offrant l’une des plus belles vues de Dordogne.

 

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Le seigneur du lieu retranché dans sa forteresse, et peu au fait des évolutions historiques, nous accueille en tenue d’époque. Il faut dire qu’en cet endroit ont eu lieu de sanglants affrontements. Richard Cœur de Lion s’en empara, puis le sinistre capitaine d’armes Mercadier dont les bandes pillèrent longtemps la région. Vint ensuite le non moins sinistre Simon de Montfort, assassin des Cathares, qui démantela la forteresse. Celle-ci fut reconstruite par le seigneur de Beynac et bien qu’elle soit passée un temps au mains des anglais pendant la guerre de cent ans, elle a gardé l’aspect qu’il lui avait donné.

Ne souhaitant pas perturber le maître des lieux en lui signalant que les anglais avaient fait un retour en force dans la région, nous le laissons à sa garde méditative, lointain confrère du lieutenant Drogo du Désert des Tartares.


 

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En ce doux pays, les seuls crimes qui soient aujourd’hui commis concerne le peuple des oies et des canards qui en sont l’emblème et dont les cuisses, cous, gésiers, manchons, foies ravissent les estomacs tout en préservant, merci seigneur, nos artères.

Ils sont à la base du paradoxe français qui nous assure d’heureux vieux jours et épate les anglo-saxons. Certains ayatollas prohibitionnistes pseudo scientifiques tentent aujourd’hui de contester ces faits mais je leur parierais volontiers une caisse de bon vin rouge qu’ils mourront avant moi. Le problème de ce genre de pari est que celui qui perd ne peut honorer son contrat.

 

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Mais plutôt que de se lancer dans de vaines polémiques avec ces tristes sires, je vous invite à admirer les courbes sensuelles de la Dordogne qui va en aval faire don de son eau au vignoble du Bergerac qui la transforme en vin et l’offre ensuite à nos gosiers, Le seul vrai bonheur de l’existence et dans le don et c’est un crime que  de refuser ce qui est ainsi offert.

 

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Le vin donne de l’imagination aux hommes et sans l’ivresse qu’il procure comment pourrait-il imaginer de faire tenir d’aussi frêles arches de pierre au dessus de l’eau ? N’est ce pas là une preuve incontournable des bienfaits du vin ?


Texte & Photos Ulysse