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07/10/2010

Périple en Andorre - 2) Le Pic de Font Blanca (2904m)

 

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Nous voilà au matin du deuxième jour et le départ de notre randonnée emprunte un chemin qui remonte le flanc sud du Pic des Planes, généreusement ensoleillé. Fort heureusement la pente est modérée et nous accueillons favorablement la caresse chaleureuse des rayons du soleil. Alors que d’après les infos de la veille la France du nord sombre dans la grisaille, le ciel andorran est scandaleusement bleu. Ce monde est vraiment injuste……pour les gens du nord (n’est ce pas Marc ?)

 

 

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Après une bonne heure de marche tranquille, nous arrivons au bord du lac d’Esbalçat que le Pic des Fangasses domine de ses 2684 mètres. Lorsque l’on est – comme vous l’êtes, je n’en doute pas chers lecteurs et lectrices – de fins observateurs, les lacs sont une bonne illustration de la relativité de la couleur des choses. En effet selon leurs particularités physiques et l’orientation de notre regard, leur couleur varie en raison du phénomène d’absorption et de réfléchissement des différentes longueurs d’onde qui composent la lumière blanche . Ainsi ce lac contemplé de sa rive sud est d’un vert qui s’harmonise parfaitement avec les pentes herbeuses du Pic des Fangasses….

 

 

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….alors que, vu de sa rive nord, il se donne des airs de Méditerranée et fait la pige au bleu du ciel . Ce phénomène souligne, par ailleurs, l’inanité du discours des racistes, car la nuit tous les hommes sont noirs ! Mais il est vrai que les racistes sont incapables de percevoir la relativité des choses, leur stupidité étant absolue !

 

 

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Face à ce somptueux paysage, une vache débonnaire a négligemment abandonné une bouse, sous l’effet probablement d’une intense émotion esthétique ! Les galiéristes qui exposent des machines à fabriquer des  étrons comme œuvres d’art, en voyant cette photo - que l’on pourrait intituler « Paysage à la bouse » attribueraient sans nul doute du génie à cette artiste bovinienne.

 

 

 

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Une fois notre bedon rassasié et nos gambettes reposées au bord du lac, nous reprenons notre ascension. Vous noterez l’attention particulière que nous portons à l’endroit où nous posons les pieds, car les pièges - trous , racines, pierres instables – sont nombreux sur les chemins. Cette attention contribue à développer un sixième sens et vous ne verrez jamais un randonneur confirmé honorer de sa semelle les déjections canines qui sont l’apanage des rues des villes françaises, nauséabondes répliques des cairns qui jalonnent les sentiers montagnards.

 

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Des chaînes de montagnes déchiquetées nous font face qui témoignent des fantastiques mouvements telluriques qui ont ébranlé notre planète il y a des millions d’années. Nous sommes porteurs chacun d’une étincelle de cette formidable énergie qui a façonné et continue de transformer l’univers. Et la même question, toujours, effleure mes neurones : d’où vient cette énergie ?

 

 

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Parvenu à la cote de 2235mètres, notre groupe se sépare entre ceux déterminés à grimper le Pic de Font Blanca qui culmine à 2904 mètres, et les autres qui préfèrent redescendre tranquillement vers la vallée. L’avantage de randonner entre amis est que l’on peut choisir son parcours en fonction de ses aptitudes et de sa forme du moment. Certains préfèrent ainsi se cantonner aux sentiers bien dessinés sinuant dans les alpages fleuris et d’autres ne rêvent que de vagues sentes franchissant des éboulis avec des pentes à faire hésiter un isard. D’aucuns qui n’ont jamais éprouvé l’ivresse des cimes diront – à tort - que ces derniers sont un peu « masos ».

 

 

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Vous vous doutez bien que j’ai choisi de gravir le pic de la Font Blanca, car à l’instar de l’ami Ducros, j’ai pris en créant ce blog un engagement moral à me décarcasser pour vous offrir de belles et étonnantes images. Et décarcassé je me suis , en effet, en gravissant ces éboulis en équilibre instable, qui sont le seul chemin pour parvenir au sommet du Pic.

 

 

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Pour ce genre d’exercice Gibus est, bien sûr, comme d’habitude, le plus alerte et marche en tête comme si les éboulis étaient un chemin de graviers

 

 

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Mais chacun à notre rythme, nous arrivons tous au sommet où nous prenons la pose – de toute façon inévitable vu l’étroitesse du lieu - pour immortaliser cet exaltant moment.

 

 

 

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Il faut dire que l’endroit, bien qu’inconfortable, offre un panorama unique sur la chaine des Pyrénées. Lorsque vous jouissez d’une telle vue, vous oubliez les efforts intenses que vous avez déployés pour accéder au sommet et vous êtes prêts à gravir tous les sommets du monde.

 

 

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L’on découvre alors, comme les oiseaux, le dessus des nuages ce qui nous procure une joie enfantine comme si nous avions aperçu la face cachée de la lune.

 

 

 

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Un phénomène connu sous le nom d’ascension thermique se produit alors : un courant d’air chaud montant de la vallée propulse vers le ciel une somptueuse colonne de nuages. Quand on voit ces entités vaporeuses évoluer avec autant de légèreté et de grâce on a peine à croire qu’elle pèse plusieurs millions de tonnes !

 

 

 

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Repus de beauté nous entamons alors la descente qui se révèle encore plus délicate et éprouvante que la montée. En effet, alors que l’ascension sollicite principalement les muscles, la descente soumet les articulations à rude épreuve et quand celles-ci ont quelques décennies, elles se rappellent très vite à votre bon souvenir. Qui se croyait jeune homme en montant, se souvient qu’il est « papy » en descendant !

 

 

 

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Mais nous retrouvons enfin le « plancher » herbeux des vaches plus doux à nos genoux. Le regard de ces pacifiques bovidés ne nous laisse aucune illusion sur la piètre estime qu’ils nous portent, pauvres fous qui arpentons les champs de cailloux alors qu’ici l’herbe est tendre et verte et qu’y coule un frais ruisseau. Mais n’est ce pas ce qui confère à l’homme au sein du monde animal (car animaux nous sommes, et certains plus que d’autres !) ce caractère unique d’être des conquérants de l’inutile ?

 

 

 

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Deux gros rochers morainiques nous racontent l’histoire de la vallée creusée il y a des milliers d’années par un immense glacier sur le dos duquel ils ont voyagé.

 

 

 

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La sérénité des lieux gagne notre âme et nous sommes tentés un instant de nous arrêter dans l’abri de berger idéalement posé sur un promontoire dominant le torrent pour y passer la nuit.

 

 

 

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Mais la perspective de déguster une San-Miguel bien fraîche sur la terrasse de l’hôtel dissipe vite cette velléité…


A suivre....

Texte Ulysse & Photos Ulysse et Gibus (8ème et 14ème )