suivi de mon blog
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07/09/2009

Les rivières meurent aussi....

 

DSC01260.JPG

Les fleuves et les rivières sont les veines de la terre :  sans elles de vastes régions ne seraient que des déserts.  Leurs eaux salvatrices abreuvent  arbres et  plantes qui, à leur tour, abritent et nourrissent animaux, insectes et oiseaux dont la trame foisonnante a permis l’émergence et la survie de l’humanité. De grandes civilisations, telles l’Egypte des Pharaons et la Mésopotamie  ont été les filles de fleuves et certaines autres ont disparu (Maya, Anasazi) quand l’eau est venue à leur manquer. Les rivières permettent en outre à l’homme d’y jeter leurs rancunes et d’assurer ainsi la résolution pacifique des différends, mais cette pratique ancienne semble être hélas tombée en désuétude.

 Ces cours d’eau intrépides ou indolents, cristallins ou fangeux, domestiqués ou sauvages se jettent au bout de leur voyage dans les mers et les océans. Ils ne meurent pas pour autant, leurs eaux se mêlant aux eaux maritimes pour, sous l’action du soleil, entamer un nouveau voyage via les nuages qui, en déversant pluies et neiges sur la terre, réalimentent dans un cycle sans fin ces fleuves et rivières.

 Mais il est des rivières qui meurent au cours de leur long voyage vers la mer. J’en connais une fort belle, la Buèges,  dont je vais vous conter le destin tragique.

 Sa source limpide et généreuse sourd des entrailles de la terre au pied du Peyre Marine, l’un des sommets du massif de la Séranne, non loin du village de Pégairolles de Buèges.

 

DSC05263.JPG

La Buèges s’est creusé un lit confortable dans le sol calcaire de la vallée où elle se prélasse et passe, après quelques kilomètres, au pied du village de Saint Jean de Buèges dominé par  son château que surplombe le Roc de Trécastel

 

DSC05146.JPG

 

Elle s’engage alors dans un vallon sauvage, aujourd’hui abandonné par l’homme, mais  qui autrefois, quand le bon sens n’avait pas abandonné ce bipède arrogant, était couvert d’une mosaïque de vergers et de potagers enrichis par ses limons fertiles.

 

DSC05184.JPG

Aujourd’hui ses rives ont été colonisées par une armée pacifique d’aulnes, de saules et de peupliers dont le feuillage protège ses eaux des ardeurs du soleil.

 

DSC05248.JPG

Seul un  étroit chemin témoigne du passage épisodique de l’homme en cet endroit ou résident aujourd’hui des centaines de peuples clandestins  au nez et à la barbe des escadrons casqués de notre Coucou Suisse.

 

DSC05205.JPG

C’est, en effet, un lieu paradisiaque pour les mollusques en tous genres  qui y trouvent fraîcheur et tranquillité loin des chasseurs de « cagouilles »

 

 

DSC05153.JPG

Les cétoines y prospèrent également et se livrent sans crainte d’être dérangés à leurs  talents  d’équilibristes.

 

 

DSC05232.JPG

Même les cigales pourtant plus coutumières des zones un tantinet plus chaudes fréquentent les lieux…..

 

 

DSC05234.JPG

…parfois pour le plus grand bonheur d’une épeire qui y a tendu sa traîtresse et fatale toile. Ainsi ce monde en apparence idyllique est il, comme le nôtre,  plein de traquenards.

 

 

DSC05236.JPG

D’autres insectes un brin exhibitionnistes  se livrent avec ardeur au jeu de la « bête à deux dos »…..

 

 

DSC05244.JPG

…..tandis qu’un « gendarme » perché sur son observatoire surveille la vitesse des truites qui font la course dans la rivière.

 

 

DSC05278.JPG

 

 

DSC05195.JPG

Tout ici n’est que calme et volupté . La rivière apparaît immobile et offre un miroir où se reflètent les frondaisons  des arbres qui se courbent vers elles pour protéger des ardeurs du soleil ses eaux bienfaitrices

 

 

DSC05172.JPG

Seules quelques « araignées d’eau » troublent sa surface dans leur incessant ballet en quête de proies qu’elles déchiquètent de leurs redoutables mandibules.

 

 

DSC05222.JPG

Mais soudain on comprend mieux pourquoi la rivière s’immobilise : elle sent venir sa fin prochaine ; malgré la protection du tunnel de verdure qui la couvre le sol environnant desséché par le soleil l’aspire goulûment et interrompt son cours.

 

 

DSC05217.JPG

Les poissons pris au piège tournent en rond affolés dans les quelques flaques qui subsistent : ils mourront probablement dans les jours qui viennent, la nature reprenant sans état d’âme la vie qu’elle a généreusement donnée.

 

DSC05223.JPG

Après un dernier soubresaut la  rivière disparaît et révèle son lit asséché . Ainsi meurt la Buèges dans le secret d’un vallon sauvage de l’Hérault . Mais les rivières sont comme les chats, elles ont plusieurs vies. Avec les pluies de l’automne et de hiver elle reprendra son cours jusqu’à l’Hérault qui l’emmènera jusqu’à la mer .

Si vous avez aimé cette note, allez lire sur le blog de Christophe la désopilante aventure de cercueils ayant pour lieu Saint Jean de Buèges.

PS: définition du coucou suisse : 1) Type d'horloge suisse comportant un oiseau qui chaque heure sort de sa cage dorée et lance un tonitruant "coucou" 

 

 Textes & Photos Ulysse