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11/05/2014

A la conquête du Carlit !

 REPRISE D'ARCHIVE

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Pendant une grande part de notre existence terrestre (je le précise pour ceux qui croient au ciel !) le matin, un réveil sonne  pour nous rappeler que dans l’heure qui suit  nous avons rendez vous avec notre pingre d’employeur, pour qui nous n’en faisons jamais assez et jamais assez vite, ou avec Paul Emploi pour lequel nous n’avons jamais le bon profil : c’est une expérience traumatisante qui ponctue l’essentiel de nos vies dans nos sociétés dite « développées » (on peut se demander d’ailleurs à quoi s’applique cet adjectif si ce n’est aux profits de ceux qui tirent les ficelles). Je suis heureusement délivré de cette fatalité et pour moi le réveil ne sonne point mais chante les prémisses d’une superbe journée généralement passée sur les sentiers.

Ainsi ce matin mon ami Gibus et moi avons pour objectif de gravir le Carlit qui domine le secteur de Font Romeu de ses 2921m. Ayant folâtré la veille sur les deux Peric, aguicheuses mamelles de Gaïa notre terre mère, notre nuit fut riche en rêves enchanteurs et nous nous sommes réveillés épanouis et dispos dans les bras frais et laiteux de l’aube, 

 

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Notre itinéraire longe au départ une kyrielle de lacs qui rechignent à se débarrasser de leurs écharpes de brouillard, frêles protections contre l’air glacial matinal.

Ces innombrables lacs sont une véritable usine à nuages qui plus lourds que l’air  vont s’échouer dans le fond des vallées dont elles prolongent la nuit, alors que le soleil commence à caresser les sommets.

 

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Nous sommes bientôt au pied du Carlit à environ 2200m d’altitude, il nous reste 721m à grimper et les conditions s’annoncent idéales si ce n’est le va et vient incessant des hélicoptère de l’armée qui continuent à propager leurs pollutions sonores et leurs résidus de kérosène dans cet endroit idyllique, pourtant considéré comme une zone naturelle protégée. Décidément celle que l’on appelle la « grande muette »  ne se prive pas de bafouer le droit des citoyens à la tranquillité. Une lettre envoyée au préfet sur ce point pour m'étonner de cette violation est restée sans réponse.

 

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 Pas à pas nous prenons de l’altitude et les lacs que nous avons longés deviennent des morceaux de ciel plaqués sur le fond des vallées.

 

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Le sentier se fait plus sportif et aborde une zone de pierriers où des cairns édifiés par des mains amicales et solidaires  et qui défient les lois de la pesanteur nous guident dans un dédale de rochers.

 

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Nous abordons la partie la plus délicate car il nous faut franchir une paroi rocheuse sur laquelle nous devons nous transformer en crabes ou en araignée pour progresser. C’est ainsi que l’on comprend que chaque être sur cette terre aussi antipathique ou répugnante soit, pour nous,  son apparence, doit être respecté car chacun est un exemple de la merveilleuse capacité d’adaptation de la vie aux différents milieux. Trop souvent nos critères de beauté et de laideur sont guidés par l’arrogance ou l’ignorance. La belle leçon donnée à cet égard par le magnifique film E .T. est de nous montrer que des enfants sans préjugés peuvent manifester de la sympathie à des êtres que des adultes jugent effrayants.

 

 

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Nous voilà au sommet ! Oubliés le souffle court, les mollets et les cuisses « grinçantes »,  la sueur  brûlante dans les yeux, le cœur qui s’emballe et semble vouloir jaillir de la poitrine ! Quelle jouissance ineffable et indicible !

Cette jouissance vient d’abord de s’être vaincu soi même et d’avoir fait taire la petite voix qui vous sussure quand ça devient « difficile »« tu vas faire quoi là haut ? c’est aussi beau d’en bas ! Tu te crèves pour rien, même si tu vas pas au sommet personne n’en saura rien et de toute façon tout le monde s’en fout» C’est cette petite voix qui fait qu’au fur et à mesure que l’on avance dans la vie, on renonce à ses ambitions et à ses rêves ! Et puis ce n’est pas vrai que c’est aussi beau d’en bas ! La haut, on embrasse un vaste bout de terre et cette communion vous grandit, étire votre âme et votre esprit et dissout les mesquineries qui nous assaillent quand on vit à ras de terre.BOn,  je m'arrête là car je deviens grandiloquent !

 

 

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Et c'est , de surcroît, un grand bonheur de voir le dos des nuages, ces nuages dont on ne voit sur terre que le ventre et qui parfois sur nous s’oublient !

 

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Mais il nous faut redescendre pour rejoindre nos compagnes qui nous attendent au col pour des agapes montagnardes. Le spectacle des lacs rassasie de beauté nos esprits mais nos estomacs ont leurs exigences aussi .

 

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Une passerelle de bois qui tangue et danse au dessus du torrent qui jaillit d’un lac nous mène en un lieu paradisiaque  où nous posons nos sacs et étalons nos carcasses sur un lit d’herbes tendres brodé de rhododendrons.

 

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En un tel lieu, on se dit que la beauté du monde n’est pas gratuite ou fortuite, elle est l’œuvre d’une « énergie » avec laquelle notre esprit entre en résonance . La beauté nourrit et élève l’esprit et il faut plaindre ceux de nos congénères qui en sont privés parce qu'ils vivent dans des lieux infâmes.

 

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En prime nous jouissons du spectacle d’Izards qui gambadent sur le névé d’en face. Insouciants et heureux animaux protégés de  la passion destructrice des chasseurs. Pour moi celui qui prend plaisir à tuer est un homme spirituellement mort, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il tue ne supportant pas la beauté et la vie !

 

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Nous levons le camp pour lentement redescendre vers le plateau des Bouillousses. Les lacs se succèdent qui aspirent goulûment le bleu du ciel. Nous y piquons une tête et constatons que le « bleu  montagnard » au contraire du « bleu méditerranéen » est une couleur froide, mais en tant qu’adeptes des bains du 31 décembre il en faut plus pour nous dissuader.

 

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Et c’est le retour au lac des Bouillousses que le jour quitte lentement sur la pointe des pieds plongeant ses berges dans l’obscurité.Comme dit le poète « C’est l’heure exquise où il faut prendre garde à la douceur des choses » car hypnotisés par tant de beauté  nous risquerions d'y rester jusqu'à la nuit et de geler sur place à la contempler.

Fort heureusement l’attrait d’une 1664 bien fraîche qui nous attend au bar de l’auberge du Carlit nous tire de notre rêverie. Nous avons une âme, mais un gosier aussi !

 

 

PS: Je vous invite également à aller à écouter ma dernière composition "Ainsi va le monde... sur  mon blog musical OLD NUT .

 

Texte & Photos Ulysse

 

24/05/2013

Périple Pyrénéen 4ème partie : La montée au Balcon de Pineta (2500 m)


REPRISE D'ARCHIVE

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Quand on passe quelques jours dans un refuge d'altitude où l'on éteint généralement les «feux » à 22 heures, on redécouvre avec étonnement et ravissement l'intensité de la nuit. De fait, dans la plaine, les villes avec leurs lumières qui jaillissent des fenêtres, des lampadaires et des zones commerciales nous volent nos nuits. 


En montagne, on la retrouve telle que la connaissait nos ancêtres, qui n'avaient que des bougies et des lampes à huile pour s'éclairer. Elle apparaît alors de prime abord comme un gouffre prêt à nous avaler et l'on craint de s'y dissoudre, comme y disparait le monde environnant perçu dans la journée.

Puis, si l'on surmonte cette peur instinctive venue du fond des ages, à une époque ou de multiples prédateurs guettaient l'homme la nuit, sa magie opère. Peu à peu les yeux s'accoutument à l'obscurité et perçoivent, comme l'a magnifiquement célébré Victor Hugo « cette auguste clarté qui tombe des étoiles ».


De fait, le ciel alors n'apparaît plus aussi vide, la Voie Lactée tissant sur la voute céleste une immense écharpe de lumière. L'on se dit alors qu'il doit bien y avoir quelque part autour de l'une de ces myriades d'étoiles une autre terre où des randonneurs scrutent le ciel nocturne avec la même interrogation. Chaque nuit que je passe en montagne, je fais ainsi un signe de la main en direction des étoiles mais je sais qu'il faudra quelques dizaines d'années lumières avant que quelqu'un ne puisse l'apercevoir et si jamais il me répond je crains de n'être plus sur cette terre pour le voir.

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Après donc une nuit contemplative bercée par un concert de "trombones à coulisse"(merci les ronfleurs....!) nous voilà en chemin pour le Balcon de Pineta qui donne accès au cirque du même nom dominé par le Mont Perdu ( 3355m) où est niché le lac glaciaire de Marboré (2550m) soit environ 1300m de dénivelé. Après être passé devant l'impétueux torrent de la Cinca, nous nous engageons sur un chemin qui se dirige vers un gigantesque amphithéatre minéral strié par la formidable chute qui alimente le torrent.

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Les nombreuses autres chutes qui dévalent les pentes de cet amphithéatre sont alimentées par le glacier qui enrobe (pour combien de décennies encore ?) les contreforts du Mont Perdu


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Nous grimpons  les barres rocheuses qui ponctuent le parcours l'une après l'autre sans sourciller. Quand on s'est ainsi désintoxiqué de la pédale d'accélérateur, des boutons d'ascenseur et du confort des canapés et que l'on a réappris à mettre un pied devant l'autre, on est surpris du chemin que l'on peut parcourir. On n'est pas étonné que l'homme, sorti il y a fort longtemps de son berceau africain, ait en l'espace de quelques millions d'années conquis "pédibus cum jambis" les cinq continents.

 

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Ainsi ce col ou cette cîme qui apparaissait inaccessible se rapproche peu à peu et puis soudain, surpris, heureux, nos semelelles en grattent familièrement le dos !

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Les nuages nous accompagnent dans notre montée semant quelque inquiétude dans nos esprits car nous savons que le Mont Perdu tire son nom du fait qu'on le voit quasiment jamais, courtisé qu'il il est par les nuées célestes que son formidable glacier alimente.

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Mais le somptueux spectacle d'un vol de vautours fauves nous fait oublier notre inquiétude. Ces seigneurs du ciel se jouent des vents les plus violents, les domestiquent, les exploitent et dessinent de vastes arabesques dans le ciel qui les font disparaître puis revenir vers vous en un éclair. Ceux là sont à l'abri des crétins des plaines qui armés d'un fusil en substitut à leur virilité défaillante tirent sur les buses, les milans, les faucons,les aigles dont ils ne supportent pas la beauté et la grâce qui met en évidence leur médiocrité de cafard.



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Mon propos est probablement excessif car je veux croire qu'il y a des chasseurs respectueux des espèces protégées et qui n'ont pas un tempérament de" viandard", mais il est inspiré par la colère, un aigle de Bonelli, espèce rare et protégée, ayant été secouru dans ma région lors de la dernière saison de chasse après avoir été criblé de plombs

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Le chemin devient de plus en plus pentu et surplombe des abîmes. Mais quelle jouissance de vaincre la pesanteur humaine, celle qui toujours vous pousse vers la facilité et vous fait passer à coté de votre existence, la seule dont nous disposions et que nous gâchons souvent par manque de volonté en accusant trop souvent le sort contraire.

Au contraire des (défuntes ?) piles Wonder notre énergie ne s'use que si l'on ne s'en sert pas ! Plus on la sollicite plus elle se fortifie et se régénère ! Plus haut on porte son sac et moins on a besoin de Prozac. Autre bénéfice, quand on marche, on s'instruit en botanique, en géologie, en géographie, en climatologie, en histoire, en philosophie... Plutôt que de gaver nos chères têtes blondes (ou brunes ou rousses ) des tonnes d'informations livresques qu'elles s'empressent d'oublier et qui sont au demeurant disponibles sur internet, on ferait mieux de les faire randonner une journée par semaine. Ils s'instruiraient "positivement" tout en acquérant le sens de l'effort, la ténacité, l'ouverture des sens, la solidarité, le respect de la terre dont ils dépendent.


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Nous longeons une falaise en file indienne, les premiers aspirant dans leur effort ceux qui suivent. Et puis la dernière barrière rocheuse est enfin vaincue !

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Notre regard embrasse alors une partie de notre bonne vieille terre mille fois plus vaste et diverse que celle qu'on aperçoit quand nous vaquons dans les plaines à nos occupations quotidiennes. Un sentiment d'ivresse et de liberté nous envahit, nous volons d'une vallée, d'un sommet à l'autre. On est aigle ou vautour, izard ou marmotte (selon son tempérament !), on ne fait qu'un avec l'univers qui nous entoure.


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Mais soudain un rugissement nous sort de notre ravissement, nous nous retournons effrayés et apercevons le vieux lion de Pineta, abandonné dit-on par Hannibal lors de son périple vers Rome, qui nous avertit de l'arrivée de l'ennemi le plus redouté du randonneur : le brouillard ! Un poids nous tombe alors sur les épaules aussi pesant que celui qui choit à la lecture de notre relevé d'imposition sur le revenu ! Parviendrons nous à retrouver notre chemin ?

 A suivre.....si on ne s'est pas perdus ! .

 

Si vous appréciez  Eldorad'Oc je vous invite à suivre mon périple en Andalousie sur mon autre blog :

 

 




Texte & Photos Ulysse

30/04/2013

Périple Pyrénéen 2ème partie : la Hourquette de Héas (2606m) et la Brêche de Gibus

JE VOUS INVITE A SUIVRE LE RECIT DE MON PERIPLE EN ANDALOUSIE SUR MON AUTRE BLOG

 
 
PENDANT CETTE PERIODE JE POSTERAI DES NOTES TIREES DE MES ARCHIVES SUR ELDORAD'OC



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Dans un refuge on se lève généralement avant le soleil pour entreprendre l'ascension des sommets. Le problème est qu'une fois que le gaillard est levé, il grimpe beaucoup plus vite que nous et en profite pour nous brûler la couenne, sauf quand une horde de nuages installent dans le ciel leurs édredons ce qui l'incite à aller se recoucher. Au matin de notre deuxième jour, nous voilà donc sur le pied de guerre au moment où le soleil, sortant à peine de son sommeil, contemple le téton aguicheur de la Géla, cette « sommette » dominant le refuge qui en rougit de plaisir. Mais à cette heure et à cette altitude, le soleil levant n'a guère d'influence sur la température et notre guide Gibus, pourtant habitué à se baigner depuis sa plus tendre enfance dans les lacs glaciaires suisses, sort ses" oreilles de lapin", ce qui est pour nous une pressante invitation à nous vêtir chaudement.

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Nous voilà en route avec pour objectif le Pic de La Géla (2851m) en passant par la hourquette (col) de Chermantas (2439m) puis celle de Héas (2610m) soit un audacieux et long circuit avec un profil de montagnes russes, mais il en faut plus pour nous impressionner.


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Sans doute que notre détermination et notre foi quant à notre capacité non pas à soulever, mais à grimper les montagnes n'a pas laissé insensibles celles et ceux (ils sont nombreux si chaque religion dit vrai!) qui, dans les nuées, président à nos destinées, car voilà que nous est offert l'un des grands bonheurs de la haute montagne : croiser une harde d'izards ! Quand le vent est favorable et emporte loin d'eux nos bruits et nos odeurs, on peut jouir alors du fabuleux spectacle de voir les jeunes gambader à travers les pentes (les vieux, comme chez les humains, ne pensent quà se nourrir) comme s'ils n'étaient pas soumis à la loi de la pesanteur. Mais dès qu'ils nous repèrent, ils se figent comme des pierres croyant sans doute échapper à nos regards, puis s'éloignent pour maintenir une distance de sécurité correspondant dans la mémoire de l'espèce, autrefois chassée, à la portée d'un fusil.

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Il règne dans les montagnes, lorsque le temps est clément, une atmosphère de sérénité. C'est sans doute que l'aspect grandiose des sites ratatine notre égo à la dimension d'un caillou du chemin et nous incite à vivre en bonne entente avec notre prochain. Parfait exemple de cette sérénité, ce matin là, un rayon de soleil perçant les nuages éclairait deux moutons, l'un noir l'autre blanc, broutant côte à côte en totale harmonie. Cette scène m'a fait penser à la magnifique chanson interprétée en duo par Paul Mc Cartney et Stevie Wonder « Ebony & Ivory » Faut il donc inciter tous les terriens à venir vivre à la montagne pour que la paix règne enfin sur notre planète ?

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Nous franchissons bientôt la Hourquette de Chermantas et surprenons ce vieux coquet de Pic Campbieil (3173m) qui se mire dans une flaque, inquiet sans doute de vérifier que sa prestance est toujours de nature à impressionner sa voisine d'en face La Géla.

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Puis nous dirigeant vers la Hourquette de Héas, nous apercevons sur les flancs d'un massif, le minuscule fil blanc d'un troupeau de moutons sur un chemin traversant les éboulis. Ces chemins posés comme des fils d'Ariane sur les flancs des montagnes sont souvent séculaires. La plupart ont été tracés pour permettre les échanges entre vallées à l'époque ou l'homme n'avait comme moyen de transport que le cheval, l'âne et ses souliers et aussi pour les besoins de la transhumance du bétail vers les alpages à la période estivale. Ces chemins là épousent au mieux les avatars du terrain pour ménager coeurs et jambes.


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Et puis il y a les chemins qui partent à la conquête des cîmes souvent tirés au cordeau, quasi perpendiculaires aux courbes de niveau. Ceux-là vous obligent à courber l'échine, le poids du corps porté vers l'avant pour ne pas être entraîné en arrière par le poids du sac, le regard rivé sur le bout de vos chaussures. Le souffle se fait vite court, le coeur s'emballe et chaque pas implique un effort de volonté. Quand on est proche du point de rupture une voix en vous s'élève qui vous dit « oh! L'animal ça te sert à quoi de monter ? Tu vas faire quoi la haut », mais le fou qui vous habite (chacun a son fou mais souvent on l'ignore) répond « dans cet univers de marchandises où les plaisirs se vendent au supermarché, je suis un conquérant de l'inutile, je vais chercher la beauté indicible des cîmes que nul ne peut acheter. ». Et toc! que voulez vous repondre à un si beau discours, sinon grimper !

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C'est ce que nous avons fait pour atteindre la Hourquette de Héas, tirant la « bête » à hue et à dia pour arriver au sommet. Quel bonheur alors de contempler de la haut la succession des vallées et des cîmes et de respirer le grand air pendant que là bas, au loin, dans la vallée, nos malheureux congénères, transformés en fourmis, gisent ou rampent dans leurs boites métalliques et leurs cubes de béton avec pour seul horizon le tableau de bord de leur bagnole qui leur rappelle qu'il leur faut faire le plein d'essence (alors que nous la haut on fait le plein des sens, nuance !) ou la bobine de leur chef ou pire encore celles des bonimenteurs de la téloche qui les assomment de pseudo nouvelles qui seront vites remplacées le lendemain par d'autres nouvelles, seul ce qui est nouveau étant dans notre civilisation occidentale digne d'intérêt . Mais les peuples qui n'ont pas de mémoire sont condamnés à subir sans cesse les mêmes horreurs de leur histoire .

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De la haut on comprend que les montagnes sont nos réserves d'eau. Les glaciers, les névés et les montagnes elles mêmes qui sont d'énormes éponges, donnent vie à des milliers de sources, de filets d'eau qui deviennent ruisseaux, torrents, parfois ponctués de chutes et de lacs, qui tracent des fils argentés sur leurs flancs ou dessinent au creux des vallées ou sur les haut plateaux des miroirs dans lesquels se mirent les sommets, les nuages et les étoiles.


Mais hélas d'ici 2050 d'après les experts, la totalité des glaciers des Pyrénées auront disparu à cause du réchauffement climatique. Il en sera de même probablement dans les autres massifs comme la Cordillère desAndes où de nombreuses villes dépendent d'eux pour leur alimentation en eau. Ainsi à chaque fois que l'on appuie sur le « champignon » de nos bagnoles on contribue à l'accélération de la fonte des glaciers. Levons doncle pied et réapprenons à marcher si l'on ne veut pas qu'un jour la terre ne soit plus qu'un vaste désert comme la planète mars

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Notre cheminement au sommet de la Hourquette de Héas nous ayant pris plus de temps que prévu et le temps étant incertain, nous décidons sagement, après avoir remis du charbon dans la machine et dignement célébré notre ascension , de prendre le chemin du retour.


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Bien nous en pris, car nous devons faire face à mi-distance à un éboulis barrant le chemin. Ne se laissant pas impressionner par cet évènement relativement fréquent en montagne, notre ami Gibus sort son couteau suisse et, à l'exemple de notre vaillant ancêtre Roland de Roncevaux, taille une brêche dans les rochers accumulés pour nous permettre le passage. De retour au refuge, nous communiquons l'exploit à l'Institut Géographique National afin que désormais ce lieu soit indiqué sur les cartes sous le nom de Brêche de Gibus.Nous célébrons cet évènement en dégustant un jus de houblon (un brin fermenté !) tout en contemplant la nuit tomber en douceur et en silence (la nuit montagnarde a du savoir vivre) sur le lac.


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A suivre.....

Texte & Photos Ulysse

24/04/2013

Périple pyrénéen, 1ère partie : La montée au refuge de Barroude (2380m)

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Nous voilà à pied d'oeuvre, à la sortie du pittoresque village d'Aragnouet dans les Hautes Pyrénées, à 1350m d'altitude, prêts à rejoindre le refuge de Barroude niché à 2380m au pied du Pic de la Gela (2851m) au bord de deux lacs ayant le même nom que le refuge.

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Au contraire de nos paysages urbains et péri-urbains soumis aujourd'hui à un perpétuel changement, les paysages de haute montagne apparaissent, dans l'espace d'une vie d'homme, jouir de la permanence. Certes la neige vient dès l'automne les recouvrir et les torrents sont plus impétueux le printemps venu, mais ce ne sont que des modifications cosmétiques, leurs corps semblant sculptés pour l'éternité. Une seconde de notre vie est pour elles un millénaire.


Mais au cours de ces millénaires, insidieusement, sournoisement, inlassablement, le gel, le soleil, l'eau, le vent fendent, effritent, dépècent leurs masses minérales qui se délitent peu à peu en rochers qui deviennent cailloux puis sable porté par les rivières jusqu'à la mer où il forme les plage de nos côtes. Et donc, quand on se dore au soleil sur une plage de la Méditerranée, on repose sur des grains de sable issus pour l'essentiel des Alpes et des Pyrénées. Même ceux qui ne sont pas adeptes de la marche en montagne, peuvent ainsi en parcourir les anciens sommets sans se fatiguer !

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Ceux qui n'ont pas ou qui n'ont plus le goût de la marche et de l'effort, sont effrayés par la haute montagne. Ils la croient réservée aux alpinistes ou spécialistes qui, d'ailleurs, pensent-ils, finissent tous par y mourir, influencés par les medias qui font largement écho aux drames qui s'y produisent, Certes la haute montagne est un milieu difficile et sa fréquentation implique le respect. Il faut savoir que pour chaque mille mètres grimpés on remonte de 1000km vers le nord et qu'en conséquence le climat qui règne à 2500M dans les Pyrénées est celui de la Norvège. Les chutes de neige ou les averses de grêle sont à prévoir même en plein été !


Mais la bonne nouvelle est qu'avec un peu de courage et d'entraînement et doté d'un équipement adéquat la haute montagne se laisse apprivoiser. Je ne parle pas ici de certains sommets « d'opérette » fréquentés l'été par des hordes de touristes acheminés par les télécabines et télésièges et qui foulent les sommets en espadrilles et en T-shirt. Les seules montagnes qui comptent pour moi sont les montagnes vierges de toute prothèse métallique et que l'on conquiert à la force du mollet !

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La vallée de la Gela que nous remontons est une ancienne vallée glaciaire et avant d'atteindre le refuge nous franchissons d'anciennes moraines qui nous obligent à «tangoter » d'un pied sur l'autre, faisant plus cruellement sentir le poids du sac. A vrai dire, le sac est le point "névralgique" de la randonnée en haute montagne. Si vous envisagez de partir pour un circuit de plusieurs jours, il faut n'emporter que le strict nécessaire, si vous ne voulez pas être chargé comme trois baudets, à moins que vous n'ayez la constitution d'un yéti ou la résistance des sherpas du Tibet qui grimpent jusqu'au camp de base de l'Everest en tongs avec 30kg sur le dos !


Des petites astuces comme couper une partie du manche de sa brosse à dent, prendre un tube de dentifrice à moitié plein et une demi savonnette vous font gagner quelques précieux grammes. Le PQ (simple épaisseur) est toutefois un « must » ainsi que la lampe éléctrique avec dynamo incorporée (l'exctinction des feux se fait à 10h dans les refuges).


N'oubliez pas non plus les boules Kiès, sauf si vous vivez près d'une autoroute ou d'une gare de triage et que vous êtes habitués aux vibrations et vrombissements des TGV et des convois de 30 tonnes, car souvent l'appendice nasal du randonneur se transforme la nuit en trombonne à coulisse mal lubrifié. Par contre, il vous faut renoncer à votre after shave, anti-rides, vernis à ongles et autres frivolités d'homo ou de femmo sapiens urbanisé et accepter d'évoluer dans les odeurs naturelles dont le créateur, qui a mon avis devait ce jour là être enrhumé, nous a dotés.

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Nous arrivons en vue du grand lac de Barroude qui occupe le lit d'un ancien glacier et arbore des chicots de pierres qui le fait ressembler à une baie d'Along en miniature. La température de l'eau et de l'air ne sont pas toutefois en harmonie avec cette ressemblance.

 

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Posé en léger surplomb de ce lac, on découvre soudain le refuge. Quand vous venez de grimper 1000m de dénivelé avec votre barda sur le dos, ce spectacle traverse votre corps meurtri d'ondes euphorisantes et un chiffre s'inscrit en lettres givrées dans votre cerveau : 3328 ! Ce chiffre magique correspond aux deux « 1664 » que vous allez pouvoir déguster affalés sur la terrasse du refuge. La première pour vous désaltérer et le seconde pour le plaisir ( car on est sportif certes, mais ascète non !)

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Un séjour en refuge est un peu un retour à l'age heureux des cavernes où dans un espace restreint mais chaleureux on réapprend à cohabiter dans la plus intense proximité avec des congénères que l'on connaît ni d'Eve ni d'Adam. On fait table et lit (vaste planche) communs et pour se laver on a le choix entre l'unique lavabo ou le lac de montagne (la température de l'eau étant dans les deux cas la même).


Quant à satisfaire vos besoins fondamentaux d'être humain, il vous faut généralement faire la queue, parfois dans le blizzard, les « commodités » (comme l'on dit) étant parfois (comme à Barroude) fort malcommodément situées à l'extérieur. Aussi, je conseille à ceux que leur métabolisme condamnent à se lever la nuit à s'entraîner au préalable à monter et descendre dans l'obscurité des échelles de meunier et à subir des choc thermiques de moins vingt degrés sur leurs parties intimes (on peut pour cela s'exposer chaque jour 5mn nu devant la porte ouverte de son congélateur !)


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Mais ces quelques impedimenta sont gommés par le bonheur de croiser des gens de chair et d'os aussi « fous » que vous, avec lesquels on échange récits de randonnées et d'ascensions et des informations précieuses sur les difficultés et attraits des itinéraires. Je ne connais pas d'autre endroit où la parole entre inconnus se libère aussi facilement, où l'atavique sentiment de solidarité qui devait exister entre les groupes de premiers hommes affrontant un monde hostile renaît spontanément. On est à mille années lumières du monde virtuel qui envahit peu à peu les vallées ou les gens ne se parlent plus que par mobiles et courriels interposés.

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Il faut donc saluer ces aventuriers des temps modernes que sont les gardiens de refuge, ces  «phares » de la haute montagne, qui passent quatre ou cinq mois de l'année à vivre dans des conditions spartiates (parfois avec conjoint et enfant) pour nous accueillir et nous permettre de jouir des bonheurs qu'offre la randonnée en haute montagne. Ce sont pour moi des saints laiques qui contribuent au bonheur et à l'épanouissement de l'humanité en nous permettant l'accès au ciel sur la terre. Sans eux, nous ne pourrions pas contempler ces aubes qui ensanglantent les parois rocheuses, ces mers de nuages qui envahissent les vallées, ces glaciers et névés (condamnés à disparaître hélas) qui baguent d'argent les sommets, ces pics qui défient le ciel et piquent les fesses des anges et les font pleurer;


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A suivre.....

Texte & Photos Ulysse