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08/12/2013

Face, on fait la « grasse », pile, on va aux Bourdils !


bourdils,semences,monsanto,méditerranée

 

Chère lectrice, cher lecteur, vous avez dû vous dire en lisant le titre de ma note «Tiens Gibus et Ulysse se laissent gagner, comme le commun des mortels, par les effets délétères de l’âge qui font que  certains matins d’hiver où souffle une bise glaciale on est tenté de rester sous sa couette plutôt que d’aller chatouiller les mamelons de notre (encore) séduisante Gaïa ! ».

Que nenni je vous rassure ! Nous n’avons pas joué à pile ou face notre décision d’aller randonner. Encore que, vu les conditions climatiques qui régnaient ce matin là,  une telle faiblesse aurait été excusable. Non j’ai simplement pensé que ce titre accrocheur titillerait vos neurones et vous inciterait à nous suivre à l’assaut de l’Espinousse, alors que la Tramontane soufflait à 80 kilomètres heure et que le mercure du thermomètre était aussi bas que la cote de popularité de Flamby. C’est ce qu’on appelle du « marquetinge », devenu incontournable en ces temps hyper médiatiques, si on veut avoir, comme le disait Andy Warhol, son petit quart d’heure de célébrité. 

Bon cela dit, cette première photo vous fera croire que, s’agissant de la météo, j’affabule (ce qui m’arrive de temps en temps, je l’avoue, comme le commun des mortels), car les conditions de notre ascension apparaissent, pour le moment, idylliques. Effectivement le vallon encaissé où nous progressons est protégé du vent et les feuillages dorés des hêtres qui tapissent en partie le sol et amortissent nos pas créent un environnement féerique, je dirais même, euphorique. Mais cela ne va pas durer, sinon quel intérêt aurait ce blog !

 

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Notre sérénité est effectivement rapidement mise à rude épreuve. Tout d’abord, nous croisons, à notre grande surprise (et à la votre, je suppose !) un calmar géant  dont les tentacules qui brassent l’air nous font reculer de quelques pas. Car courageux mais pas téméraires, nous sommes, comme le commun des mortels (je dis cela car certaines lectrices auraient tendance à surestimer nos capacités, ce qui fait ironiquement sourires nos compagnes !)

 « N’ayez pas peur » nous dit le calmar «  je n’ai nullement l’intention de vous agresser, j’agite seulement mes tentacules pour me  réchauffer ».

 « Mais que faites vous ici à plus de cinquante kilomètres de la Méditerranée ? » Lui rétorquons nous.

  « Méditerranée, vous dites, c’est plutôt Merditerranée qu’il faut l’appeler ! Vous avez vu ce que les humains en font ! Un égout à ciel ouvert, un cloaque ! Et en plus ils se baignent dedans, les inconscients ! Je n’avais pas envie d’y rester pour y mourir à petit feu, j’ai pris la décision de me retirer sur les hauteur,  loin de ces miasmes maritimes » Nous répond-t-il.

  « Mais de quoi vous nourrissez vous » lui demande-t-on ?

 « D’insectes fort abondants dans cette forêt et qui remplacent avantageusement les sardines, crevettes et  moules au mercure et au pétrole qui faisaient mon ordinaire » Dont acte, pour les inconscients qui continuent de consommer du poisson et des mollusques de notre « Mare Nostrum » !

Laissant notre étonnant compagnon de rencontre à sa gymnastique hivernale, nous poursuivons notre ascension, sans nous douter qu’une autre surprise nous attend un peu plus haut.

 

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Cette surprise, moins inhabituelle en ces lieux et cette période de l’année qu’un calmar, c’est la neige, mais d’une abondance qui fait ressembler les sapins de l’Espinousse à leurs confrères du Jura. « Cherry on the cake » le soleil se met aux abonnés absent, faisant descendre un peu plus le thermomètre.

 

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La couche au sol est si épaisse qu’on perd le chemin et que nous devons vérifier à chaque pas qu’il n’y a pas une embûche. Je sais que ces moments où nous mettons en péril notre verticalité humanoïde nous vaut l’admiration de nos lectrices et ce n’est pas, pour nous,  un mince bonheur. Mais vous vous doutez bien que si jamais l’un de nous se retrouvait à quatre pattes ou les quatre fers en l’air vous n’auriez pas droit à la photo. Elle serait censurée comme celles de Gibus nu dans les torrents que certaines de mes lectrices me réclament pourtant à corps et à cri  (je ne dirai pas les noms) !

 

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Mais, de haute lutte,  nous arrivons finalement au refuge des Bourdils, dont celles et ceux qui fidèlement nous suivent connaissent les moindres recoins.

 

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En pénétrant dans ce refuge, lieu de tant de souvenirs mémorables, et alors que souffle à l’extérieur une Tramontane à décorner les mouflons, nous éprouvons le bonheur que devait ressentir l’homme préhistorique qui, pourchassé par un smilodon, trouvait refuge dans sa grotte protégé par un feu alimenté par sa douce compagne vêtue d’une simple peau de bête et impatiente de ces chaudes retrouvailles (ah ! les fantasmes masculins )

 

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Bien qu’il  n’ y ait pas de douce compagne en peau de bête et que nous devons nous même allumer le feu, exercice dans lequel Gibus est, cela dit, un maître, nous sommes ici les rois du monde.  Nous sortons du sac nos victuailles et  breuvages variés et  faisons cuire notre traditionnelle omelette au jambon, plat qui semble avoir votre faveur même si, hélas et j’en suis désolé, vous n’en avez que les effluves. Bon appétit quand même !

 

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Ayant rechargé nos batteries, nous remettons nos vieilles, mais robustes,  mécaniques en route pour aller admirer le panorama sur la vallée du Jaur. En sous bois, la neige moins épaisse facilite notre progression.

 

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Après une demi-heure de marche où notre esprit est bercé par la lente évaporation du petit verre de Williamine Morand – excellent anti-gel - que, vu les conditions climatiques nous nous sommes « ordonnancés » (nous sommes des adeptes de l’auto-médication), nous arrivons au bord du plateau d’où nous dominons le monde des terriens qui sont restés le postérieur au chaud ! Et à ce moment là on les comprend un peu, car la Tramontane continue de souffler et nous transforme le croupion en bloc de glace.

 

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Bon cela dit, le spectacle est si beau que nous oublions bien vite les intempéries et je suis certain qu’en le découvrant à votre tour vous auriez aimé être à notre place. Diable quel silence ! Mais qui ne dit mot consent, isn’t it !

 

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Bon pour convaincre les quelques uns (par galanterie, je ne mets que le pluriel « mixte ») que je sens réticents, je mets également la vue sur le Roc d’Ourliades et le Montahut. J’espère que cette sublime vue vous convainc  que ça vaut le coup de patauger dans la neige et  de se geler les miches pendant quelques heures pour pouvoir admirer un tel spectacle. Je sens que la prochaine fois il  y aura foule ! (à partir de deux, on est une foule …non ?)

 

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Les dernières gouttes de Williamine s’étant évaporées, il est temps pour nous de redescendre si l’on ne veut pas que notre sang gèle dans notre tuyauterie et que l’on finisse en bonhommes de neige.

 

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Le soleil nous fait alors l’amabilité de réapparaître alors que le plus dur est passé, comme ces faux amis qui attendent que vous soyez sortis de la « mouise pour vous demandez si vous avez besoin d’un coup de main.


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Nous replongeons au coeur de la Hêtraie dont certains membres exposent  des branches aux formes si tarabiscotées qu’elles nous laissent interrogatifs. Quand percerons nous le langage des arbres pour qu’ils nous confient leurs tourments ?

 

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Les conditions climatiques deviennent franchement agréables et je me sens de nouveau d’humeur primesautière, mitraillant à tout va avec mon appareil photographique la beauté de cet étonnant pays d’Oc, que beaucoup voient comme un pays de plages et de « picrates » alors que c’est essentiellement un pays de montagnes et de divins nectars.

 

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Je conclus notre périple par ce cliché d’arbre que  je tiens pour la plus belle espèce vivante de notre terre, ces arbres qui nous fournissent l’oxygène que nous respirons et qui, condamnés à l’immobilité, doivent stoïquement affronter les intempéries et les malheurs du temps.

 

Bonus :

 Je tiens à vous remercier chaleureusement pour les commentaires que vous laissez sur mes notes et je souhaite, pour le plaisir, vous faire partager ce petit échange versifié que j’ai eu, dans le cadre de ma dernière note, avec Marie (la compagne de Gibus) qui avait révélé malicieusement un oubli de ma part lors d’une randonnée. :

 

Poème de Marie :

 

Pas de compliments ni d'encouragements,

Pour celles qui vous suivent vaillamment.

Mais que lis-je dans ta prose ?

Qu'en rando beaucoup trop femmes causent !

Mais jamais tu ne narras dans tes vers,

Le jour où tu oublias ton verre !

Quand Gibus déboucha son Terret *,

Dans ton sac point de gobelet !

Ton teint vira du rose au vert

A l'idée de ne point boire un verre !

Fort heureusement ta douce mie,

Qui sait que souvent tout t'oublies

Et comme femme joue son rôle

Et toujours derrière toi contrôle !

Ce matin même ta timbale oubliée

Dans sa propre besace fût emportée.

Quel ne fut soudainement ton sourire

Voyant ton gobelet surgir !!

Et pendant qu'avec Gibus tu sirotes,

Nous femmes, continuons parlotte !!!

  

 * le Terret est un cépage languedocien 

Ma réponse :

 

Marie tes vers un brin moqueurs

Sont pour moi un régal

Etant d’un naturel jovial

Je ne t’en tiens pas rigueur.

J’avais oublié mon verre !

Ah ! la belle affaire !

Si ma mie n’ y avait pensé

J’aurais bu dans mon soulier.

Les arômes du Terret

De mon ami Gilbert

Auraient certes été

De nature laitière

Mais avec l’avantage

Qui n’est pas mesquin

Qu’avec mon vin

J’aurai eu mon fromage !

 

 

Et pour finir  je vous invite à jeter un œil sur cette cyber-action (et à la signer si vous approuvez la démarche) qui vise à défendre le droit des agriculteurs à produire et utiliser leurs propres semences. En effet une loi est en préparation qui s'ajoute à tout un arsenal juridique d'appropriation du vivant et criminalisera les agriculteurs qui ne payeraient pas tous les ans pour acheter ou reproduire eux-mêmes leurs semences et animaux reproducteurs et interdira de facto la sélection paysanne telle qu'elle existe depuis l'invention de l'agriculture.

 

 Texte & Photos Ulysse