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24/04/2013

Périple pyrénéen, 1ère partie : La montée au refuge de Barroude (2380m)

JE VOUS INVITE A SUIVRE LE RECIT DE MON PERIPLE EN ANDALOUSIE SUR MON AUTRE BLOG

 
 
PENDANT CETTE PERIODE JE POSTERAI DES NOTES TIREES DE MES ARCHIVES SUR ELDORAD'OC





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Nous voilà à pied d'oeuvre, à la sortie du pittoresque village d'Aragnouet dans les Hautes Pyrénées, à 1350m d'altitude, prêts à rejoindre le refuge de Barroude niché à 2380m au pied du Pic de la Gela (2851m) au bord de deux lacs ayant le même nom que le refuge.

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Au contraire de nos paysages urbains et péri-urbains soumis aujourd'hui à un perpétuel changement, les paysages de haute montagne apparaissent, dans l'espace d'une vie d'homme, jouir de la permanence. Certes la neige vient dès l'automne les recouvrir et les torrents sont plus impétueux le printemps venu, mais ce ne sont que des modifications cosmétiques, leurs corps semblant sculptés pour l'éternité. Une seconde de notre vie est pour elles un millénaire.


Mais au cours de ces millénaires, insidieusement, sournoisement, inlassablement, le gel, le soleil, l'eau, le vent fendent, effritent, dépècent leurs masses minérales qui se délitent peu à peu en rochers qui deviennent cailloux puis sable porté par les rivières jusqu'à la mer où il forme les plage de nos côtes. Et donc, quand on se dore au soleil sur une plage de la Méditerranée, on repose sur des grains de sable issus pour l'essentiel des Alpes et des Pyrénées. Même ceux qui ne sont pas adeptes de la marche en montagne, peuvent ainsi en parcourir les anciens sommets sans se fatiguer !

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Ceux qui n'ont pas ou qui n'ont plus le goût de la marche et de l'effort, sont effrayés par la haute montagne. Ils la croient réservée aux alpinistes ou spécialistes qui, d'ailleurs, pensent-ils, finissent tous par y mourir, influencés par les medias qui font largement écho aux drames qui s'y produisent, Certes la haute montagne est un milieu difficile et sa fréquentation implique le respect. Il faut savoir que pour chaque mille mètres grimpés on remonte de 1000km vers le nord et qu'en conséquence le climat qui règne à 2500M dans les Pyrénées est celui de la Norvège. Les chutes de neige ou les averses de grêle sont à prévoir même en plein été !


Mais la bonne nouvelle est qu'avec un peu de courage et d'entraînement et doté d'un équipement adéquat la haute montagne se laisse apprivoiser. Je ne parle pas ici de certains sommets « d'opérette » fréquentés l'été par des hordes de touristes acheminés par les télécabines et télésièges et qui foulent les sommets en espadrilles et en T-shirt. Les seules montagnes qui comptent pour moi sont les montagnes vierges de toute prothèse métallique et que l'on conquiert à la force du mollet !

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La vallée de la Gela que nous remontons est une ancienne vallée glaciaire et avant d'atteindre le refuge nous franchissons d'anciennes moraines qui nous obligent à «tangoter » d'un pied sur l'autre, faisant plus cruellement sentir le poids du sac. A vrai dire, le sac est le point "névralgique" de la randonnée en haute montagne. Si vous envisagez de partir pour un circuit de plusieurs jours, il faut n'emporter que le strict nécessaire, si vous ne voulez pas être chargé comme trois baudets, à moins que vous n'ayez la constitution d'un yéti ou la résistance des sherpas du Tibet qui grimpent jusqu'au camp de base de l'Everest en tongs avec 30kg sur le dos !


Des petites astuces comme couper une partie du manche de sa brosse à dent, prendre un tube de dentifrice à moitié plein et une demi savonnette vous font gagner quelques précieux grammes. Le PQ (simple épaisseur) est toutefois un « must » ainsi que la lampe éléctrique avec dynamo incorporée (l'exctinction des feux se fait à 10h dans les refuges).


N'oubliez pas non plus les boules Kiès, sauf si vous vivez près d'une autoroute ou d'une gare de triage et que vous êtes habitués aux vibrations et vrombissements des TGV et des convois de 30 tonnes, car souvent l'appendice nasal du randonneur se transforme la nuit en trombonne à coulisse mal lubrifié. Par contre, il vous faut renoncer à votre after shave, anti-rides, vernis à ongles et autres frivolités d'homo ou de femmo sapiens urbanisé et accepter d'évoluer dans les odeurs naturelles dont le créateur, qui a mon avis devait ce jour là être enrhumé, nous a dotés.

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Nous arrivons en vue du grand lac de Barroude qui occupe le lit d'un ancien glacier et arbore des chicots de pierres qui le fait ressembler à une baie d'Along en miniature. La température de l'eau et de l'air ne sont pas toutefois en harmonie avec cette ressemblance.

 

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Posé en léger surplomb de ce lac, on découvre soudain le refuge. Quand vous venez de grimper 1000m de dénivelé avec votre barda sur le dos, ce spectacle traverse votre corps meurtri d'ondes euphorisantes et un chiffre s'inscrit en lettres givrées dans votre cerveau : 3328 ! Ce chiffre magique correspond aux deux « 1664 » que vous allez pouvoir déguster affalés sur la terrasse du refuge. La première pour vous désaltérer et le seconde pour le plaisir ( car on est sportif certes, mais ascète non !)

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Un séjour en refuge est un peu un retour à l'age heureux des cavernes où dans un espace restreint mais chaleureux on réapprend à cohabiter dans la plus intense proximité avec des congénères que l'on connaît ni d'Eve ni d'Adam. On fait table et lit (vaste planche) communs et pour se laver on a le choix entre l'unique lavabo ou le lac de montagne (la température de l'eau étant dans les deux cas la même).


Quant à satisfaire vos besoins fondamentaux d'être humain, il vous faut généralement faire la queue, parfois dans le blizzard, les « commodités » (comme l'on dit) étant parfois (comme à Barroude) fort malcommodément situées à l'extérieur. Aussi, je conseille à ceux que leur métabolisme condamnent à se lever la nuit à s'entraîner au préalable à monter et descendre dans l'obscurité des échelles de meunier et à subir des choc thermiques de moins vingt degrés sur leurs parties intimes (on peut pour cela s'exposer chaque jour 5mn nu devant la porte ouverte de son congélateur !)


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Mais ces quelques impedimenta sont gommés par le bonheur de croiser des gens de chair et d'os aussi « fous » que vous, avec lesquels on échange récits de randonnées et d'ascensions et des informations précieuses sur les difficultés et attraits des itinéraires. Je ne connais pas d'autre endroit où la parole entre inconnus se libère aussi facilement, où l'atavique sentiment de solidarité qui devait exister entre les groupes de premiers hommes affrontant un monde hostile renaît spontanément. On est à mille années lumières du monde virtuel qui envahit peu à peu les vallées ou les gens ne se parlent plus que par mobiles et courriels interposés.

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Il faut donc saluer ces aventuriers des temps modernes que sont les gardiens de refuge, ces  «phares » de la haute montagne, qui passent quatre ou cinq mois de l'année à vivre dans des conditions spartiates (parfois avec conjoint et enfant) pour nous accueillir et nous permettre de jouir des bonheurs qu'offre la randonnée en haute montagne. Ce sont pour moi des saints laiques qui contribuent au bonheur et à l'épanouissement de l'humanité en nous permettant l'accès au ciel sur la terre. Sans eux, nous ne pourrions pas contempler ces aubes qui ensanglantent les parois rocheuses, ces mers de nuages qui envahissent les vallées, ces glaciers et névés (condamnés à disparaître hélas) qui baguent d'argent les sommets, ces pics qui défient le ciel et piquent les fesses des anges et les font pleurer;


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A suivre.....

Texte & Photos Ulysse