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25/09/2011

Périple pyrénéen : 2) Le Pic Rouge de Bassiès (2676m)

 

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Pour entreprendre une course en montagne, il faut se lever généralement avant le soleil, ce gros paresseux qui aime faire son lit dans le fond tiède des vallées. On baigne alors dans une atmosphère gris-bleutée qu’illuminent les taches argentées des lacs où se déverse la lumière qui envahit peu à peu le ciel.

 

 

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Soudain vers l’occident, la cime d’un sommet s’allume d’une lumière rose orange ; puis le feu s’étend et gagne les cimes avoisinantes et dévale les pentes, brûlant bientôt les derniers oripeaux de la nuit qui s’enfuit.

 

 

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L’esprit encore un peu ensommeillé nous suivons notre guide Gibus, profitant  des quelques mares d’eau que le sentier longe, pour nous rafraîchir les idées et  finir de nous réveiller.

 

 

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Nous sommes ici au pays de l’ours et d’ailleurs nous en croisons un qui se repose au soleil insouciant des polémiques que sa présence fait naître dans les vallées. Au nom de quel principe l’homme peut-il prétendre décider des espèces qui ont le droit de vivre en ces montagnes ? Une heureuse cohabitation est possible pour peu que chacun y mette du sien, n’en déplaise à ceux qui ont une approche exclusivement « picaillonnesque » de l’existence humaine.


 

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A un détour du chemin, nous apercevons au loin notre objectif, le Pic Rouge de Bassiès (2676m) dont la pente qui mène au sommet ressemble à une piste d’atterrissage. Peut-être est ce en ces lieux d'ailleurs qu’atterrissent et décollent les anges gardiens qui viennent de temps en temps sur terre pour veiller sur nous ; de moins en moins souvent au demeurant, ne trouvez vous pas, mais il faut dire que le comportement de l'humanité a de quoi les désespérer !.

 

 

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Quand on part faire un sommet mieux vaut ne pas trop regarder le but à atteindre sous peine de se décourager. La mesure de nos pas paraît en effet incongrue par rapport à la distance qui nous sépare de l’objectif et l’on doute de  jamais pouvoir l’atteindre.  Il faut alors se concentrer sur soi même, sur sa respiration, son cœur qui bat, s’installer dans son effort comme si c’était un état naturel  et avoir les dix prochains mètres du chemin pour horizon. Cet horizon « glissant » vous aspire alors dix mètres après dix mètres et vous arrivez enfin surpris et infiniment heureux au sommet.

 

 

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Mais pour l’heure nous n’y sommes pas encore  et nous levons quand même parfois les yeux pour jouir du spectacle féerique des montagnes environnantes qui forment une galaxie bleutée dont nous occupons le centre.

 

 

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Parvenus à un col, nous apercevons en contrebas le refuge et le chapelet d’étangs de Bassiès dont pas un souffle d’air ne vient troubler la surface. S’il n’y avait nos coeurs qui battent dans nos poitrines nous pourrions croire le monde frappé, par un sortilège, d’immobilité.

 

 

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Plus nous nous rapprochons de notre objectif et plus la pente devient ardue. Chacun se concentre et regarde ses pieds. Ce qui est beaucoup mieux que de se regarder le nombril comme nous y invite la société d'aujourd'hui. N'oublions pas que c’est avec ses pieds que l’homme a conquis le monde alors que la contemplation de son nombril conduit à un repli sur soi et à une conduite infantile, comme l'illustre abondamment la rubrique "pipole" des tabloïds.

 

 

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Nous faisons une halte « fruits secs » (indispensable aliment du randonneur) sur un replat herbeux, d’où l’on aperçoit le Pic des Carrots dont les contreforts sont revêtus d’une toison forestière. Celle-ci doit atténuer la morsure des grands froids sur sa peau pendant l’hiver, ce qui est bienvenu.  Car quand la montagne a froid, elle frissonne, ce qui provoque des avalanches et des chutes de pierres.

 

 

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 Passant au dessus de l’un des étangs de l’Escalé, nous apercevons à sa surface un immense papillon argenté, surprenant et éphémère mirage crée par le vent.

  

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Nous faisons  une dernière pause avant d’attaquer la pente finale constituée d’éboulis. Quand on voit les montagnes ainsi  taraudées, crevassées, leurs pentes jonchées de blocs de pierres on se les imagine dans leur prime jeunesse avec des parois lisses vertigineuses vierges de toute érosion. Mais il n’en a jamais été ainsi car leur gestation a pris plusieurs millions d’années, poussant de quelques millimètres par an et elles ont donc été ridées dès leur adolescence. Ces rides nous racontent leur histoire. Notre société, atteinte de jeunisme et angoissée par la perspective de la déréliction de nos organismes veut conserver des visages et des corps lisses sans histoire et donc sans vie.

 

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Nous voilà au sommet. Vous en êtes les premiers surpris ! Vous ne vous en pensiez pas capables et pourtant vous y êtes arrivés . Bon, il est vrai que je vous ai un peu aidé, mais la prochaine fois que vous irez seul, je ne doute pas que vous y parviendrez aussi  ! Essayez !

 

 

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La grande fierté que l’on éprouve alors c’est d’être à la même hauteur que les nuages, ces infatigables et merveilleux voyageurs qui nous narguent quand on se traîne en bas dans la vallée.

 

 

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La descente ensuite n’est que du bonheur ! Les jambes te l’esprit sont en « roue libre » et les lacs nous offrent leurs eaux rafraîchissantes.

 

 

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Mais attention !  Que l’extase qui vous gagne à la descente ne se transforme pas en arrogance et vous entraîne à dire : " Finalement le Pic de Bassiès, c’était fastoche " car vous seriez instantanément transformé par les Oréades, nymphes des montagnes extrêmement susceptibles,  en statue de pierre, comme ce pauvre bougre que l'on aperçoit ici  condamné à rester à jamais dans ces lieux ! Mais finalement est-ce un si funeste destin que de devoir rester ici .....?

 A suivre…..

Texte @ Photos Ulysse