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04/06/2009

Il faisait un temps de salamandre (fin)

 

 

 

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Lorsque nous repartons, le brouillard est toujours présent, la chaleur de notre feu n'ayant pas

réussi à le dissiper. Un arbre griffe le ciel de ses branches pour tenter de déchirer la couverture

de nuages et libérer les rayons du soleil qu'il attend désespérément pour faire éclore sa

frondaison d'été. Sans feuillage aucun oiseau ne vient s'y réfugier et les longs mois de solitude

qu'il doit affronter l'hiver commencent à lui peser.

 

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Soudain au détour du chemin nous apercevons un Septimanien (ancêtre des Héraultais) perdu

dans ses rêves. Nous sommes à la fois ravis et surpris car ils sont supposés avoir disparus

depuis 8000ans. Mais dans les forêts denses qui couvrent une partie de la montagne de Rosis

et qui sont aujourd'hui désertées subsistent de nombreux êtres légendaires que seuls les

randonneurs aventureux (d'aucuns diraient un peu barjo) qui ne craignent ni le froid ni la pluie

ont des chances de rencontrer.


Nous laissons le Septimanien, qui n'a pas remarqué notre présence, à ses rêves sans doute

peuplés de plantureuses septimaniennes en tenue d'Eve et de civets de sangliers (les rêves

de l'héraultais d'aujourd'hui-dont je suis- ne sont guère différents)

 

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Un peu plus loin, une autre rencontre émouvante nous attend : une mouflonne et son petit broutent

l'herbe d'une clairière, bucolique spectacle qui attendrit nos coeurs endurcis . Grâce au brouillard

et à notre discrétion , ils ne nous ont pas décelés et poursuivent leur collation.

 

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Mais soudain notre odeur leur parvient (malgré Sanex qui soi disant assure une protection

24H sur 24 ! Ah la publicité mensongère!) et les voilà qui se sauvent, triste manifestation

de la terreur que l'homme inspire au règne animal.


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Nous approchons du portail de Roquendouire (curiosié géologique dont je vous ai maintes fois

parlé) sur lequel sont perchés des animaux fantasmagoriques qui profitent du brouillard pour

sortir de leurs caches dans lesquelles ils se terrent habituellement.

 

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Le brouillard est si dense que nous ne trouvons pas le chemin du retour et nous devons graisser

la patte et rafraîchir le gosier du vieux et grincheux gardien du Portail pour qu'il veuille bien

nous l'indiquer.

 

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En perdant de l'altitude, le brouillard s'estompe un peu et nous pressons le pas, la bruine qui

tombe commençant à nous transformer en éponges.

 

 

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Nous retrouvons le couvert des chataigneraies où nous longeons d'antiques séchoirs à chataignes

appelés « clèdes » Ce nom vient de l'occitan « cleda » qui désigne la claie ou plancher à claire

voie sur lequel on déposait les châtaignes fraîches pour les sécher au moyen d'un feu sans flamme

que l'on entretenait au rez de chaussée.


Quand les « blanchettes » (chataignes fraîches) étaient déshydratées on les débarassaient de

leurs peaux et elles étaient conservées pour préparer pendant l'hiver la soupe de châtaignes,

la « bajhana »

 

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Les chataigneraies de la montagne de Rosis ne sont plus exploitées et les Septimaniens, Ourgas,

Lutins, Elfes, et autres êtres légendaires se nourissent des châtaignes délaissées par les hommes.

Mais peut être qu'un jour les hommes y reviendront, quand, à force de pesticides herbicides et

autres saloperies vendues à prix d'or par les grands groupes chimiques, leurs champs seront

devenus stériles.

 

 

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Il nous reste un dernier ruisseau à franchir pour rejoindre nos canassons à vapeur. Si le temps

avait été plus clément, il est certain que nous y aurons fait trempette, seul usage de l'eau

que j'apprécie !


FIN


Texte et photos Ulysse

01/06/2009

Il faisait un temps de salamandre......(1ère partie)

 

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Dans le nord, quand il pleut, les gens disent qu'il fait un temps de cochon, mais dans le pays d'Oc, où

les cochons ne sont pas courants (du moins ceux du genre animal, car pour ceux du genre humain, c'est

différent !),  on dit qu'il fait un temps de salamandre. En effet, cet amphibien ne sort pour chasser

que la nuit venue ou les jours où il pleut .



Aussi l'autre matin, alors que la ligne des monts des hauts cantons affichait une mine sombre , nous

nous sommes dits, mon ami Gibus et moi, que nous irions traquer cet animal légendaire sur les pentes

de la montagne de Rosis.



Abandonnant notre carosse dans le village de Cours le Haut (au dessus de Compeyre) nous empruntons un

chemin remontant le ruisseau du Banissou. Les murs dressés par les anciens se sont par endroits effondrés

et les arbres séculaires s'accrochent désespérément au sol de leurs racines titanesques pour ne pas dévaler

la pente. Combien de temps tiendront ils encore ainsi ? Quand donc les hommes comprendront ils que leur

indifférence par rapport à la nature met en péril leur existence ? A quand l'institution d'un délit pour non a

ssistance à arbre en danger ?

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Le chemin croise le Banissou qui court joyeux et volubile à travers la forêt, heureux de ce printemps pluvieux.

Les arbres et plantes se gavent de son eau fraîche dans la perspective de la sécheresse de l'été à venir....

si jamais il vient !


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Les araignées quant à elles sont moins ravies de ce printemps humide qui transforment leurs toiles en

sapins de noël.

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Soudain, pour notre plus grand bonheur (Gibus et moi, vous l'aviez deviné, sommes de grands enfants) une

salamandre traverse notre chemin d'un pas de sénateur (c'est l'un des animaux les plus lents avec le paresseux....

les sénateurs ont quant à eux l'excuse de l'age....bien qu'ils trouvent le moyen de galoper quand il s'agit

d'aller à leur restaurant quatre étoiles).



Il est rare de voir cet animal, objet de tant de légendes. Au moyen age sa forme de mini dragon le faisait

redouter; on pensait qu'il pouvait traverser le feu sans se brûler et voire même l'éteindre. Cette croyance

vient sans doute du fait qu'il est recouvert d'une substance laiteuse qui le protège un moment de la chaleur

et surtout qui brûle les doigts si on la touche. Cette substance peut intoxiquer voire tuer les mammifères

qui voudraient en faire leur repas (voir l'excellent site fait par Gaëlle, Mickaël, Steve et Théo de l'école de

Voissant 38620 consacré à cet animal)

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Quittant un instant les sous bois nous grimpons à travers le brouillard jusqu'aux Tourelles (1012m) sommet de

la Montagne de Rosis. Par moments nous troublons la quiétude des mouflons qui paissent paisiblement sur

les bords de la piste et s'enfuient, ombres fantomatiques effrayées par l'odeur de l'homme, ce prédateur

impitoyable, le seul à jouir de la mort infligée aux autres espèces.

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Puis nous regagnons le sous bois pour dévaler vers le hameau de Caissenols. Profitant du brouillard, un hêtre

majestueux déploie ses branches vigoureuses pour caresser une belle hêtresse qui ne semble pas s'offusquer

de la manoeuvre de l'impudent.

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Le soleil en embuscade au dessus du brouillard diffuse une lumière laiteuse et humide qui se teinte de vert

en glissant sur le feuillage des arbres.

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La peur nous saisit de rouiller, voire de nous dissoudre et de disparaître dans cette athmosphère saturée d'eau,

et nous ingurgitons vite une gorgée de café brûlant arrosé de quelques gouttes "d'âme de la vigne", antirouille

efficace contre le brouillard et la pluie.

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Mais bientôt nous franchissons le pont traversant le Casselouvre, dont le lit encombré de pierres moussues

témoigne de son caractère tranquille. Les ruisseaux héraultais ne sont pas tous aussi placides.

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Les ruines du hameau de Caissenols émergent enfin du brouillard, promesse d'une halte auprès d'un bon

feu qui nous mettra définitivement à l'abri de la rouille ....

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A suivre.....

Texte et photos Ulysse