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18/05/2012

Et si on allait à Vernet ?

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Fatigués du ronron de leur vie quotidienne, certains se disent soudain : « Tiens, si on allait à Paris, à Venise ou à New-york pour se changer les idées ! ». Et bien pour ce qui nous concerne, moi et mes amis randonneurs, qui avions l’autre jour envie de prendre l’air, nous nous sommes dit : « Et si on allait à Vernet ! ». Comment ? Vous ne connaissez pas Vernet ?  Et bien, n’en soyez pas marris, car nous ne connaissions pas non plus cet endroit avant que l’on ne découvre son nom inscrit sur la carte IGN, à mi-pente du Suquet, l’un des monts du massif du Caroux.

Il faut  dire que votre ignorance – comme la nôtre – est excusable, vu que Vernet n’est qu’un  hameau de quelques maisons qui dépend de la modeste commune de Combes, dont la renommée est toutefois plus grande, car elle comporte une célèbre Auberge où l’on peut festoyer à prix modéré (je l’ai testée et vous la recommande).

Mais pourquoi, direz vous, vouloir aller dans un hameau ignoré de tous ? Ca n’impressionne personne de dire « Tiens, je reviens de Vernet ! » alors que si vous dîtes « Tiens, je reviens de L.A. (prononcez El AI) ou de Miami (dites MA-ÏA-MI) vos propos suscitent des regards d’envie !  Par contre, évitez de déclarer que vous revenez de Shangaï, car les gens en ont marre des chaussettes à deux balles qui viennent de là bas, qui se trouent quand on les enfile ainsi que du thé chinois aux pesticides !

Mais pour en revenir au motif de notre visite à Vernet, c’est tout simplement que nous aimons ces villages isolés perdus dans les montagnes. C’est  une façon de nous ressourcer et de nous rappeler que de nombreuses générations d’hommes (et bien évidemment leurs compagnes !) ont vécu ici heureux malgré le confort rudimentaire, entourés de la nature et imprégnés de sa grandeur et de sa beauté. Les visiter c’est  rendre hommage à cet héritage qui pourra peut être un jour servir aux générations qui nous suivront. Car qui sait où va notre monde « hypertechnicisé » si indifférent à l’état de notre planète?

Pour accéder au hameau de Vernet nous partons, comme pour notre dernière rando (voir la note précédente),  du pied des gorges de Madale  dominées par le hameau du Madalet que l’on aperçoit sur un éperon rocheux surplombant une magnifique oliveraie.

 

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Comme à l’habitude, Gibus prend la tête de la troupe, vu qu’il est le plus apte à « flairer » les chemins, notamment quand ils disparaissent, comme ici, sous un tapis de feuilles de châtaigniers. C’est à croire que ces arbres, autrefois choyés des hommes pour leurs fruits nourriciers, mais aujourd’hui abandonnés et malades, se vengent  de leur indifférence en ensevelissant les sentiers sous leurs feuilles mortes.

 

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Le chemin nous mène au bord  des gorges de Madale qui semblent à nos yeux inchangées par rapport à la semaine passée. Mais pourtant un lent et inexorable travail de sape est à l’œuvre qui, micron par micron, grignote ces falaises et les réduira à néant un jour fort lointain, où nous n’aurons ni les uns ni les autres, plus mal aux dents.

 

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 Gibus apercevant un superbe plongeoir  est un instant tenté de piquer une tête dans le Madale qui coule en contrebas. Mais le niveau de l’eau étant un peu bas, en raison de la sécheresse qui sévit dans la région, il y renonce. Est ce la manifestation des prémisses d’un début de vieillissement ?

 

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Nous nous remettons en route en  marchant sur la pointe des pieds et en retenant notre souffle pour ne pas ébranler les chaos rocheux instables qui bordent le chemin. Bien qu’animés d’un profond sens civique nous ne tenons pas plus que ça à contribuer de façon précipitée à la réduction du déficit du régime des caisses de retraite.

 

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Parvenus à la maisonnette, que je vous ai fait découvrir la semaine passée (voir la note précédente), nous nous y arrêtons pour la pause pique-nique suivie, immanquablement de la  sieste,  du moins pour les éléments mâles de la troupe (nous avons l’excuse de porter les gros sacs !).  Il n’y a guère sur cette terre de plus grand bonheur que celui de s’allonger sur un tapis de feuilles mortes par une température  extérieure de 25°.  Surtout quand il a été précédé d’agapes languedociennes sous le bienveillant patronage de Bacchus !

 

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Pendant que nous rêvons dans les bras de Neith (de préférence à ceux de Morphée qui est de sexe masculin, car nous sommes un peu « vieux jeu ») nos épouses retrouvent leur adolescence en faisant de la balançoire !  Cinquante ans plus tôt nous n’aurions pas fait la sieste et nous les aurions entourées avec empressement pour nous livrer, comme le chante le délicieux Alain Souchon,  à «  ce jeu de dupes, voir sous les jupes des filles » ! Les adolescents d’aujourd’hui n’ont pas cette chance car  toutes les jeunes filles sont en « Jeans » !

  

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Puis nous reprenons notre périple en nous dirigeant, cette fois ci, vers la forêt des Ecrivains Combattants, dont les allées comportent des stèles où sont inscrits les noms d’hommes et de femmes de lettres morts pendant les deux guerres mondiales. En ces lieux la peau plissée et rugueuse de Gaïa révèle son age vénérable.  Espérons qu’elle tiendra le coup encore quelques siècles malgré les avanies qu’on lui fait subir.

 

 

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Pourtant, à ceux qui la  respectent, notre planète offre de grands bonheurs : ses eaux vives, son air des cimes pétillant comme du champagne, les ombres fraîches et odorantes  de ses chevelures d’arbres. Et, privilège ultime, à  ceux là, elle donne aussi  parfois  à voir son cœur qui bat dans chaque brin d’herbe, dans chaque arbre comme ici sur l’écorce  d’un vieux châtaignier !

 

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Ou également sur l’écorce de cet autre dont la substance retourne peu à peu à la terre nourricière en vue d’une nouvelle existence. De les contempler nous rappelle que chacun de nous n’est qu’une tête d’épingle de poussières d’étoiles qui, dans le cycle continu des morts et des naissances,  se transforme à l’infini.

 

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Les blessures causées au corps de notre planète nous révèlent d’ailleurs sa jeunesse tumultueuse. L’homme n’a pas finit d’être chahuté dans son étonnant vaisseau spatial et il ferait bien de s’y préparer!

 

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Après une heure de tranquille descente, qui nous change des péripéties de la semaine passée, nous arrivons au hameau du Vernet, véritable joyau de pierres. Non pas de ces pierres précieuses que l’on enferme dans les coffres forts et pour lesquelles les hommes parfois s’entretuent, mais de ces pierres protectrices qui ont sauvé, à l’aube de son existence, l’homme de ses prédateurs et plus récemment  les trois petits cochons du grand méchant loup !

 

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Les portes de certaines maisons, rapiécées de toutes parts, sont aussi vieilles que les murs. Elles sont encore imprégnées des voix des hommes qui ont habité là et murmurent quand on les frappe du doigt « Qui est là ? ».

 

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A voir leur hauteur, on comprend que les bâtisseurs de ces maisons étaient courbés par le dur  labeur des champs. Ils ne levaient la tête que quelques belles nuits d’été pour contempler les étoiles, merveilleux spectacle aujourd’hui passé de mode !

 

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Les  abris qu’ils avaient construits dans la montagne de façon plus sommaire  n’ont pas résisté aux intempéries et à l’exubérance de la forêt, mais le mariage du monde minéral et végétal confère à leur décrépitude une radieuse beauté.

 

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Mais voici que s’achève notre périple. Vraiment nous sommes heureux d’avoir été à Vernet ! C’est bien plus enrichissant et gratifiant que de revenir de New-York !

 

PS : Je vous invite à suivre la suite de mon périple en Egypte : « A travers les déserts de l’Ouest » sur mon blog PIQUESEL

 

 

Texte & Photos Ulysse (sauf une M. Buffler)


18:46 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (37) | Tags : vernet, madale, caroux, souchon