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14/06/2010

Bonheur perdu et retrouvé…..

 

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Je m’appelle le Bonheur et je suis un modeste torrent qui naît sur les flancs gréseux et argileux de l’Aigoual près du col de La Serreyrède à 1300 mètres d’altitude. Dès que la pente s’incurve, je retrouve un peu de sérénité et lambine, insouciant, au milieu des prés fleuris. Je pourrais alors mener une existence sans histoire pour aller mêler mes eaux fraîches et limpides à La Jonte qui coule en aval. Mais la géologie du lieu en a décidé autrement...

 

 

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Car le grès fait soudain place au calcaire soluble dans l’eau, ce qui m’a, au demeurant, permis de creuser un joli tunnel dans la barre rocheuse qui s’opposait à mon cours. Mais, ralenties par cet obstacle inopiné, mes eaux ont aussi creusé le sol et un jour, il y a fort longtemps, bien avant que les hommes n’apparaissent sur la terre, le sol s’est effondré et je me suis retrouvé précipité dans l’abîme ! C'est ainsi que ma mésaventure a inspiré aux hommes du lieu la célèbre comptine " le bonheur est dans le pré, cours y vite, le bonheur est dans le pré, cours y vite, il va filer..... !"

 

 

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Vous allez me dire que peu vous  chaut que mes eaux chutent ainsi vers le cœur de la terre . Mais si l’on m’a dénommé le Bonheur c’est sans doute que les humains qui fréquentent mes rives y trouvent la félicité en y pêchant la truite ou en se rafraîchissant l’été dans mes eaux limpides. Et perdre le Bonheur n’est pas une chose enviable ! Quand votre petit(e) ami(e) vous quitte , vous vous consolez en vous disant « Un(e) de perdu(e) dix de retrouvé(e) » mais quand on perd le bonheur, c’est moins facile de le récupérer !

 

 

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Me voilà donc parti pour un long et terrible cheminement, emprisonné dans les entrailles de la terre, tombant toujours plus bas de chute en chute. Imaginez ma frayeur lorsque ce phénomène s’est produit pour la première fois, mes eaux se cognant dans le noir à des roches acérées et ne sachant pas si elles allaient un jour revoir le jour.

 

 

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Aujourd’hui que les hommes ont installé des lumières tout au long de mon cours, ma situation s’est grandement amélioré et j’ai le plaisir d’avoir la compagnie de visiteurs au moins pendant les heures d’ouverture. Je suis d’ailleurs assez flatté que mon sort attire autant de monde, car je n’imaginais pas que les hommes puissent prendre autant de plaisir à voir de l’eau couler. Même Ulysse , cet aquaphobe notoire, est venu m’admirer !

 

 

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Il faut dire que j’ai accompli un travail digne d’Hercule et creusé un impressionnant canyon pour tenter de trouver une issue.

 

 

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Pendant des millénaires je me suis fourvoyé à creuser des galeries qui m’ont mené dans des impasses. J’ai alors rebroussé chemin et repris mon cours dans une autre direction.

 

 

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Les falaises qui me bordent sont peuplées d’êtres étranges que la lumière des hommes permet aujourd’hui d’admirer.

 

 

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Elles ne bougent pas d’un poil et se laissent volontiers photographier par les visiteurs, ce qui à vrai dire me rend un peu jaloux, car elles détournent leur attention de mon cours. Il ne faudrait quand même pas oublier que c'est grâce à moi que l'on peut les contempler.

 

 

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Mais je me console en me disant qu’elles sont condamnées à vivre sous terre pour l’éternité alors que je sais , aujourd’hui qu’au bout de mon calvaire je vais retrouver le jour ! C’est d’ailleurs pour cela que mon cours s’accélère car je sais que l’issue est proche.

 

 

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Hourrah ! j’aperçois enfin la lumière du jour qui filtre par une brèche ouverte dans les flancs du massif de l’Aigoual .

 

 

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La lumière du jour irise mes eaux et j’aperçois le vert manteau des conifères, qui n’a jamais si bien porté son surnom de couleur de l’espérance !

 

 

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Et me voilà dehors, jaillissant dans un somptueux cirque de falaises, ronronnant de plaisir de pouvoir enfin de nouveau contempler et refléter le bleu du ciel. Une fausse note gâche pourtant un peu mon plaisir : les premiers hommes qui ont découvert ma résurgence ne savaient pas qu’ils avaient retrouvé le Bonheur disparu sur les hauts plateaux. Ne sachant qui j’étais et comme je faisais, selon eux, le bruit d’un bœuf qui brame , ils m’ont appelé « Bramabiau » .

Mais finalement peu importe , je suis tout à mon bonheur d’avoir retrouvé la liberté !


PS : Pour tout savoir sur le site de l'Abîme de Bramabiau exploré pour la première fois  le 27 juin 1888 par une équipe d'hommes courageux emmenés par Edouard Martel, cliquez "Ici" . Cette exploration fut l'acte fondateur de la spéléologie.


Texte & photos Ulysse