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20/08/2016

Pic et pic et pic et colegram….(fin)

 

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Dans la précédente note, je vous avais laissés au sommet de la Pique d’Estats (3143m) le plus haut sommet de la Catalogne et aussi l’un des plus hauts sommets hexagonaux auxquels on puisse accéder sans escalade, dont je ne suis pas un adepte. Après avoir gravi précédemment le pic de Montcalm (3077m), il nous reste à faire l’ascension du Pic Verdaguer (3131m) que l’on découvre en face de nous et qui est le pendant de la Pique d’Estats. Le sentier qui mène au sommet est beaucoup plus confortable que celui de la Pique d’Estats, ce qui n’est pas pour déplaire à nos gambettes déjà bien sollicitées par nos deux précédentes ascensions.

 

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Nous arrivons très rapidement au sommet d’où l’on découvre la Pique d’Estats sous un angle inattendu qui révèle l’aspect pour le moins chaotique du chemin d’accès au sommet. Il est onze moins dix et cela fait trois heures « pile » que nous sommes partis du refuge, ce qui pour les « vieillards » que nous sommes est une performance plus qu’honorable.

 

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Comme nous souhaitons profiter pleinement de cette magnifique journée en montagne, nous décidons de descendre dans le magnifique vallon du Sullo, lieu de passage pour se rendre en Espagne, à la recherche d’un coin pour pique-niquer.

 

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Nous évoluons dans un environnement grandiose qui révèle le passé tumultueux de notre planète. Ainsi découvre-t-on en face de nous la chaine schisteuse gris-blanc de Bassiès qui se télescope avec une chaine granitique que l’oxyde de fer teinte de rouge. On imagine le choc titanesque qui a dû se produire en ces lieux il y a quelques dizaines de millions d’années. On ne peut exclure que de tels séismes ne se reproduisent un jour. Il vaudra mieux alors renoncer aux randos en montagne !

 

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Nous arrivons dans le vallon du Sullo où les eaux émeraude d’un laquet semblent nous inviter à une baignade revigorante. Mais la proximité d’un névé et la bise un peu fraiche qui souffle dans le vallon ne nous incitent pas à succomber à la tentation. C’est là que l’on voit les effets insidieux des années qui passent car il y a cinq ans en ces mêmes lieux, Gibus et moi nous étions baignés dans le lac de Montcalm en grande partie recouvert par un névé.

 

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Nous choisissons l’une des rares zones herbeuses de cet univers minéral pour pique-niquer en vue de pouvoir s’adonner ensuite à notre traditionnelle sieste.

 

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Et nous avons le bonheur au cours de notre déjeuner d’apercevoir un isard guère inquiet de notre présence vu le promontoire rocheux qui le protège.

 

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Rassasiés et revigorés par un bref séjour dans les bras de Morphée - qui est un garçon rappelons le, mais à notre époque et à juste titre cela ne choque plus personne - nous décidons de rejoindre le sentier qui mène au refuge en remontant les névés qui occupent le fond du vallon.

 

 

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L’avantage des névés par rapport au chemin rocailleux emprunté à la descente est qu’ils ménagent nos chevilles. Mais l’inconvénient est qu’ils sont glissants et quand on ne s’appelle pas Gibus, né dans les montagnes, on patine lamentablement comme votre serviteur et l’ami Jo qui tentons laborieusement de le suivre .

 

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Nous sommes revenus sur le plateau où accède le sentier qui vient du refuge. Une longue descente s’offre à nous, tout aussi fatigante que la montée vu qu’elle est parsemée de rochers à dégrimper. Et les montagnards savent qu’il est tout aussi difficile de lutter contre la loi de gravité à la descente qu’à la montée.

 

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L’eau qui vient des névés et du cœur des montagnes – qui sont d’énormes éponges - n’a aucun problème avec les descentes, elle se laisse couler en imprimant au fil du temps sa marque au passage. Peut être a-t-il fallu dix mille ans à ce maigre filet d’eau pour tracer ces sillons dans ce rocher. Que nos vies semblent brèves à l’aune du temps des montagnes !

 

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A l’approche du refuge, le sentier devient plus confortable. De petits nuages commencent à monter de la vallée, comme le message d’un chef indien qui nous souhaiterait la bienvenue. Nous commençons à avoir une pensée affectueuse pour les deux blondes « Heine » et « Ken » qui nous attendent au refuge.

 

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Enfin, nous touchons au but, un brin fourbus mais mentalement régénérés par cette journée sportive en haute-montagne. Pouvoir encore accomplir ses rêves est un privilège que nous apprécions et que je suis heureux de partager avec celles et ceux qui me lisent et qui n’ont plus la capacité de le faire.

 

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D’ailleurs, je bois à votre santé et vous remercie de votre fidélité à me suivre, mais je bois aussi à la mienne dont la vie de ce blog dépend. Je n’imagine pas, en effet, de vous raconter mes escapades en fauteuil roulant quand je serai en maison de retraite !

 

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Le reste de la soirée se passe à contempler les nuages qui montent de la plaine et ourlent les sommets environnants.

 

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Les nuages, peu à peu, deviennent plus denses, conformément aux prévisions météo qui annoncent un temps couvert pour le lendemain. Ce qui ne nous soucie guère car nous avons prévu de redescendre dans la vallée.

 

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Effectivement, le lendemain matin nous redescendons dans un brouillard à couper au couteau!

 

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Par temps de brouillard le monde acquiert un charme étrange, chaque être ou chose étant réduit à une ombre fantomatique qui est en quelque sorte leur essence vitale.

 

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Revenus au niveau de la forêt de Fontanal, que nous avons traversée au départ, nous retrouvons le soleil dont les rayons illuminent le sous bois. Il nous reste environ deux kilomètres avant de retrouver notre charrette. Encore une belle virée ajoutée à notre compteur !

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Je viens de publier mon dernier CD "Bulles de savon" sur les plateformes musicales Deezer, Itunes, Fnac Juke box, Google play etc...

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Mes autres chansons sont publiées sur mon blog musical en accès libre

OLD NUT

(cliquez sur les noms en rouge)

 

Texte Ulysse & photos Ulysse & Gibus (14&16ème)

 

 

 

13/08/2016

Pic et pic et pic et colegram ! (1ère partie)

 

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Ayant eu soixante dix carats cet été – sans m’en trouver plus riche pour autant – j’ai décidé de m’offrir pour mon anniversaire, car on n’est jamais si bien servi que par soi même vu que l’on est généralement la personne qui se connaît le mieux, une course en montagne avec mes copains Gibus et Jo. Outre le bonheur que procure les randos en haute montagne, c’était aussi l’occasion de faire un bilan de santé en vérifiant si j’étais capable d’enchainer l’ascension du Montcalm (3077m) de la Pique d’Estats (3143m) et du pic de Verdaguer (3131m) situés dans les Pyrénées ariégeoises dans une matinée, comme Gibus et moi l’avions déjà fait il y a cinq ans déjà ! La météo étant favorable, nous voilà donc partis d’un parking au bord du ruisseau de l’Artigue situé à 1245 m d’altitude. Après avoir progressé une petite heure dans la dense et fraiche forêt de Fontanal, nous parvenons au niveau des estives où le soleil généreux combiné à nos efforts intenses nous fait très vite mouiller le « maillot » 

 

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Notre petit déjeuner n’étant qu’un très lointain souvenir, nos organismes fort sollicités par la lutte incessante contre la loi de la gravité, qui nous donne le sentiment qu’une troupe de farfadets ont malicieusement introduits quelques grosses pierres dans nos sacs, réclament leur dû ! Nous leur obéissons derechef et leur fournissons sous forme solide et liquide les calories nécessaires à la poursuite de notre équipée. Sur ce plan nous sommes des montagnards exceptionnels, non pas tant par nos performances qui sont seulement honorables, mais par le fait qu’étant épicuriens dans la plaine nous le sommes aussi sur les sommets et que toujours des flacons de divin nectar nous accompagnent, alors que les montagnards marchent généralement (et pas, pour autant, plus vite) à l’eau de source. Mais nos mines réjouies et la bonne santé que nous affichons témoignent du bonheur qu’il y a à déguster un verre de vin blanc à l’aplomb d’une magnifique chaine de montagne dominée par la Pique Rouge de Bassiès (2676m) que nous avons gravie il y a quelques années.

 

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Après un courte sieste, qui fait aussi parti de nos intangibles traditions, d’ailleurs recommandée par le corps médical (l’un des rares points sur lequel je suis en accord avec ses prescriptions ) nous reprenons notre ascension à un rythme moins soutenu du fait de l’énergie mobilisée par notre organisme pour la digestion. Mais le paysage est tellement sublime que nous ne sommes pas humiliés de devoir adopter un train de sénateur. A vrai dire aucun de nos « très chers » élus ne serait capable d’avancer dans une telle pente. Mais il faut reconnaître que ce n’est pas facile de randonner avec un déambulateur !

 

 

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Après avoir gravi 1200mètres de dénivelé, nous arrivons enfin au refuge du Pinet installé à 2245m au bord du lac éponyme.

 

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Une scène incongrue en ces lieux nous fait sourire : l’un des enfants du personnel du refuge passe son temps à traverser le lac dans un superbe bateau gonflable bleu en s’imaginant peut être dans la peau de Vasco de Gama ou de Magellan. C’est réconfortant de voir un ado qui n’est pas contaminé par la folie de la chasse aux « pokémons » qui a saisi une bonne partie de la planète.

 

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Etonnante aussi est cette touffe de mousse qui a colonisé la partie émergée d’un rocher en s’adossant à deux cailloux, sans doute déposés là par la neige de l’hiver. Je suis toujours admiratif de la résilience de la nature qui nous survivra quand nous aurons détruit les ressources qu’elle nous fournit et qui nous permettent de vivre.

 

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Après avoir rafraîchi notre enveloppe corporelle dans l’eau limpide et tonique du lac, nous faisons de même pour notre gosier en l’aspergeant au jus de houblon, manifestant un œcuménisme fraternel en matière de breuvages festifs.

 

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Et puis histoire de compléter notre entraînement pour notre ascension du lendemain, nous allons faire un tour sur les mamelons rocheux qui dominent le refuge, seule manifestation d’une présence humaine à des dizaines de lieues à la ronde. C’est là le charme des Pyrénées dont une grande partie est épargnée par les usines à ski, au contraire des Alpes qu’elles ont défigurées.

 

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Le lendemain matin nous partons à la fraiche pour notre ascension en remontant le vallon encore ombragé creusé par le torrent d’Estats. Quelques plaques de neige subsistent ici et là qui vivent leurs derniers jours. Ce qui, nous l’espérons, n’est pas notre cas !

 

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Nous émergeons bientôt au soleil dans une zone caillouteuse où seules les balises nous permettent de repérer le chemin.

 

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La pente se fait plus raide mais nous avançons d’un bon pas, nos sacs étant plus légers que la veille car nous avons laissé notre « barda » de séjour au refuge.

 

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Puis nous entamons l’ascension du premier de nos sommets, le Pic de Montcalm (3077m) qui n’est qu’un immense tas de cailloux arrondi et dont le nom de pic est un peu usurpé !

 

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Dans la pente terminale notre souffle se fait un peu plus court et notre cœur se met à battre la chamade, mais la vue du cairn sommital nous insuffle un surcroît d’énergie.

 

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Parvenus au sommet nous dominons la chaine de montagne de Bassiès qui barre l’horizon vers le sud.

 

 

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Mais la montagne qui nous intéresse au premier chef est la Pique d’Estats (3143m) que l’on doit gravir et dont on aperçoit le sentier d’accès qui serpente sur son flanc nord. Ce sommet, le plus élevé de la Catalogne, marque la frontière avec l’Espagne d’où l’orthographe du mot « pique ».

 

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On aperçoit sur le sommet la croix sommitale et deux minuscules silhouettes. En face se dresse le pic de Verdaguer (3131m), qui est également à notre programme, mais dont l’ascension n’est qu’une formalité une fois que l’on a gravit la Pique d’Estats.

 

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Avant de faire l’ascension de ces deux sommets, il nous faut redescendre au col de Riufret (2978m), la descente offrant à nos organismes un bref répit, qui implique néanmoins un grande vigilance vu l’état du chemin.

 

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Et nous entamons l’ascension de la Pique d’Estats, bien plus pentue et chaotique que celle du Montcalm que l’on aperçoit en arrière plan.

 

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La phase terminale n’est qu’un amoncellement de rochers plus ou moins stables qui mettent à mal mes vieilles articulations. Mais celles-ci, qui ont franchi de bien plus périlleux obstacles, ne me laissent pas tomber.

 

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Et nous arrivons au sommet le cœur battant mais aussi vaillants que de jeunes futurs mariés arrivant à la mairie. Pour les gens de mon âge, la montagne c’est notre « septième ciel » !

 

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Ce sommet est mythique pour les catalans qui doivent le gravir au moins une fois dans leur vie. La croix qui l’orne est d’ailleurs recouverte de drapeaux apportés par les grimpeurs. Une fois n’est pas coutume, je vous montre ma bobine - ce qui vous changera du dos et des gambettes de Gibus – pour vous donner une idée de ce que peut être le bonheur sur terre !

 

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En contrebas vers le sud, nous apercevons deux magnifiques lacs espagnols dont la seule différence avec des lacs français est que lorsque l’on y plonge ça fait « plof » et non «plouf»! J’en profite pour vous préciser que dans un lac anglais ça fait « splash », dans un lac allemand « platsch » et dans un lac néerlandais « ploef » ! Et si vous n’êtes d’aucune de ces nationalités, dans votre pays ça fait comment ?

 

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Au loin nous apercevons le Pic d’Aneto (3404m) le plus haut sommet des Pyrénées que je grimperai peut être dans une autre vie….

 

A suivre……

 

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Je viens de publier mon dernier CD "Bulles de savon" sur les plateformes musicales Deezer, Itunes, Fnac Juke box, Google play etc...

Voici le lien vers : DEEZER

Mes autres chansons sont publiées sur mon blog musical en accès libre

OLD NUT

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Texte Ulysse & photos Ulysse & Gibus (21& 23ème)

 

15/09/2014

Triplette de 3000 mètres dans les Pyrénées (Fin)

En attendant de reprendre nos randonnées dans le pays d'Oc je vous invite à suivre la suite de mon périple dans les montagnes suisses sur mon blog de voyages PIQUESEL en cliquant ICIPendant ce temps je vous repasse quelques modestes exploits tirés de mes archives.

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Je reprends mon récit au moment où nous avions fait une pause au port (col) de Sullo, après avoir gravi trois sommets à plus de 3000 mètres (voir ma note précédente). Au moment où nous repartons, un jeune catalan parvient au col et s’aventure sur le névé qui mène au Pic de Sullo que nous avions envisagé de gravir. C’est le propre de la jeunesse de prendre des risques car elle se croît immortelle. Nous, dont les articulations grincent, savons que nous ne le sommes pas et nous le laissons donc seul tenter l’aventure, tandis que nous prenons le chemin du retour.

 

 

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Marcher dans la nature permet de se recentrer, de retrouver le fil de sa conscience, excellent antidote à la vie quotidienne moderne où nous sommes constamment happés hors de nous mêmes par notre appareillage électronique qui nous bombarde d’appels téléphoniques et de courriels. L’urgence y prend le pas sur l’importance et la réactivité sur l’efficacité. Nous sommes « sonnés » et sommés de répondre dans l’instant à des exigences qui ne sont souvent que des caprices. Mais la montagne avec sa densité, son immobilité, son silence met fin à l’agitation stérile de nos neurones et nous permet de retrouver le sentiment de notre unité et de notre irréductible indépendance.

 

 

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Ces lieux sauvages, royaume de l’isard et des rapaces, que l’homme ne fait que traverser, paradoxalement nourrissent et préservent notre humanité. Romain Gary dans son magnifique roman « Les racines du ciel » nous dit en substance que tant qu’il restera un éléphant libre dans les savanes africaines, l’homme saura ce qu’est la liberté. La même chose peut être dite à propos des loups et des ours que certains hommes qui rangent leur âme dans leurs portefeuilles voudraient déloger de nos contrées. Sans cette liberté de nos frères animaux, l’homme finirait par ne plus voir les chaînes dans lesquelles, insidieusement, nos sociétés modernes au nom du confort et de la sécurité, nous emberlificotent. 

 

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Un lac gelé d’une beauté somptueuse s’offre soudain à nos regards. Gibus séduit par la douce « bleuitude » de ses eaux y plonge la main pour tester la température. Le verdict tombe « Que dirais-tu d’un bain ? » me dit-il . «Pourquoi pas » lui répond-je « il fait beau" !

 

 

DSC09266.JPGEt c’est ainsi qu’à tour de rôle pour immortaliser ces instants (il n’y avait pas d’autre baigneur) nous nous immergeons dans cette vaste coupe de « curaçao on the rocks ! ». Une fois passée la sensation d’être dans un étau qui vous enserre, pas un frisson ni un tremblement ne nous parcourt, l’eau glaciale inhibant nos sens !DSC09271.JPG

 

 

 

 

 

 

 

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Nous reprenons notre descente vers le refuge et les sommets environnants, que tout à l’heure nous dominions, reprennent peu à peu leurs dimensions dantesques. On se fait ainsi parfois une montagne des soucis que nous avons, alors qu’il suffit de grimper dessus pour les faire disparaître. Mais, allez-vous me dire : « Comment fait-on pour dominer ses soucis ? « c’est fort simple : achetez un sachet de graines de soucis, plantez les dans votre jardin, ou dans une jardinière si vous n’avez pas de jardin. Attendez que les graines lèvent et que les fleurs apparaissent et piétinez alors vos plates-bandes !

 

 

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Nous passons devant le tombeau de Samuel Fergusson, l’aéronaute qui au XIXème siècle a survolé ces sommets en ballon lors de son périple qui l’a conduit d’Angleterre au Sénégal. Il a été tellement subjugué par la beauté des lieux qu’il a souhaité que son tombeau y soit installé.

 

 

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Après avoir rendu hommage à ce noble aventurier, nous poursuivons en flânant jusqu’au refuge où nous attendent deux belles blondes nommées Heine et Ken pétillantes à souhait….

 

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Le lendemain matin le soleil, qui veut sans doute nous faire regretter notre retour programmé vers la vallée, nous sort le grand jeu en technicolor

 

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Je vous laisse en silence contempler le ballet féerique de ses premiers rayons sur les montagnes environnantes. L'étang Sourd dans lequel le ciel se reflète ressemble alors à un oeil de chat à demi assoupi.

 

 

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Quant elle se pare d’une telle beauté, la montagne devient une drogue et Gibus et moi nous sommes sérieusement intoxiqués !

 

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Références utiles pour faire la randonnée :

Se garer au parking de la centrale électrique de l’Artigue au fond de la vallée du Vicdessos (avant le hameau de l’Artigue) pour accéder en trois heures de marche au Refuge de l’Etang de Pinet : à réserver à l’avance (lien vers le site)(Carte IGN 2148 OT)

L'ascension du Montcalm et du Verdiguer ne présente pas de difficulté particulière si l'on est bien entraîné .Par contre pour accéder au sommet du Pic d'Estats il faut y mettre les mains ! (passage rocheux d'une centaine de mètres ne nécessitant toutefois pas d'équipement technique).

 

 Après cette randonnée sportive je vous invite à un intermède musical en allant écouter ma dernière composition

"Migrant Boy"

sur  mon blog  OLD NUT

(cliquez sur le nom du blog pour y accéder)

 

Texte & Photos Ulysse

07/09/2014

Triplette de 3000 mètres dans les Pyrénées (1ère partie)

En attendant de reprendre nos randonnées dans le pays d'Oc je vous invite à nous suivre dans les montagnes suisses sur mon blog de voyages PIQUESEL en cliquant ICI. Pendant ce temps je vous repasse quelques modestes exploits tirés de mes archives

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L’autre jour (c’était le 3 septembre), à peine étions nous revenus de notre périple en Andorre, que Gibus, jamais en panne d’une idée de randonnée, me dit « Ca ne te tenterait pas de faire une triplette de 3000 mètres dans la même journée, j’ai trouvé un super circuit dans les Pyrénées orientales qui permet de grimper successivement le Pic du Montcalm (3077m), le Pic d’Estats, le plus haut sommet catalan (3143m) et le Verdiguer (3131m). S’il nous reste quelques forces nous pourrons éventuellement en rajouter un quatrième , le Pic du Port de Sullo (3072m) ».

Quand Gibus me soumet de telles « tentations » il sait fort bien que je ne peux pas plus résister que devant une tablette de chocolat noir ou UN verre (je suis prudent, car la L.A.O veille ) de jus de vitis vinifera. « Va pour la triplette « lui dis je « autant rentabiliser les globules rouges qu’on s’est fabriqués sur les sommets andorrans ».

La météo annonçant du grand beau temps pour quelques jours, nous voilà donc partis en ce matin de septembre en direction du refuge de l’étang de Pinet situé à 2224 mètres, camp de base idéal pour mener à bien notre ascension.

 

 

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Partis du parking de l’Artigue au fond de la vallée du Vicdessos à 1200mètres d’altitude, nous choisissons après une heure et demie de rude grimpette l’idyllique lac de Sourd à la fois comme salle de bain, salle à manger puis enfin comme dortoir pour effectuer une petite sieste réparatrice, non  dans les bras de Morphée, qui, peu de gens le savent, est un garçon, mais dans ceux de Diane la déesse de la nuit (à chacun ses préférences !)

 

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Ragaillardis par notre tête à tête fort platonique avec Diane, nous levons le camp et parvenons au refuge de l’Etang de Pinet en une petite demi-heure. Les refuges de montagne sont des lieux particuliers car on ne fait pas qu’y croiser des congénères comme dans les bars, les restaurants, les hôtels, les magasins des villes : on y fait des rencontres !

La table commune est de mise, que ce soit pour boire un verre au retour d’une « course » ou pour les repas. Et en même temps que les gosiers s’ouvrent pour accueillir nectars et délices du terroir, les langues se délient. Les premières questions portent généralement sur la région de provenance qui illustre combien le monde est à la fois vaste et petit ! Vaste car souvent des natifs de plusieurs pays se trouvent ainsi réunis, et petit, car on a parfois la surprise, comme je l’ai eu ce soir là, d’être assis à coté d’une personne portant le même prénom que moi, né la même année et dans le même petit village ! Je salue amicalement au passage Claude et Jacqueline mes concitoyens "bellopratains" !

Les propos portent ensuite sur les courses effectuées, les péripéties vécues drôles ou effrayantes, les conseils d’itinéraire. Il règne en ces lieux une fraternité rarement ressentie ailleurs, car il n’y a pas d’enjeu, pas de rôle à tenir, simplement des souvenirs et des émotions à partager.

 

 

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Dès l’extinction des feux, qui survient généralement vers 22 heures, les montagnards, qui se lèvent tôt, vont généralement se coucher. Ayant besoin de peu de sommeil, j’aime alors rester dans la salle commune muni de ma lampe frontale pour lire, écrire (ces mots mêmes que vous lisez) et rêvasser (le rêvasseur est un rêveur éveillé). J’aime deviner au travers des fenêtres la présence minérale, glaciale, ténébreuse de la montagne qui nous isole du reste du monde. Dans ces lieux où règne le silence (les ronflements des dormeurs ne franchissent pas les planchers) j’éprouve alors le sentiment d’être comme un astronaute dans sa capsule spatiale.

Mais ce soir là, le silence hélas n’est pas de mise, car un groupe de montagnards catalans d’Espagne (ne surtout pas leur dire qu’ils sont espagnols sous peine d’être fusillés …du regard !) a également décidé de veiller. Je me crois alors sur le plateau de la défunte émission de télé « Droit de réponse » animée dans les années quatre-vingt par Michel Polak. Au bout d’une heure de palabres incessantes auxquelles je ne comprends goutte, de guerre lasse, je monte me coucher .

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Le lendemain matin, à peine le soleil illumine-t-il le haut des sommets environnants que nous nous mettons en route, l’esprit émoustillé par le défi que nous nous sommes fixé, le coeur tonique et le pied léger (enfin, plutôt les deux pieds, ça vaut mieux pour marcher d’aplomb !)

La marche à pied est le sport le plus accessible à quiconque a encore ses deux jambes et d’ailleurs on peut le pratiquer dès l’âge d’un an et demi. De fait, comme le dit la chanson, il suffit de mettre un pied devant l’autre et de recommencer.

A vrai dire, ce propos est un peu réducteur pour ne pas dire simpliste, quand il s’agit d’aller marcher en montagne là où les chemins sont parfois chaotiques. Il faut alors soigneusement choisir où l’on met les pieds et ce n’est pas forcément devant mais à coté pour éviter un trou, une souche, ou une pierre.

 

 

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Il faut se méfier en particulier des pierres, car on les croit inertes mais elles n’ont pas, en réalité, toutes un caractère pacifique. Certaines sont retorses et basculent sans crier gare si vous prenez appui dessus et vous vous retrouvez les quatre fers en l’air (c’est surtout vrai pour le vieux cheval de retour que je suis).

Bon cela dit, ces impedimenta ont néanmoins un avantage, car ils renforcent votre sens de l’équilibre et vous rendent ainsi plus difficile à déstabiliser dans la jungle sans merci qu’est devenue le monde professionnel où les patrons traitent leurs salariés comme des kleenex. L’idéal, bien sûr, est d’être dans notre situation et de ne plus avoir de patron !

 

 

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Je parle, je parle et sans nous en rendre compte (bon, on est quand même un peu essoufflés) nous voilà parvenus au sommet du Pic de Montcalm (3077m) d’où l’on aperçoit en face de nous le sommet qui apparaît fallacieusement arrondi (on s’en rendra compte un peu plus tard) du Pic d’Estats.

 

 

 

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Il fait un temps splendide et les chaînes de montagne environnantes affichent trompeusement un caractère serein et rassurant. Je dis « trompeusement » car si la marche est accessible à tous, randonner en montagne nécessite un brin, si ce n’est un gros bouquet, de prudence. Car on pénètre là dans un univers où , au contraire de la ville ou de la campagne, en cas de pépin il n’est pas aisé de trouver assistance. S’aventurer en montagne c’est, de fait, accepter une certaine dose de risque. La survenance d’une tempête de neige en plein juillet, la tombée du brouillard qui vous fait perdre votre chemin, une chute dans une crevasse ou un éboulis où ne passent que des marmottes et des isards sont des occurrences possibles et, pour certaines, personnellement vécues.


D’où les règles impératives suivantes N°1 : ne jamais partir seul N°2 : avoir toujours une couverture de survie, des vêtements chauds, une trousse de premier secours, des aliments solides et liquides et un bon mental et N°3 ne comptez surtout pas sur votre téléphone mobile car 80% du temps vous serez dans des zones où les ondes ne passent pas !

 

 

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Nous redescendons vers le col d’où part le chemin qui mène au sommet du Pic d’Estats. Nous sommes en avance sur l’horaire prévu et un sentiment indicible d’allégresse nous envahit. Ce sont des moments rares, des moments de grâce où, comme le disent ceux qui pratiquent le zazen, nous ne marchons pas, nous sommes « marchés » et nous ne respirons pas mais nous sommes « respirés » .

 

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Malgré la pente et malgré nos sacs, nous nous sentons aussi légers (enfin presque !) que nos ombres qui glissent ainsi en silence sur les éboulis et les névés.

 

 

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Après avoir dû mettre la main à la pâte ou plutôt à la roche, nous arrivons au sommet du Pic d’Estats, plus haut sommet catalan (3143m) qui révèle sa nature tourmentée et déchiquetée que l’on ne soupçonnait pas, vue du Pic de Montcalm.

 

 

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Un groupe de jeunes randonneurs catalans, arrivés par le côté espagnol, y ont installé leur drapeau. Il est réconfortant, pour nous qui allons bientôt (enfin, pas trop tôt non plus !) tirer notre révérence, de voir que des jeunes gens qui évoluent pourtant dans un monde de plus en plus virtuel, rêvent encore de gravir des montagnes !

 

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Non seulement ils les gravissent, mais aussi ils les contemplent ! A cette altitude les montagnes semblent être les vagues d’un océan de pierres.

Mais si l’horizon marin offre l’infini à notre regard, il ouvre par sa vacuité un gouffre béant où notre esprit se perd. Ce néant crée un vide intérieur qui donne le vertige et nous dissout dans l’univers.

L’horizon montagnard étend, en revanche, à perte de vue ses crêtes et parois rocheuses dont notre regard et notre esprit prennent possession, faisant naître des sentiments contradictoires d’humilité et de puissance. Humilité, car dans cet univers minéral dantesque nous ne sommes que des grains de poussière ; Puissance, car nous savons que nous pouvons gravir ces sommets et en les gravissant nous nous densifions.

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Pour remplir le contrat (moral) que nous nous sommes fixé , il nous reste à rejoindre le sommet du Pic Verdaguer (3131m) que nous atteignons après avoir franchi le col en légère dépression qui le sépare du Pic d’Estats. Ainsi en moins de trois heures, avons-nous gravi trois sommets à plus de 3000 mètres, soit au total plus que l’Himalaya ! Certes ma manière de résumer la chose est contestable mais ceux qui gravissent aujourd’hui l’Himalaya montent en 4X4 à leur camp de base et sont ensuite accompagnés de sherpas qui leur portent leur sac. De plus ils y abandonnent souvent leur déchets ! Nous, nous ne faisons qu'y laisser quelques gouttes de sueur.

 

 

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Comme il n’est que 11 heures, nous jouissons longuement de la vue sur le côté espagnol dont rien ne trahit la nationalité. Les frontières des hommes ne sont que des virtualités, fantasmes issus de leur vanité, pour lesquelles hélas des fleuves de sang ont coulé.

 

 

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Etant largement en avance sur l’horaire prévu, nous décidons de nous diriger vers le Pic du Port de Sullo, formidable muraille orange qui se dresse à un kilomètre de là.

Nous cheminons dans un univers purement minéral sans autre mouvement ou bruit que celui des quelques pierres qui roulent parfois sous nos chaussures. L’absence de toute autre forme de vie confère une intensité inouïe à notre existence et nous fait croire que nous sommes les seuls et derniers survivants sur la planète. J’imagine alors les milliers de caves qui vont en bas dans la vallée à notre retour s’ouvrir à ma concupiscence, mais ce n’est, hélas, qu’un fantasme !

 

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Nous arrivons au Port de Sullo (2850mètres) , il s’agit d’un col où arrive le chemin qui monte d’Espagne et d’où part le sentier, ou plutôt la trace, qui mène au Pic de Sullo. Mais cette dernière franchit d’abord un névé abrupt puis se perd ensuite en face dans les éboulis. De fait, le directeur du refuge auquel nous avons la veille au soir parlé de notre projet nous a dit que le chemin d’accès au Sullo était un vrai casse-pattes !

 

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Aussi, ayant encore quelques flacons à boire dans nos caves respectives, nous nous refusons à prendre des risques inutiles et décidons d’un commun accord d’en rester là et d’y prendre notre pique-nique, au demeurant bien mérité. Certes nous sommes dans ce cas juge et partie, mais nous ne causons de tort à personne !

Et pendant que nos maxiliaires mastiquent et que nos luettes glougloutent, cela ne vous surprendra pas d’apprendre que nous méditons (qui a fait « hum » ?) sur la relativité des choses et notamment du temps.

Car le temps de la montagne n’est pas le temps de l’homme. Des milliers de générations de montagnards seront retournées à la poussière quand ces fiers sommets n’auront perdu que quelques mètres. Mais ils ne sont pas pour autant éternels et le jour viendra où la terre sera lisse comme une orange, lorsque la pluie, le gel , le vent auront fini de les ronger et que son feu intérieur qui les a forgés sera éteint.

Vous imaginez une terre lisse, une « Beauce » étendue aux cinq continents et livrée aux producteurs de grains, aux éleveurs de volailles ou de bétail et aux zones urbaines et commerciales ? Je remercie le ciel (s’il y a quelqu’un là haut) d’être né à une époque où je peux vagabonder dans ces espaces sauvages et rudes.

 A suivre.....

 Après cette randonnée sportive je vous invite à un intermède tropico-musical en allant écouter ma dernière composition

"Mon verre de Ti Punch est vide..."

sur  mon blog  OLD NUT  

 Texte & Photos Ulysse