suivi de mon blog
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

02/11/2011

Le long des Gorges de la Vis.....

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

L’eau qui nous désaltère et nous caresse quand elle tombe en pluie sur nos visages; l’eau insaisissable dans laquelle on plonge avec ravissement  même quand il y a des glaçons (du moins pour moi et GiBus ); l’eau, qu’Empédocle considérait comme l’un des quatre éléments fondamentaux de l’univers, a une force insoupçonnable : elle abolit les montagnes et entaille de prodigieux « canyons »  !  Et pas besoin de s’appeler Yarlung Zangbo, Cotahuasi ou Colorado pour cela ! Même une modeste et évanescente rivière comme la Vis,  qui prend sa source au pied de l’Aigoual et se jette cinquante huit petits kilomètres plus loin dans l’Hérault, en est capable !

 Pour s’en convaincre, allons visiter les gorges qu’elle a creusées dans le Causse du Larzac, en empruntant le GR7  à partir de St Maurice de Navacelles. Le chemin descend du plateau pour suivre à mi-pente, sur quelques kilomètres,  la rive droite de la rivière, avant de descendre vers le fond du cirque de Navacelles  qui est assurément son chef d’œuvre.

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

On s’émerveille du travail titanesque accompli par ce mince filet d’eau argenté qui sinue au fond des gorges et qui disparaît même sur une partie de son parcours pour ressurgir au site magnifique des moulins de la Foux. Mais il n’y a là rien d’étonnant car son bassin versant reçoit près d’un mètre d’eau par an soit trois fois la moyenne nationale. De fait, son apparence généralement indolente cache un tempérament fantasque. Ainsi, son débit moyen de dix mètres cubes monte, lors des épisodes de pluie dits « cévenols »,  à cinq cents, voire dans des cas extrêmes, sept cent mètres cubes d’eau par seconde. Ce qui représente alors deux fois et demi le débit moyen de la Seine à Paris et la moitié de celui du Rhône en fin de parcours. Il n’est pas surprenant, donc, que les premiers hommes qui l’ont découverte lui aient donnée le nom de « Vir » (terme indo-européen qui veut dire eau) qui avec le temps s’est transformé en « Vis ».

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

 En creusant son lit, elle a fait apparaître les chamboulements titanesques auxquels est soumis de temps en temps, et parfois à nos dépends, la croûte terrestre. Ainsi les couches sédimentaires abandonnées par la mer qui recouvrait le Causse du Larzac lors de la période jurassique, il y a environ 150 millions d’années, ont été comprimées et pliées environ cent millions d’années plus tard par la surrection des Pyrénées .

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

Grâce au patient travail de sape de la Vis, on peut aujourd’hui admirer ce magnifique mille-feuilles de pierre dans lequel, aussi tentant soi-il,  il est  déconseillé d’y plonger les dents !

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

La vis a pris son temps pour dessiner son lit et ménagé ses efforts. Attaquant en priorité les roches les plus tendres et contournant celles plus dures, elle a tracé des méandres qui lui donnent un air faussement paresseux.  Ses rives sont couvertes d’une dense végétation qui abrite une faune variée, dont notamment le lapin blanc géant du Bouscat dont on aperçoit ici un magnifique spécimen faisant le guet .

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

Nous découvrons le plus beau de ses méandres qu’elle a d’ailleurs fini par couper pour donner naissance au Cirque de Navacelles, au fond duquel est blotti le village éponyme, dont l’étymologie vient de l’occitan  « Nova Cella » ( nouveau sanctuaire), car il s’agissait probablement d’une extension de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert.

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

Le village dresse ses maisons au dessus des rives de la Vis, sage précaution des anciens qui ont eu le loisir d’observer - sans doute dans les premiers temps à leurs dépends - que ses eaux n’ont pas toujours l’aspect tranquille qu’elles ont aujourd’hui.

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

L’ampleur de l’arche du pont qui permet de la traverser témoigne d’ailleurs des périodes tumultueuses qu’elle connaît périodiquement.

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

Mais pour l’heure, ses eaux tranquilles ménagent  deux pauvres feuilles que la sécheresse de l’été à prématurément grillées et qui finissent leur vie au fil de l’eau. Il y a des fins plus dramatiques !

 

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

Nous quittons le GR7 pour emprunter le chemin qui remonte sur le causse et nous permet de découvrir le Cirque dans son ensemble, magnifique entonnoir de calcaire de 300 mètres de profondeur dont le fond est occupé par des prairies situées sur l’ancien méandre abandonné.

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

Sur le Causse perméable et aride, les anciens à force de travail et de patience ont créé, ici et là, quelques champs pour la culture, qu’ils ont  entourés de murs dont les pierres de faîte dressées à la verticale empêchent les moutons, qui règnent en maîtres dans ce pays,  de les franchir.

Alors que le soleil est au zénith et que la montée sur le Causse a grandement sollicité notre énergie, le tapis d’herbe qui s’offre à nous fait naître en nos esprits ramollis par la canicule la tentation d’une sieste réparatrice.

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

Mais la présence d’une mante religieuse  à l’affût,dont la réputation de mangeuse de mâles n’est plus à faire, nous dissuade de succomber à la tentation.

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

Et nous poursuivons notre chemin qui surplombe les gorges , un œil sur nos pieds afin d’éviter de sombrer dans le précipice, un autre sur le somptueux spectacle qui nous est offert.

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

Un œil averti  - comme le votre cher(e) lecteur ou lectrice -  ne manquera pas de noter l’inclinaison de la pente qui varie entre les versants des rives concaves, où le courant accélère, et celui des rives convexes, où le courant ralentit.

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

L’ énorme masse de roche entraînée par la Vis a fini sa course dans la mer  sous forme de sable ou de graviers.  Ainsi quand on prend un bain de soleil sur les plages du Grau d’Agde à l’endroit où l’Hérault se jette dans la mer, on est loin de se douter que l’on est allongé sur un petit morceau du  Causse du Larzac !

 

Texte @ photos ulysse

( Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur)