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11/04/2013

Le cercle des poètes disparus

 

JE VOUS INVITE A SUIVRE LE RECIT DE MON PERIPLE EN ANDALOUSIE SUR MON AUTRE BLOG

 
 
PENDANT CETTE PERIODE JE POSTERAI DES NOTES TIREES DE MES ARCHIVES SUR

ELDORAD'OC
 
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Si vous avez vu le film « Le cercle des poètes disparus » (sorti en 1989) vous n’avez certainement pas oublié ce magnifique et surprenant professeur de lettres anglaises, John Keating, joué par Robin Williams. Cet enseignant de la prestigieuse et austère académie de Weston, ignorant le conformisme qui imprègne l’institution, encourage Todd Anderson, un élève timide et ses amis à refuser l’ordre établi et à ne pas sacrifier sa vie dans une quête vaine du pouvoir et de l’argent. Il leur fait ainsi découvrir les richesses de la poésie et bouleverse leur vie en leur faisant cette profession de foi :

« On ne lit pas et on n’écrit pas de la poésie parce que ça fait joli. Nous lisons et nous écrivons de la poésie parce que nous faisons partie de la race humaine  et que cette même race foisonne de passions. La médecine, la loi, le commerce et l’industrie sont de nobles occupations, et nécessaires pour la survie de l’humanité. Mais la poésie, la beauté et le dépassement de soi, l’amour : c’est tout ce pour quoi nous vivons. Écoutez ce que dit Whitman : « Ô moi ! Ô vie !... Ces questions qui me hantent, ces cortèges sans fin d’incrédules, ces villes peuplées de fous. Quoi de bon parmi tout cela ? Ô moi ! Ô vie ! ». Réponse : que tu es ici, que la vie existe. Que le spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime.... Quelle sera votre rime ? »

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Ainsi au cours de ma vie, j’ai eu, sans doute comme beaucoup d’entre vous, des activités professionnelles de nature plutôt « alimentaires » mais je n’ai jamais perdu de vue mes amis les poètes, dont les recueils écornés trônent en bonne place sur mes étagères. J’y reviens sans cesse car ils sont le contrepoint et l’antidote à un monde plus préoccupé par la réussite matérielle que par l’acquisition d’une certaine sérénité qui vous permet d’affronter les difficultés et les aléas de l’existence.

La poésie donne à ma vie et à mes humeurs la densité et la constance des arbres, nos maîtres en matière d’existence et de rayonnement vital. Voilà des êtres condamnés à l’immobilité qui dans leur frondaison abritent une myriade d’autres êtres, refuges et foyers d’une vie foisonnante et souvent discrète.

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Aussi imaginez quel fut mon bonheur quand j’ai récemment découvert qu’en un endroit du massif du Caroux que je tiendrai secret, sous le couvert d’arbres séculaires, les poètes disparus se rencontrent chaque nuit du 10 novembre, date anniversaire de la mort d’Arthur Rimbaud, et s’assoient en cercle pour déclamer à haute voix leurs poèmes.

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L’un des arbres qui les abritent connaît par cœur leurs oeuvres et lorsqu’un poète a un trou de mémoire (certains d’entre eux, tels François Villon ou Ronsard ont un age plus que respectable ) il leur souffle de sa voix tonitruante les vers qu’ils ont oubliés. Certains chasseurs qui sont passés par hasard dans les parages et les ont entendus prétendent qu’il s’agit du brâme des cerfs ou du grincement de vieux arbres agités par le vent ; mais que peut comprendre à la poésie quelqu’un qui a pour passion d’enlever la vie ?

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Le lieu qu’ils ont choisi est l’un des plus sauvages et des plus beaux du Caroux. Les pierres qui bordent le chemin qui y mène nous parlent d’éternité et sont les sœurs des poètes. Ceux ci sont également immortels, même quand on les assassine comme Fédérico Garcia Lorca ou Robert Desnos, car comme l’a écrit Aragon :


Contre le chant majeur, la balle que peut elle,
Sauf contre les chanteurs que peuvent les fusils,
La terre ne reprend que cette chair mortelle,
Mais non la poésie…
.

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Un chemin en part qui monte vers les cîmes sur lesquelles les poètes déambulent après leur réunion nocturne. En tendant son oreille dans le vent on entend de nouveau Aragon qui susurre :


Je vois sans yeux, je suis une clameur sans bouche,
Je suis le phare obscur que l’on appelle pensée,
J’ai fait de mon désir une force insensée,
Le mystère à mes pieds terre à terre se couche….


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Mais vous vous demanderez probablement comment nous avons découvert que ce lieu était hanté par les poètes disparus ? Et bien, c’est un vieux mouflon qui, nous entendant chanter « Mon dieu que la montagne est belle de Jean Ferrat.. » et voyant donc en nous des amoureux de la poésie, nous en a fait la confidence.

Nos voix et nos conduites avenantes l'ont agréablement surpris lui qui est plutôt habitué aux coups de fusil des chasseurs (les seuls à parfois s’aventurer en ces lieux) et à leurs borborygmes (les jurons impliquent un minimum d’instruction) qu’ils profèrent quand par maladresse (ou par chance !) ils se tirent dans les pieds ou dans les fesses, ce qui vaut mieux que dans celles des autres. Aussi a-t-il volontiers fraternisé avec nous .

 

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Soudain le chemin débouche sur une ruine et l’on croit entendre une course affolée dans les sous-bois . Aurait on surpris un poète assoupi dans sa rêverie ? Il faut dire que l’endroit est propice à la méditation.

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Une magnifique toile d’araignée qui, à défaut de proie, a piégé les rayons du soleil témoigne de la tranquillité des lieux

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Après nous y être reposés un instant espérant sans trop y croire au retour du poète enfui, nous reprenons nos pérégrinations dans cet univers minéral et végétal dont l’inexorable dissolution nous chuchote que les secondes sont sournoisement à l’œuvre au cœur de nos cellules et qu’un jour nos yeux seront de nouveau des pierres et retourneront à la nuit. Comme dit le poète « Nous serons arrêtés comme un train dans un tunnel de suie » (Aragon)

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Mais en attendant cet instant funeste (ou qui sait heureux ?) jouissons des nourritures, plaisirs et breuvages terrestres y compris l’eau mais seulement pour s’y baigner quand elle prend la forme d’une délicieuse vasque alimentée par une fraîche cascade.

 

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Revigorés par cette baignade où ne manquaient que les nymphes (mais sans doute préfèrent elles la compagnie des poètes) nous reprenons notre route et passons près d’une masure dont la fenêtre ouverte à tous les vents depuis fort longtemps nous offre une vue imprenable sur le roc Fourcat.

 

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Puis nous plongeons dans le sous-bois où nous croisons un loup de belle envergure qui nous hurle sa rage contre nos hypocrites congénères, défenseurs des moutons pour mieux en faire des côtelettes, accusant lui le loup ou son frère l’ours, de crimes commis par de vulgaires chiens errants, pour toucher de grasses subventions.

Si notre monde prend le parti des soi disants défenseurs de moutons contre le loup et l’ours nous deviendrons nous mêmes moutons et un jour un berger prétendant assurer notre sécurité nous parquera pour mieux nous tondre et nous passer à la broche. N’entendez vous pas déjà les bêlements qui emplissent les plateaux de télé ?

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Le ruisseau d’Héric que traverse notre chemin nous offre une dernière halte rafraîchissante et nous quittons à regret le pays où déambulent en secret les poètes disparus……Me reviennent alors en mémoire ces vers de Pablo Néruda (Chant général) :


« Je vois près de l’eau une rose, une petite coupe
Aux paupières vermeilles,
Un son aérien la maintient dans l’espace :
Une clarté de feuilles vertes touche les sources
Et transfigure la forêt avec des êtres solitaires,
Des êtres aux pieds transparents :
L’air n’est plus que vêtures claires
Et l’arbre instaure sa grandeur dans le sommeil. »


PS : je vous invite à signer la pétition visant à amener les autorités européennes à prendre les mesures pour protéger nos agriculteurs de la volonté de la société américaine  Monsanto de breveter les semences de  fruits et légumes en vue de les contraindre à les acheter chaque année. Cliquez ICI.



Texte & photos Ulysse (sauf citations de poètes)