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08/07/2018

Périple dans les Causses (Fin) : à travers le Causse Méjean, de Nîmes le Vieux aux Gorges du Tarn

 

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Après une nouvelle soirée festive et une nuit « « ronflative » à l’excellentissime Hôtel-Restaurant de la Jonte, nous reprenons nos montures dont le modèle trahit l’ancienneté de leurs propriétaires. Leurs pistons et soupapes sont à peu près dans le même état que les nôtres, mais l’essentiel est que dans nos poumons souffle encore le vent de l’aventure.

 

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Je vous ai rappelé dans mon précédent article que les Causses étaient un vaste plateau sédimentaire créé par une ancienne mer et soulevé lors de la naissance des Pyrénées. Quelques Sirènes de cette époque lointaine ont survécu, dont l’une tente vainement de nous séduire, mais seuls les flots qui sortent d’un flacon de nectar sont propices à nous faire divaguer !

 

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Nous nous dirigeons vers le chaos rocheux de Nîmes le Vieux et traversons une zone de champs et de prairies parcimonieusement arborés qui enchante nos yeux et nos âmes.

 

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Par endroits, le sol caillouteux et moins fertile est colonisé par un tapis de fleurettes jaunes qui apportent une touche de douceur dans ce paysage austère et envoûtant.

 

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Ces espaces, qui créent un sentiment d’infini, ont de tous temps fasciné les hommes qui y ont laissé des traces de leur présence comme ce menhir, doigt de pierre levé vers le ciel comme une interrogation adressée au Grand Manitou, créateur de cette munificence.

 

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Plus récemment, les hommes y ont édifié également des fermes dont les pierres des murs et les lauzes des toits extraites de notre Terre mère se patinent avec le temps et se couvrent de mousses et lichens. Ainsi ces bâtisses nous donnent –elles le sentiment d’être vivantes et de couver en leur sein des vies humaines dont leurs murs gardent le souvenir.

 

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Au milieu d’un champ, se dresse un arbre solitaire. Son existence m’intrigue. Pour quelle raison a-t-il survécu ? Sa ténacité à vivre a-t-elle ému les hommes qui l’ont ainsi épargné ? Il faut aimer sans réserve les arbres qui ont permis à la vie de naître et de se développer.

 

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Nous voici dans le chaos rocheux de Nîmes le Vieux, ainsi nommé en 1908 par son découvreur Paul Arnal, par analogie avec le site similaire de Montpellier le Vieux découvert 25 ans plus tôt par E.A. Martel. Si ce dernier site est plus impressionnant, Nîmes le Vieux présente l’avantage d’être libre d’accès et d’être beaucoup moins fréquenté, ce qui en préserve l’aspect sauvage.

 

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Ces chaos font effectivement penser à des cités fortifiées en ruines que seul traverse le vent.

 

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L’on y fait d’étonnantes rencontres comme ce dromadaire esseulé qui semble attendre son chamelier.

 

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Il est difficile de concevoir le temps qu’il a fallut au vent, au gel, à la pluie pour sculpter ces chaos, alors que durant notre vie d’homme, seuls quelques grains de matière auront été dissous. Certains rochers sont dans un équilibre précaire qu’une prochaine pluie, un prochain coup de gel pourrait soudainement rompre. Même les montagnes et les rochers ne sont pas éternels.

 

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Ainsi ces endroits sont propices à la marche méditative et à la prise de conscience de la brièveté et de la fragilité de nos existences. Jouissons de chaque jour qui passe et ne gaspillons pas notre énergie dans des billevesées ou de stériles querelles. Et surtout n’oublions jamais un flacon (voire deux) de nectar « bacchusien » quand nous partons en randonnée, seul breuvage qui, l’heure de la sieste venue, nous ouvre les portes de l’Olympe !

 

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Le causse Méjean présente au sud une cassure qui permet d’embrasser du regard la ligne bleue des Cévennes.

 

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Quelle diversité, quelle beauté dans le camaïeu de verts qu’offrent les différentes formes de végétation qui recouvrent en ce lieu l’épiderme de Gaïa, notre belle planète.

 

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Nous achevons notre périple en nous dirigeant vers la rive nord du causse qui domine les gorges du Tarn, tout d’abord au lieu dit du Roc de Rieisse…

 

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…puis de celui du Roc des Hourtous.

 

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Et là, de nouveau, nous sommes émerveillés de ce que peut, avec le temps, accomplir une modeste et paisible rivière. Avec le temps, nous aussi nous pouvons si nous le voulons déplacer des montagnes ! A vos pelles !

 

 

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Trois nouvelles dont "Tu es l'obscur objet de mon désir"

sont postées sur les plateformes musicales

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la dernière étant "Léo, là haut ! "

Vous pouvez aussi les écouter classées par album sur mon blog

OLD NUT WIX

(intégralité des chansons - sauf les 2 derniers albums - classées par album)

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Texte & photos Ulysse

  

01/11/2007

Albi, ce diamant rose sur le doigt bleu du Tarn....

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Celles et ceux qui lisent régulièrement mon blog savent que les monuments du passé, en particulier les égises et les chateaux, m'inspirent des sentiments ambivalents. D'un coté j'admire le génie des hommes qui ont su bâtir des édifices impressionnants par leur ampleur ou leur audace et qui, souvent, sont un défi aux lois de la pesanteur. D'un autre coté, je ne peux m'empêcher de songer à la société profondément inique dans laquelle ils ont souvent vu le jour, une minorité de privilégiés exploitant sans merci le reste de la population.

Certes les chateaux protégeaient aussi bien le peuple que les seigneurs et les chapelles comme les églises étaient librement fréquentées par toutes les classes sociales (avec toutefois un cloisonnement très strict). Mais que d'injustices, que d'humiliations, que de souffrance ont accompagné l'édification de ces édifices.

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Ainsi en est il des superbes monuments qui ornent la ville d'Albi, cette ville rose qui doit sa couleur à l'argile charriée par le Tarn et qui a servi de matière première pour la fabrication des briques dont ils sont constitués.

Allons tout d'abord à la découverte du plus célèbre d'entre eux, la Cathédrale Saint Cécile, en cheminant dans les ruelles qui sinuent comme des veines dans le coeur de briques de la vielle ville.

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Son formidable clocher donjon s'impose bientôt à notre vue au dessus des toîts des maisons, ressemblant à une fusée saturne V prête à partir pour les étoiles, fausse promesse d'un accès au paradis.

Mais la voilà bientôt qui se révèle dans toute sa magnificence, véritable forteresse sise au coeur de la vieille ville.

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Pourquoi une telle allure si guerrière et si arrogante dans cette ville où le climat et la beauté des lieux incite plutôt à la douceur de vivre. Et bien tout simplement parce que cette église est née d'un crime contre l'humanité !

Rappelons en effet qu'Albi au début du XIIIème siècle fut la première à accueillir les adeptes de la doctrine Cathare, d'où le nom qui leur fut donné d'Albigeois (voir mes notes du mois de mai sur le sujet).
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L'église bousculée dans ses pouvoirs et ses privilèges poussa la couronne de France a lancer une croisade meutrière qui vint à bout de cette « hérésie » qui s'acheva sur le bucher de Montségur.

Pour célébrer sa sinistre « victoire » et illustrer la toute puissance de l'église catholique les évêques de la ville vont édifier en deux siècles, à partir de 1282, cette cathédrale aux dimensions extraordinaires, qui sera encore rehaussée au XIXème siècle.

Si l'extérieur de l'édifice relève de l'architecture militaire, la nef bénéficie d'une décoration flamboyante que personnellement je n'apprécie guère. Ell est dotée d'une somptueuse galerie (jubé) magnifiquement décorée qui était reservée au clergé et qui illustre parfaitement les privilèges et la richesse dont ils jouissaient alors.

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Deux autres éléments de décoration à mon avis justifient la visite : une statue de Sainte Cécile (martyre du Vème siècle dont Albi possède des reliques) vêtue comme une gitane et qui semble endormie. Jamais je n'ai contemplée une sainte aussi séduisante et sensuelle. J'avoue que si l'église de mon village hébergeait une telle sainte je m'y rendrai un peu plus souvent .

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Des femmes figurent aussi dans le second élément de décoration mais, celles là, on n'a guère envie de les rejoindre ! Car elles sont en train de rotir en compagnie de leurs amants dans un chaudron de l'enfer, sous l'oeil jouissif d'un diablotin. Cette scène figure dans l'extraordinaire peinture murale du Xvème siècle dénommé « le jugement dernier » qui orne l'une des parois. C'est ainsi que l'église catholique assurait son ascendant sur les esprits en leur promettant l'enfer s'ils ne respectaient pas les dix commandements, dont la hiérarchie catholique s'affranchissait au demeurant allègrement !

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Jouxtant la cathédrale se dresse l'imposant palais de la Berbie (qui vient de l'occitan bisbia qui veut dire évêché) ancienn résidence des évêques. L'importance de la batisse ainsi que les magnifiques jardins qui l'entourent en surplomb du Tarn témoignent du fastueux train de vie de la hiérarchie catholique qui, sans vergogne, prêchait pourtant à ses ouailles de mener une vie d'abstinence et de sacrifices.

Il a trouvé aujourd'hui une vocation qui ne dépare pas avec la vie de luxure que menait ces évêques, puisqu'il abrite les oeuvres de Toulouse Lautrec, le peintre de la dépravation et de la déchéance de la bourgeoisie parisienne à la fin du XIXème siècle

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La ville « profane » mérite aussi une longue visite. Quel bonheur de déambuler dans ces ruelles inchangées depuis le moyen age où de vénérables portes ont vu passer des dizaines de générations de marchands, d'artisans, d'ouvriers.
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De magnifiques hotels privés et de superbes demeures ornent la vieille ville. Albi doit sa richesse passée à une plante « le pastel » qui était très recherchée pour teindre les textiles, juqu'à ce que l'indigo soit découvert en Inde et provoque la faillitte des fabricants et marchands qui en vivaient.

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Il faut également impérativement se rendre sur la rive droite du Tarn dont les maisons se mirent dans les eaux limpides du fleuve.

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On emprunte tout d'abord le magnifique Pont Vieux long de 151m, l'un des plus vieux ponts de France construit en l'an 1035 !

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On passe devant les anciens moulins albigeois qui abritent aujourd'hui le musée Lapérouse, cet explorateur-navigateur hors pair qui mourut dans le naufrage de son bateau l'Astrolabe sur les récifs d'une ile du pacifique, vanikoro, en1788fca0860f8ae489912bf1ef6818b61ac8.jpg
Et on revient par le Pont Neuf construit au XIXème siècle qui l'emporte à peine en taille sur son ancêtre millénaire.

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Mais il nous faut quitter cette ville envoûtante, ce diamant rose posé par les hommes sur le doigt bleu du Tarn, dont le charme se retrouve dans le sourire de cet éphèbe qui orne les jardins de la Berbie et qui nous invite à y revenir tant il y a encore de merveilles à découvrir.

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Texte & photos Ulysse