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17/09/2016

Périple andorran : 1 - De lac en lac....

 

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 Me voilà repartis avec Gibus et Cie, un indéfectible groupe d’amis avec lequel depuis des années je parcours monts et vaux de France de Navarre et d’ailleurs. Pour l’heure, cet ailleurs s’appelle l’Andorre, dont la plupart des Français ne connaissent que le Pas de la Casse, hyper centre commercial aux taxes avantageuse et également station de ski. Mais l’Andorre, c’est aussi de magnifiques vallées montagnardes, émaillées de coquets villages d’une esthétique et d’une propreté irréprochables (les maires du Languedoc feraient bien d’y faire un tour) entourées de sommets impressionnants, mais accessibles aux randonneurs aguerris que nous sommes encore, malgré les années qui passent.

Pour notre première sortie, destinée à nous mettre en jambes, nous avons prévu de visiter quelques lacs. L’une des règles d’or de la randonnée en montagne l’été est de partir alors que le soleil sort à peine de sa couette de nuages pour éviter la grosse chaleur à la montée et profiter pleinement d’une belle et longue journée en plein air.

 

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Le départ à une heure matinale permet de jouir du fabuleux spectacle des montagnes encore nimbées de nuages et brume qui les parent d’un voile bleuté qui les rend immatérielles.

 

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Les vallons herbeux que traversent de nonchalants torrents sont un véritable eden pour les hordes de chevaux qui vivent ici en totale liberté. Si du rosé coulait dans les torrents j’avoue que ça ne me déplairait pas d’être cheval en Andorre, surtout qu’eux ne perdent pas leur crinière !

 

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Pour ce premier épisode j’ai prévu de vous faire découvrir quelques uns des lacs qui ornent les hauts plateaux andorrans. Le premier d’entre eux le lac des Truites se situe à 2250m et nous y accédons en empruntant le sentier qui mène à la Coma Pedrosa (2934m) plus haut sommet d’Andorre dont nous avons fait l’ascension il y a six ans déjà !

 

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Nous remontons un superbe vallon où dévale un torrent dont les eaux chargées de sels minéraux parent d’une couche blanche les rochers et les débris de bois émergés. Chères lectrices, si jamais la mode un jour revenait au teint de bergère qu’affectionnait le XVIIIème siècle, vous pourriez venir y prendre un bain !

 

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Les rhododendrons, qui abondent en ces lieux, sont malheureusement fanés mais les épilobes sont encore vaillantes et illuminent le paysage.

 

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En regardant au loin, nous découvrons une chaine de montagne qui nous intéresse au premier chef car nous avons prévu d’en faire l’ascension au cours de notre séjour. Ainsi à droite nous avons le pic de la Casamanya (2740m), relativement facile d’accès, que nous avons prévu de grimper avec nos épouses et au sommet duquel nous devrions pique-niquer. Ensuite les éléments plus aguerris du groupe ont prévu de rejoindre, en suivant la ligne de crête, le Pic de l’Estanyo (2917m) qui se trouve à l’extrémité gauche de la chaine. A cette distance la randonnée ne semble pas poser de problème technique, ce qui n’a pas été tout à fait le cas comme nous le verrons dans une prochaine note…

 

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Mais n’anticipons pas et profitons de l’instant présent qui nous voit installés au bord du lac des truites pour pique-niquer. C’est toujours un grand bonheur de déjeuner au bord de l’eau et les raisons en sont multiples. D’abord les plus courageux peuvent y piquer une tête pour s’y rafraichir, et dans le cas présent le rafraichissement était assuré ! Ensuite la vue d’une étendue d’eau calme repose le regard et apaise l’esprit. Mais il y aussi ce mystère d’une vie présente et invisible au cœur des eaux sombres qui éveille sans doute en nous le souvenir atavique de notre berceau aquatique. Car avant d’être « homme » nous étions poisson !

 

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Le temps étant radieux nous décidons de rentrer en faisant une boucle qui passe par le col de San Fonts, ce qui implique une bonne grimpette pas forcément compatible avec la digestion. Il faut dire que nous ne sommes pas des randonneurs ascétiques mais plutôt rabelaisiens. Mais qui n’a pas trinqué avec des amis un verre de rosé à la main entouré de montagnes majestueuses, bercé par le clapotis d’un lac ou d’un torrent ne sait pas ce qu’est le bonheur !

 

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Mais une fois passé le col, la beauté sauvage du paysage, essentiellement minéral, nous fait oublier les protestations de notre système digestif.

 

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Le lendemain, histoire de parfaire notre mise en jambes en jambes en vue de randonnées plus sportives, nous poursuivons l’exploration des lacs du secteur d’Ordino.

 

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Nous nous dirigeons tout d’abord vers les trois lacs qui se trouvent au pied du Pic de Tristaina (2878m) que nous avons également gravi à l’automne 2012.

 

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Les géographes andorrans qui ont nommé ces lacs manquaient manifestement d’imagination car ils les ont affublés de noms plutôt triviaux : lac du bas, lac du milieu et lac du haut ! Cela n’entame en rien le bonheur que l’on à contempler leurs eaux bleutées. La nature est une merveilleuse thérapeute (qui ne coute rien à la sécu de surcroit) car elle associe le vert des alpages, couleur qui apaise, et favorise l’évacuation du stress et de la fatigue, au bleu du ciel (surtout dans le sud !) et des lacs, couleur qui rafraîchit et fait naître une sensation de liberté et d’immensité.

 

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Inévitablement chaque lac que l’on visite conduit à une trempette, quelle que soit la température de l’eau, seule façon pour nous de nous réhydrater sans que ce breuvage n’agresse notre gosier (sauf si on boit la tasse !)

 

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Nous quittons les lacs de Tristaina pour nous rendre au lac d’Esbalçat. En montagne chaque mètre parcouru est source d’émerveillement, telle cette souche d’arbre mort blanchie et ridée adossée à ce rocher ferrugineux tombé des falaises, au milieu desquels pousse une épilobe qui souligne la résilience de la vie. Les arbres meurent, les montagnes s’effritent mais partout la vie est à l’oeuvre qui poursuit sa mystérieuse aventure dont nous sommes les marionnettes.

 

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Nous arrivons au lac d’Esbalçat, sans doute l’un des plus beaux d’Andorre du fait de son environnement très escarpé.

 

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 La bise qui descend des sommets crée une étonnante dichotomie entre la partie du lac qu’elle irise, qui reste opaque, et celle qu’elle épargne, où se reflètent les nuages et les pentes environnantes.

 

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En parlant de reflets, les plus beaux sont, sans conteste, ceux de nos chères épouses qui nous accompagnent dans nos périples montagnards. Le bonheur est décuplé quand on peut partager ses passions avec les gens que l’on aime !

 

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Avec une petite réserve toutefois, car mis à part Marie, la femme de Gibus, née dans les montagnes, seuls les hommes osent affronter les températures glaciales des lacs de montagnes. Il faut dire que la consommation de blanc ou de rosé bien frais aide à s’acclimater aux basses températures !

 

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Un vautour étonné de notre audace et espérant sans doute que l’un de nous y laissera sa peau - les vautours qu’ils soient dans les airs, dans la finance ou dans la politique ne font pas de sentiment - tournoie au dessus de nous dans l’espoir d’un bon déjeuner.

 

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Mais hélas pour lui, il n’ y a que quelques nuages qui sombrent au fond du lac et le vautour s’en va chercher sa pitance ailleurs.

 

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Ragaillardis par ces quelques heures passées au bord du lac, nous redescendons vers nos pénates et croisons en chemin nos amis les chevaux aperçus la veille et qui, comme nous ont pas mal vadrouillé.

 

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Nous ne savons pas s’ils finiront leur vie à l’abattoir, mais en attendant ils mènent une vie idéale qui ne connaît pas les horreurs abominables des élevages industriels où les animaux sont traités comme des objets insensibles. Et pourtant nous savons qu’ils sont comme nous dotés de sensibilité et d’empathie et qu’ils souffrent des mauvais traitements qu’on leur inflige.

 

A suivre....

*****

Si vous appréciez ce blog, je vous invite à découvrir mes autres blogs:

Piquesel : "bloc-note photos" où les photos sont accompagnées de commentaires humoristiques ou poétiques.

Old Nut (Wix) où vous pouvez écouter librement toutes mes chansons

Canta-la-Vida où j'illustre certaines chansons en photos.

Vous pouvez y accéder en cliquant sur les noms figurant en haut de la colonne de droite.

 

 

 

Texte & Photos Ulysse (sauf la N°8 Gibus)

22/10/2014

Heures propices dans la montagne de Rosis (Reprise d'archive)

 

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C‘était un de ces jours de félicité dont on voudrait que jamais ils ne finissent et qui ravivent dans notre mémoire quelques vers du poème « le lac »  écrit par le grand Alphonse dans lesquels il s’épanche sur la fuite inexorable du temps :

 

 Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges

Jeter l'ancre un seul jour:

………

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices,

Suspendez votre cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours !

 

Oui vraiment, j’aurais aimé que ce jour là, où je suis parti avec des amis baguenauder sur la montagne de Rosis, le temps suspende son vol .

 

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Imaginez, tout d’abord, un chemin en pente douce couvert de feuilles mortes chuintant avec douceur sous nos pas, tandis que les dernières feuilles accrochées aux branches réfléchissent et diffusent les rayons couleur de miel d’un soleil automnal.

 

 

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Puis soudain de terribles grognements se font entendre qui nous clouent sur place et font se dresser nos cheveux sur la tête (sauf moi qui suis chauve, bien évidemment). De derrière un énorme châtaignier surgit alors le monstrueux sanglier qu’Héraclès (l’Hercule des romains), dans le cadre des travaux d’intérêt public auxquels il a été condamné pour avoir tué ses enfants (on était indulgent à l’époque), a piégé et ligoté sur les pentes de l’Erymanthe pour le ramener à Eurysthée, roi de Thyranthe. Ce fabuleux animal a dû profiter de l’inattention de ses gardes pour s’évader et se réfugier dans notre région où les chasseurs sont d’inoffensifs tartarins qui passent leur temps à banqueter et à courir après leurs chiens perdus. Mais le sanglier n’ayant pas oublié sa capture par Héraclès préfère, en nous voyant, prendre la poudre d’escampette, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

 

 

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Pour nous remettre de nos frayeurs, nous restons quelques instants au pied de l’énorme châtaignier derrière lequel le sanglier s’était caché et celui-ci en profite pour nous ouvrir son cœur (aux sens propre et figuré comme l’illustre la photo !)  :

 « Bien malheureux nous sommes, moi et mon peuple, autrefois choyés par les hommes qui nous appelaient arbres à pain et se nourrissaient de nos fruits, ainsi que leur bétail. Mais aujourd’hui les humains nous ont abandonnés et délaissent nos délicieuses châtaignes pour s’empoisonner chez Maquedo. Faute de soins, le chancre et l’encre, deux terribles maladies, nous déciment et si vous n’y prenez garde notre espèce disparaîtra bientôt de la surface de la terre. Malheur alors à vous le jour où vos terres exploitées à outrance et saturées de pesticides seront devenues stériles, nous ne serons plus là pour nourrir vos ventres affamés »

Emus par sa confession, nous l’entourons de nos bras réunis et l’assurons de toute notre affection. Mais que peuvent faire quelques humains pour empêcher le monde d’aller au suicide quand nos dirigeants n’arrivent pas à s’entendre pour restreindre la boulimie dévastatrice de nos économies ?

Vraiment, un jour de félicité pour nous, vous étonnerez vous ! Après avoir été effrayé par un monstre et entendu la confession désespérée d’un vieux châtaignier, comment peut-on se réjouir !

 Le constat apparaît , en effet paradoxal, mais outre le ravissement que procure le spectacle de la nature, la plénitude de la vie ne s’éprouve-t-elle pas justement au travers d’ émotions comme la peur, la tristesse, la compassion, qui aiguisent notre sensibilité, ouvre notre esprit et nous permettent d’enrichir notre vision et compréhension du monde.

 

 

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La marche est, à cet égard,  une source intarissable  d’émerveillements et de méditations. Ainsi ces deux feuilles  quasi-mortes protégées des vents et qui s’accrochent encore quand toutes leur congénères sont tombées attirent notre attention. Nous aussi cherchons à retarder le plus longtemps possible l’heure fatale usant parfois d’artifices. Mais n’est ce pas le caractère éphémère de notre  existence qui lui donne du sens ?

 

 

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Nous approchons du col de la Serre de Majous ou pointe la dent minérale du Portail de Roquendouire. Les nuages poussés par le vent prennent garde à ne pas s’y accrocher.

 

 

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Nous parvenons enfin au col et laissons derrière nous « le portail » pour nous diriger vers le hameau en ruine de Caissenols. Nous mettons nos pas dans ceux de milliers d’hommes et de femmes qui ont emprunté ce chemin au cours des siècles le cœur lourd ou joyeux, l’esprit serein ou préoccupé. Quelque chose d’indicible subsiste de leur passage qui  tisse un fil invisible entre eux et nous.

 

 

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Vous qui  suivez fidèlement nos périples, vous avez sans aucun doute noté que j’ai une prédilection pour les cairns, ces mini phares de la montagne qui permettent en cas de neige ou de brouillard ou dans des zones essentiellement minérales de ne pas perdre le fil du chemin. Cette tradition doit remonter aux premiers temps de l’homme quand les chasseurs les édifiaient  dans une nature alors vierge pour retrouver le chemin de leur abri. Par ailleurs, le cairn a l’énorme avantage sur son substitut moderne, le GPS, de ne pas nécessiter de batterie  et d'être insensible aux intempéries !

 

 

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L’un de mes autres sujets de prédilection en matière de photographies sont les vieilles masures. Chacune d’elles est une leçon de vie qui illustre la détermination et le savoir faire des hommes qui les ont édifiées mais qui nous rappelle aussi que toute oeuvre humaine est éphémère et nous invite donc à jouir du moment qui passe. Et ne croyons pas, orgueilleux que nous sommes, que nos gratte-ciels de 800 mètres de haut échapperont à la destruction !

 

 

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N’oublions pas non plus de prêter attention aux arbres, les seuls êtres vivants  dont la beauté et la vigueur croissent en vieillissant. On les croit immobiles, mais ils sont engagés dans un lent voyage vers le ciel et la lumière qui leur fait prendre parfois d’extravagantes poses et leur donnent l’apparence d’étranges danseurs figés par un sortilège !

 

 

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Leur parure, qui l’été passé absorbait goulûment les rayons du soleil, est tombée à terre qu’elle recouvre d’un dais ocre dont la substance contribuera à la formation de nouvelles feuilles. La nature est bien faite qui pourvoit ainsi à leur nourriture alors que les animaux (dont nous sommes, et certains plus que d’autres !) grâce à leur mobilité peuvent aller en tous lieux la quérir. Mais cette mobilité n’est pas forcément un avantage si, comme le disait le vieux châtaigner, c’est pour aller chez Maquedo !

 

 

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Soudain le ciel s’obscurcit, un énorme nuage engloutit le soleil plus vite que mon petit fils Romain avale une fraise tagada. Un spectacle féerique s’ensuit qui nous laisse sans voix et mon mulot sans mots….D’ailleurs c’est aussi bien car les mots sont parfois incapables de décrire ce qui est …

 

 

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 Le nuage prend possession de la quasi totalité du ciel où ne subsiste plus qu’un halo de lumière dans lequel se dresse la  vigoureuse silhouette d’un vieux châtaignier. Jour de félicité, vous avais je annoncé ! Oui c’en était un, vraiment, si riche du spectacle constamment renouvelé de la nature et des traces que l’homme y a laissées du temps où ils vivaient tous deux en bonne entente. Alors viennent sur mes lèvres, de nouveau, ces quelques vers :

 

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices,

Suspendez votre cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours !

 

Et si vous avez envie d'un intermède musical je vous convie à vous rendre sur mon blog musical OLD NUT pour écouter ma nouvelle chanson "Les Doudous et les Blessures"

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Texte (sauf poème ) & photos Ulysse