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03/10/2015

Faut pas être un gringalet pour suivre le sentier du Grand Caballet !

P1010721 - Copie (3).JPGJe dédie cette note à mon ami belge, Marc, que j’ai connu grâce à notre passion commune du Caroux et qui vient de nous quitter.  Il continuera de cheminer en pensée à mes cotés sur les sentiers qu’il a tant aimés….

 

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La perspective d’aller randonner dans le Caroux fait courir dans mes jambes, la nuit qui précède, des fourmis qui m’empêchent de dormir. J’ai beau parsemer mon lit de feuilles de basilic, de menthe et des brins de lavande, qui sont réputés éloigner ces hyménoptères, rien n’y fait, les fourmis continuent d’aller et venir le long de mes guiboles  jusqu’à ce que j’ai commencé d’arpenter les chemins. Elles disparaissent alors comme par enchantement, bien que je n’en vois aucune se carapater.  Il faut dire que pour suivre l’ami Gibus, je remue sacrément mes guiboles et les fourmis n’aiment pas qu’on les asticote!

 

 

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En un rien de temps, on prend de l’altitude et on fait la nique à un nuage étourdi qui s’est scratché sur les collines d’en face.

 

 

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Nous empruntons (gracieusement, car le Caroux est généreux !) le chemin du Grand Caballet, l'un des sentiers les plus sportifs du Caroux mais qui offre de superbes perspectives sur les aiguilles qui dominent les gorges d’Heric. J’espère que mon ami Marc continue de pouvoir les admirer d’en haut.

 

 

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On voit les arbres comme des êtres statiques, mais certains sont de sacrés grimpeurs qu’aucune cime n’effraie.

 

 

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Contemplons cette magnifique toison dont les chênes verts ornent cet univers minéral et qui reste verte en toutes saisons, adoucissant la sauvage et austère beauté de ce massif.

 

 

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Heureux comme des gamins nous sommes, Gibus et moi, d’avoir à notre disposition un tel terrain de jeux. Nos randonnées sont des parenthèses de totale insouciance et liberté pendant lesquelles nos soucis sont emportés par le vent, dissous par la pluie ou évaporés par le soleil.

 

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Le Caroux, modeste massif si l’on se réfère à la hauteur de son sommet (1091m) n'a rien à envier aux Alpes ou aux Pyrénées quant à son aspect. On y trouve de formidables aiguilles et de vertigineux précipices qui ravissent les alpinistes. De grandes figures de l'escalade ou de l’alpinisme y sont d’ailleurs venus : Fraissinet, Azéma, Desmaison, Flematti entre autres et 250 voies d’escalade y sont ouvertes.

 

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C’est aussi l’une des plus vieilles montagnes de France, vestige du massif hercynien qui recouvrait une grande partie de notre pays il y a 350 millions d’années.  Après avoir été complètement érodé, ce massif a de nouveau été soulevé par la surrection des Pyrénées et des Alpes il y a environ 50 millions d’années. Et depuis il connaît de nouveau une lente érosion dont on voit partout les effets. Comme nous, les montagnes naissent et meurent, mais sur une autre échelle du temps.

 

 

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Nous avons la chance de surprendre un grand rapace perché tout en haut de l’aiguille rocheuse qui nous fait face, sans doute un aigle royal ou un aigle de Bonelli présents dans le secteur.

 

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Parlant de « rapace » je trouve choquant que les hommes utilisent ce terme pour qualifier ceux des leurs qui se conduisent avec cruauté et cupidité, alors que ce sont des animaux d’une grande beauté et que seule la nécessité de se nourrir conduit à tuer. C’est un travers que nous avons de prêter aux animaux nos propres vices. C’est ainsi que l’on dit que le l’homme est un loup pour l’homme, prêtant au loup une cruauté qu’il n’a pas envers ses propres congénères. Nous sommes, de fait, le plus impitoyable des prédateurs qui détruit les autres espèces pour le seul plaisir de tuer ou tout simplement parce que nous n’avons aucun respect pour ces co-locataires de notre berceau céleste. Mais nous paierons cher un jour notre cruauté et notre inconscience.

 

 

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Un randonneur facétieux s’est amusé à édifier un cairn sur le haut d’un gros rocher, qui défie les intempéries et la pesanteur. Ce sympathique cairn est à l’image de nos vies suspendues au dessus du néant dans lequel elles peuvent à tout moment sombrer. Il nous invite à méditer ces magnifiques vers de ce cher Alphonse de Lamartine :

 

Le livre de la vie est le livre suprême

Qu'on ne peut ni fermer, ni rouvrir à son choix ;

Le passage attachant ne s'y lit pas deux fois.

Mais le feuillet fatal se tourne de lui-même ;

On voudrait revenir à la page où l'on aime

Et la page où l'on meurt est déjà sous vos doigts.

 

 

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Les nuages qui envahissent peu à peu le ciel diffusent une lumière crépusculaire qui s'accordent à ces beaux vers de Lamartine et magnifient le paysage. Malgré la beauté des lieux nous pressons le pas pour regagner la vallée car des orages ont été annoncés pour la soirée et bien que nous ne soyons pas des gringalets nous ne sommes pas désireux d'affronter un orage sur le Caroux !

 

******

Pour ceux qui connaissaient Marc ou celles et ceux de mes lectrices et lecteurs qui ont apprécié le récit de nos rencontres franco-belges sur le Caroux et ailleurs, je mets les liens vers les notes qui les relatent (cliquez sur les "note")

Note 1

 Note 2

Note 3

Note 4

 ******** 

Si vous appréciez ce blog je vous invite à aller écouter les chansons que j'ai composées  qui sont diffusées sous mon nom d'artiste "OLD NUT" sur 

DEEZER 

Vous pouvez aussi les écouter sur mon nouveau blog musical 

OLD NUT

Cliquez sur les mots "Deezer" ou "Old Nut" pour y accéder) 

 

TEXTE & PHOTOS ULYSSE

22/10/2014

Heures propices dans la montagne de Rosis (Reprise d'archive)

 

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C‘était un de ces jours de félicité dont on voudrait que jamais ils ne finissent et qui ravivent dans notre mémoire quelques vers du poème « le lac »  écrit par le grand Alphonse dans lesquels il s’épanche sur la fuite inexorable du temps :

 

 Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges

Jeter l'ancre un seul jour:

………

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices,

Suspendez votre cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours !

 

Oui vraiment, j’aurais aimé que ce jour là, où je suis parti avec des amis baguenauder sur la montagne de Rosis, le temps suspende son vol .

 

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Imaginez, tout d’abord, un chemin en pente douce couvert de feuilles mortes chuintant avec douceur sous nos pas, tandis que les dernières feuilles accrochées aux branches réfléchissent et diffusent les rayons couleur de miel d’un soleil automnal.

 

 

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Puis soudain de terribles grognements se font entendre qui nous clouent sur place et font se dresser nos cheveux sur la tête (sauf moi qui suis chauve, bien évidemment). De derrière un énorme châtaignier surgit alors le monstrueux sanglier qu’Héraclès (l’Hercule des romains), dans le cadre des travaux d’intérêt public auxquels il a été condamné pour avoir tué ses enfants (on était indulgent à l’époque), a piégé et ligoté sur les pentes de l’Erymanthe pour le ramener à Eurysthée, roi de Thyranthe. Ce fabuleux animal a dû profiter de l’inattention de ses gardes pour s’évader et se réfugier dans notre région où les chasseurs sont d’inoffensifs tartarins qui passent leur temps à banqueter et à courir après leurs chiens perdus. Mais le sanglier n’ayant pas oublié sa capture par Héraclès préfère, en nous voyant, prendre la poudre d’escampette, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

 

 

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Pour nous remettre de nos frayeurs, nous restons quelques instants au pied de l’énorme châtaignier derrière lequel le sanglier s’était caché et celui-ci en profite pour nous ouvrir son cœur (aux sens propre et figuré comme l’illustre la photo !)  :

 « Bien malheureux nous sommes, moi et mon peuple, autrefois choyés par les hommes qui nous appelaient arbres à pain et se nourrissaient de nos fruits, ainsi que leur bétail. Mais aujourd’hui les humains nous ont abandonnés et délaissent nos délicieuses châtaignes pour s’empoisonner chez Maquedo. Faute de soins, le chancre et l’encre, deux terribles maladies, nous déciment et si vous n’y prenez garde notre espèce disparaîtra bientôt de la surface de la terre. Malheur alors à vous le jour où vos terres exploitées à outrance et saturées de pesticides seront devenues stériles, nous ne serons plus là pour nourrir vos ventres affamés »

Emus par sa confession, nous l’entourons de nos bras réunis et l’assurons de toute notre affection. Mais que peuvent faire quelques humains pour empêcher le monde d’aller au suicide quand nos dirigeants n’arrivent pas à s’entendre pour restreindre la boulimie dévastatrice de nos économies ?

Vraiment, un jour de félicité pour nous, vous étonnerez vous ! Après avoir été effrayé par un monstre et entendu la confession désespérée d’un vieux châtaignier, comment peut-on se réjouir !

 Le constat apparaît , en effet paradoxal, mais outre le ravissement que procure le spectacle de la nature, la plénitude de la vie ne s’éprouve-t-elle pas justement au travers d’ émotions comme la peur, la tristesse, la compassion, qui aiguisent notre sensibilité, ouvre notre esprit et nous permettent d’enrichir notre vision et compréhension du monde.

 

 

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La marche est, à cet égard,  une source intarissable  d’émerveillements et de méditations. Ainsi ces deux feuilles  quasi-mortes protégées des vents et qui s’accrochent encore quand toutes leur congénères sont tombées attirent notre attention. Nous aussi cherchons à retarder le plus longtemps possible l’heure fatale usant parfois d’artifices. Mais n’est ce pas le caractère éphémère de notre  existence qui lui donne du sens ?

 

 

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Nous approchons du col de la Serre de Majous ou pointe la dent minérale du Portail de Roquendouire. Les nuages poussés par le vent prennent garde à ne pas s’y accrocher.

 

 

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Nous parvenons enfin au col et laissons derrière nous « le portail » pour nous diriger vers le hameau en ruine de Caissenols. Nous mettons nos pas dans ceux de milliers d’hommes et de femmes qui ont emprunté ce chemin au cours des siècles le cœur lourd ou joyeux, l’esprit serein ou préoccupé. Quelque chose d’indicible subsiste de leur passage qui  tisse un fil invisible entre eux et nous.

 

 

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Vous qui  suivez fidèlement nos périples, vous avez sans aucun doute noté que j’ai une prédilection pour les cairns, ces mini phares de la montagne qui permettent en cas de neige ou de brouillard ou dans des zones essentiellement minérales de ne pas perdre le fil du chemin. Cette tradition doit remonter aux premiers temps de l’homme quand les chasseurs les édifiaient  dans une nature alors vierge pour retrouver le chemin de leur abri. Par ailleurs, le cairn a l’énorme avantage sur son substitut moderne, le GPS, de ne pas nécessiter de batterie  et d'être insensible aux intempéries !

 

 

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L’un de mes autres sujets de prédilection en matière de photographies sont les vieilles masures. Chacune d’elles est une leçon de vie qui illustre la détermination et le savoir faire des hommes qui les ont édifiées mais qui nous rappelle aussi que toute oeuvre humaine est éphémère et nous invite donc à jouir du moment qui passe. Et ne croyons pas, orgueilleux que nous sommes, que nos gratte-ciels de 800 mètres de haut échapperont à la destruction !

 

 

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N’oublions pas non plus de prêter attention aux arbres, les seuls êtres vivants  dont la beauté et la vigueur croissent en vieillissant. On les croit immobiles, mais ils sont engagés dans un lent voyage vers le ciel et la lumière qui leur fait prendre parfois d’extravagantes poses et leur donnent l’apparence d’étranges danseurs figés par un sortilège !

 

 

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Leur parure, qui l’été passé absorbait goulûment les rayons du soleil, est tombée à terre qu’elle recouvre d’un dais ocre dont la substance contribuera à la formation de nouvelles feuilles. La nature est bien faite qui pourvoit ainsi à leur nourriture alors que les animaux (dont nous sommes, et certains plus que d’autres !) grâce à leur mobilité peuvent aller en tous lieux la quérir. Mais cette mobilité n’est pas forcément un avantage si, comme le disait le vieux châtaigner, c’est pour aller chez Maquedo !

 

 

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Soudain le ciel s’obscurcit, un énorme nuage engloutit le soleil plus vite que mon petit fils Romain avale une fraise tagada. Un spectacle féerique s’ensuit qui nous laisse sans voix et mon mulot sans mots….D’ailleurs c’est aussi bien car les mots sont parfois incapables de décrire ce qui est …

 

 

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 Le nuage prend possession de la quasi totalité du ciel où ne subsiste plus qu’un halo de lumière dans lequel se dresse la  vigoureuse silhouette d’un vieux châtaignier. Jour de félicité, vous avais je annoncé ! Oui c’en était un, vraiment, si riche du spectacle constamment renouvelé de la nature et des traces que l’homme y a laissées du temps où ils vivaient tous deux en bonne entente. Alors viennent sur mes lèvres, de nouveau, ces quelques vers :

 

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices,

Suspendez votre cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours !

 

Et si vous avez envie d'un intermède musical je vous convie à vous rendre sur mon blog musical OLD NUT pour écouter ma nouvelle chanson "Les Doudous et les Blessures"

Cliquez :

ICI

Texte (sauf poème ) & photos Ulysse