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29/11/2012

Le Caroux hors des sentiers battus : A la recherche du lac Blond

 

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Vous le savez, le Caroux est, pour Gibus et moi, une irrépressible passion. A peine vient-on de le quitter que l’on n’a qu’une envie : y revenir. Car malgré sa modeste altitude (il culmine à 1091m) ce massif est pour nous l’archétype de la montagne.  Sa diversité est sans équivalent : on y trouve des combes sauvages aux flancs couverts de hêtres ou de châtaigniers, des gorges vertigineuses où coulent d’impétueux torrents, des vallons verdoyants où règnent les prairies et les genêts, des clairières occupées par des bataillons de conifères, des aiguilles rocheuses dignes de leurs consoeurs alpines ou pyrénéennes, des plateaux rocheux balayés par les vents, royaume de la bruyère.  Ajoutez à cela  la présence de mouflons, dont c’est le terrain de jeu favori et dont la quête est notre « graal » ». Vous comprendrez donc, pourquoi, une fois que l’on a humé ses effluves et  caressé de ses pieds son « épiderme », on  devient « accro » à ce massif à nul autre pareil.

 

 

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Et après toutes ces années à le parcourir en long et en large, il nous reste encore des merveilles à explorer, comme ce lac Blond, dont nous avons découvert récemment l’existence en consultant un vieux « grimoire » sur le Caroux. Il faut dire que ce lac est niché au pied du Roc du Salis sur le cours du torrent du Vialay, dans un secteur où seuls les randonneurs qui ont quelques années de pistage de mouflons, à leur actif, peuvent accéder.

 

Nous voilà donc partis à la découverte de ce fameux lac. Après avoir atteint la base du Fourcat d’Heric par un chemin assez confortable, la situation se corse sérieusement. Nous passons en contrebas de l’arête de Mascar où le sentier a été emporté par un éboulis. L’éboulis traversé, non sans quelques difficultés, nous suivons alors une vague sente ponctuée de cairns qui évolue dans un terrain plutôt chaotique.

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Nous sommes dans un secteur très exposé aux chutes de rochers et nous sommes assez heureux que d’énormes châtaigniers nous servent de gardes du corps au cas où …

 

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Notre itinéraire présente un profil de montagnes russes, du fait du franchissement de plusieurs barres rocheuses d’où nous apercevons les gorges creusées par le Vialay. L’une des particularités du Caroux est l’harmonieuse union du règne végétal et du règne minéral qui règne quasiment en tous lieux, du fait de sa modeste altitude. Il conserve ainsi, généralement, un aspect riant malgré un relief tourmenté de « haute-montagne ».

 

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Nous descendons vers le ruisseau de Paillargues dans un fouillis végétal digne d’une forêt tropicale. Le tronc d’un vénérable hêtre gît au sol. Il a dans sa chute déraciné et brisé un congénère dont le haut du tronc est resté suspendu dans les frondaisons environnantes. Ces lieux sauvages, où la mort et la vie sont ainsi étroitement mêlés dans un flux perpétuel, rassérènent notre âme. Ne témoignent-ils pas d’une réalité suprême qui nous est cachée et que la mort nous révèle. Peut-être d’ailleurs que nous sommes morts et que ce que l’on appelle la mort est la vraie vie ? Ce qui expliquerait que la terre soit souvent un enfer, au mieux un purgatoire (quand on a au moins du bon vin à boire ) et que l’on y revient tant que l’on n’a pas gagné son billet pour le paradis ! Bon, ce n’est qu’une théorie !

 

 

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Après avoir dévalé une pente abrupte au « jugé » à travers des taillis, toute trace de sentier ayant disparue, nous parvenons au bord du Paillargues, modeste ruisseau aux eaux dormantes. Mais les rochers qui jonchent son lit nous laissent penser qu’il ne faut pas se fier aux apparences, son cours devant être plutôt tumultueux lorsque des orages sévissent sur le massif. Nous descendons son cours, rassurés par le ciel aujourd’hui serein, afin de rejoindre le torrent du Vialay dans lequel il se jette.

 

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Ayant atteint le torrent du Vialay, nous le remontons sur une centaine de mètres en direction de l’impressionnant Roc du Salis, au pied duquel est caché le mythique lac Blond.


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Après avoir chevauché quelques arbres abattus en travers du cours du torrent, nous apercevons enfin le lac Blond alimenté par une superbe cascade. Nous sommes un peu dans l’état d’excitation de Richard Burton et John Speke lorsqu’ils ont découvert en 1858 le lac Tanganyika croyant qu’il s’agissait de la source du Nil.

 

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D’aucuns pourraient juger que le terme « lac » est un brin exagéré pour cette superbe vasque, mais il faut mettre cela sur le compte de la latitude à laquelle il se situe. Ce que l’on appelle sardine à Dunkerque devient un thon à Sète !  Il n’empêche que, « lac » ou « vasque », le site est de toute beauté, son aspect secret et sauvage n’étant pas le moindre de ses attraits. Le nom de « lac Blond »  lui a été donné par Jean Prioton (1898-1985) - forestier visionnaire, grand défenseur du Caroux, du Larzac et de la préservation de la nature sauvage  - car ses eaux prennent une couleur dorée au soleil couchant, du fait du réfléchissement des rayons sur les rochers environnants.

 

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Et d’ailleurs bien que nous ne soyons qu’au mitan de la journée, une partie des eaux est déjà illuminée par ce reflet, leur conférant un aspect un peu plus engageant pour s’y baigner .

 

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Car vous pensez bien que nous n’allions pas laisser passer une occasion pareille de nous baigner là où peut être jamais aucun homme n’a eu l’audace de le faire ! Car, outre le fait, que le lieu est peu connu, je peux vous dire qu’au fond de cette gorge sauvage l’eau n’a pas l’occasion de beaucoup chauffer !

 

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Après ce bain revigorant, nous grimpons sur un promontoire rocheux qui domine le lac opportunément exposé au soleil, ce qui nous permet de nous réchauffer. La vue sur les gorges sauvages du Vialay, hérissée d’aiguilles rocheuses, est somptueuse. On aperçoit sur la droite la pente que nous avons descendue pour y accéder. Vous en déduirez qu’à notre âge quasi-canonique nous avons encore bon pied bon œil, les mauvaises langues ajouteront… « et aussi  bon gosier » !

 

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Après la traditionnelle pause « pique-nique-siestouille », il nous faut songer à repartir. Ne souhaitant pas revenir par le même itinéraire, nous cherchons une voie d’accès nous permettant de rejoindre le col du Salis qui doit se situer à environ 250mètres de dénivelé au dessus de nous. La ligne droite étant le plus court chemin pour se rendre d’un point à un autre, nous décidons de grimper en pleine pente sur le flanc ouest du Roc du Salis, espérant ne pas tomber sur une barre rocheuse infranchissable. Nous sommes fort opportunément aidés par nos amis les arbres qui nous tendent leurs branches, leurs racines et leurs troncs secourables.

 

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Puis nous devons nous faufiler dans « le chas » de quelques aiguilles rocheuses qui, malgré leur aspect rébarbatif, se révèlent finalement plus faciles à franchir que la pente de terre humide et glissante que nous venons de gravir.

 

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Les lieux sont si sauvages que nous tombons nez à nez avec deux jeunes mouflons qui ne s’attendaient certainement pas à croiser des bipèdes en ces lieux.

 

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Mais rencontre plus étonnante encore dans le Caroux, où nous n’en avions, jusque là, jamais aperçus, nous débusquons trois jeunes sangliers qui fuient en maugréant. Désolés de vous importuner, chers amis, mais nous ne faisons que passer !

 

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Nous parvenons sur une plate-forme rocheuse où nous jouissons sans partage (sauf que nous sommes heureux de la partager aujourd’hui avec vous !) d’une vue imprenable sur les Gorges du Vialay dominées par le Roc Fourcat.

 

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Il nous reste à gravir une modeste pente encombrée de rochers pour pouvoir rejoindre le col du Salis où passe un bon sentier qui doit nous ramener à bon port.

 

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Nous arrivons sans encombre au col où le bruit de nos pas tire de sa somnolence un diablotin assoupi sur le bas coté. « Vous sortez d’où comme ça ? »  nous dit-il « je ne vous ai pas entendu venir par le chemin ! » Nous lui indiquons que nous sommes montés directement du fond des gorges du Vialay par la pente qui longe le roc du Salis. « Vous êtes un peu fous, non ! pourtant vous n’êtes pas nés de la dernière pluie ! vous semblez même remonter au déluge ! Remarquez des gars comme vous, ça fait notre affaire car si vous vous dézinguez vous allez directement chez nous, vu qu’à voir vos bobines vous ne devez pas aller souvent à confesse. Mais  vous ne le regretteriez pas, car chez nous il y a du vin chaud et des saucisses grillées à volonté, alors que chez l’Autre on boit de l’eau bénite et les gens s’ennuient à mourir et ça pour l’éternité » « Nous en sommes convaincus"  lui répond-t-on « mais nous ne sommes pas pressés ». « Je ne suis pas pressé non plus, mais votre heure viendra, alors profitez en bien d’ici là » nous rétorque-t-il . Ca, ce sont des choses que l’on n’a pas besoin de nous rappeler, car pour en profiter -  comme vous le savez, vous qui nous suivez depuis si longtemps - nous en profitons ! Et nous vous invitons à faire de même ! Allez, zou! Tous sur le caroux !

 Carpe diem !

 

Texte (sauf propos du diablotin) & photos Ulysse