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24/09/2009

Périple en Andorre Deuxième partie : les ports de Siguer et de Rialb

 

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Mardi matin, 1er septembre, après avoir englouti, pour les uns, œufs, bacon, saucisses, jambon, fromage et pour les autres  salades de fruits, croissants  et  petits pains au chocolat (devinez qui a mangé quoi !) nous sommes à pied d’œuvre pour partir à la conquête des ports de Siguer (2395m ) donnant vue sur le lac Bleu et de de Rialb (2508m) .

 J’aime ce terme andorran de « port » pour désigner un col . Le port  c’est l’appel du grand large, le point de départ vers de nouveaux rivages, de nouveaux horizons. Alors que le col c’est le souvenir des cravates et des gens collets montés qu’il a fallu fréquenter quand j’étais  un « actif productif » (aujourd’hui je suis devenu un inactif improductif, termes qui révèlent les valeurs de notre civilisation !). C’est d’ailleurs en passant les cols que les contrebandiers se font généralement cravatés ! Et puis nous avons aussi le terme « colleter » qui ne veut pas dire grimper un col mais se battre, se prendre par le col ! Un mot assez vulgaire en somme !

 Le mot andorran « port » connaît quant à lui une déclinaison féminine sous la forme de Portella qui signale un passage de moindre importance, comme quoi la misogynie va se nicher partout. On a de même en France, qui n’est pas en reste en matière de misogynie, le mot « colette » pour désigner un petit col (cf la colette de Rascrouset) .

 Mais  ce dernier terme a beaucoup plus d’élégance que son pendant (sans arrière pensée) masculin. D’ailleurs  Colette est aussi un prénom féminin qui prédispose apparemment aux talents de plume, ce qui paraît logique, la plume permettant de s’envoler vers les hauteurs.

 

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Nous voilà donc partis  sous un ciel mi-figue mi-raisin qui nous fait craindre le pire. Mais il en faut beaucoup plus pour nous faire renoncer à notre projet. Ceux qui nous suivent fidèlement savent, en effet, que nos parties « extérieures » ne craignent pas l’eau. Pour nos parties« intérieures » il en va différemment mais comme au contraire de nos compagnes nous marchons généralement en silence, nous ne risquons pas en cas de pluie de voir ce breuvage s’infiltrer à notre insu par nos orifices bucaux  dans nos estomacs.

 

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Soucieux de respecter le merveilleux environnement qui nous entoure, nous suivons scrupuleusement le fil d’Ariane du chemin qui slalome entre les rochers qui parsèment le vallon que nous remontons. Ces fiers sommets qui se dressent à l’horizon et qui semblent posés là pour l’éternité deviendront rocs, puis pierres puis cailloux, puis sable. Ainsi les montagnes elles mêmes sont mortelles et nos vies humaines à l’échelle de leur existence ne sont que des pointillés. Vivons, vivons  donc pleinement chaque journée !

 

 

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Les nuages soudain font grise mine et « crachinent » nous obligeant à sortir nos capes. La journée s’annonce mal mais nous ne sommes pas du genre à nous laisser impressionner par quelques nuages incontinents. Les vrais montagnards ont un point commun avec les hommes politiques français, ils ne démissionnent jamais même quand ils sont mouillés jusqu’à l’os.

 

 

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Nous parvenons près d’un abri de berger et vérifions si la porte en est ouverte au cas où les éléments viendraient à se déchaîner, ce qui peut survenir en montagne à tout moment. Combien de promeneurs inconscients sont partis en baskets et tee-shirt vers les sommets et sont morts perdus dans une tourmente de neige ou le brouillard ! En montagne, une règle fondamentale :ne jamais sortir sans son anorak et son anti-gel !

 

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Et puis aussi soudainement qu ‘elle était venue la pluie cesse et les angelots du ciel repeignent le ciel en bleu (sur cette question du sexe des anges les experts s’opposent alors qu’il est évident qu’ils sont de sexe masculin sinon le ciel de la terre serait rose !)

Nous abordons une zone d’alpages où évolue en toute liberté une horde de chevaux sauvages qui nous regardent avec condescendance. Eux qui n’ont à supporter ni selle ni cavalier sont intrigués de voir des hommes porter un tel harnachement sur le dos. Quels maîtres impitoyables leur imposent un tel fardeau doivent-ils se demander ! Comment pourraient ils comprendre que nous sommes nos propres bourreaux. La montagne c’est la volupté dans la souffrance !

 

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Nous parvenons enfin au port de Siguer. La mine réjouie de Rémi le « grand Suisse » du groupe, qui est « toujours déçu en bien », vous exprime bien mieux que ne peut le faire ma plume le bonheur que l’on éprouve à être la haut !

Celles et ceux qui ont leur cul de primate assis sur un fauteuil présidentiel, princier ou directorial s’imaginent souvent  être sur le « toît »  du monde alors qu’ils sont  dans les fossés de la foire aux vanités. Au lieu  de l’air vivifiant des cîmes, ils respirent l’haleine fétide de leurs courtisans et à l’ardente lumière solaire se substituent les néons et les flashes des papparazzi vers lesquels ils se tournent comme des lucioles.

 

 

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Mais s’ils allaient au moins une fois « la haut » et voient ce que nous y avons vu,  ils troqueraient  bien vite leur fauteuil contre une paire de godillots ! Vous allez dire que je suis un brin naïf mais je ne peux pas croire que l’on préfère l’ivresse du pouvoir à celle des cîmes . Le pouvoir est un mauvais alcool qui rend fou alors que les cîmes vous rendent sages. D’ailleurs Moïse n’est il pas monter en haut du Sinaï pour prendre note des dix commandements ! Les mauvaises langues – et il y en a – diront que ça n’a pas servi à grand chose !

 

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Une fois passé le port s’offre à nos yeux le vallon qui sert d’écrin au lac bleu, morceau de ciel tombé sur la terre

 

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Selon l’endroit d'où on le contemple, le lac révèle une infinité de nuances de bleus. Ainsi une même réalité peut elle avoir plusieurs apparences, mais chacun voit, comme l’on dit, midi à sa porte ? La vérité n’est elle pas dans la somme des points de vue ?

 

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Nos compagnes nous ayant rejoint au port nous faisons « table commune «  avant de lever de nouveau les voiles, cette fois-ci entre hommes, pour la « portella de Rialb dominée par le pic de la Font Blanca qui culmine à 2903m.

 

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Le genre féminin attribué à ce passage montagnard est trompeur car son ascension se révèle plus rude que celle du port de Siguier. Mais il est vrai qu’une femme est généralement plus difficile à conquérir qu’un homme car cela requiert de l’intelligence alors que pour conquérir un fils d’Adam il suffit d’une pomme (en vérité plutôt deux !)

 

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D‘ailleurs dans cet environnement féminin Gibus ne peut se retenir de croquer la pomme…. !

 

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Mais il nous faut redescendre pour rejoindre nos compagnes qui doivent s’impatienter (pour une fois que ce sont elles qui nous attendent !).  Derrière les montagnes qui nous font face les dieux locaux  à l’abri du regard des humains font un festin de myrtilles à la crème chantilly et celle ci submerge les sommets environnants. De fait  si les dieux prétendent que la gourmandise est un péché c’est pour mieux s’accaparer les délices que Gaïa dans sa générosité offre à ses enfants.

 

 

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Sur le chemin du retour nous croisons quelques troupeaux de vaches. L’une d’elles reluquant mes superbes grolles « salomon » me propose de les échanger contre deux de ses sabots et un bon bol de lait frais.

 

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Je prétexte que la place pour le lait est déjà prise pour décliner aimablement la proposition. A vrai dire je n’aime le lait que quand il est solide et s’appelle St nectaire, Abondance ou Reblochon !

 

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Et puis je sais qu’au bout du chemin nous attend San Miguel ! En vérité chaque randonnée n’est pour nous qu’un long pèlerinage vers ce saint vénéré des catalans !

A suivre….

PS: Je ne peux malheureusement pas répondre dans l'immédiat à vos commentaires étant parti quelques jours en Dordogne.

Texte & photos Ulysse (sauf la dernière J.M.P)