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03/02/2010

Sur le chemin des verriers,

 

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Le Causse de l’Hortus , où je vous emmène aujourd’hui, s’étend face au Pic Saint Loup qui ressemble, de cet endroit, à la chevelure d’une géante couchée sur la ligne d’horizon. Mais sait-on jamais ! peut être que la géante est bien réelle et pour le vérifier je m’enhardirai un jour à aller la chatouiller !

Mais pour le moment laissons la dormir et partons à travers la garrigue de chênes verts, de chênes blancs, de pins d’Alep et de genévriers oxycèdres, qui recouvre le causse, pour suivre le chemin des verriers, tracé il y a plus de sept cents ans .

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C’est, en effet, aux alentours de 1280 que des verreries s’installent sur le Causse alors couvert de bois qui leur fournit le combustible nécessaire.

Tout d’abord libre, l’activité de verrier va être réglementée en 1455 par le roi Charles VII qui, en compensation des services rendus aux croisades, attribue aux seuls verriers nobles le privilège d’exercer « l’Art et la Science de Verrerie ». Rappelons que les autres activités économiques étaient interdites aux nobles sous peine de perdre leurs droits, mais le travail du verre était, à juste titre, considéré comme une art !

 

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Trente six familles en Languedoc se sont vues ainsi reconnaître le droit d’exercer cette activité, dont les blasons constituent un superbe imagier.

 

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Une vingtaine de ces familles étaient établies sur le causse de l’Hortus . Il ne subsiste aujourd’hui de cette intense activité que les ruines de la verrerie de Couloubrines, que l’on découvrira un peu plus tard, et de magnifiques chemins séculaires qui allaient de l’une à l’autre.

Je suis toujours ému de les emprunter car j'ai le sentiment d'être entouré des ombres de celles et ceux qui pendant des siècles y ont cheminé avec tantôt un cœur heureux , les faisant chanter, et tantôt un coeur lourd, les courbant vers le sol empierré. Peut être que les innombrables cailloux qui les jonchent sont nés des larmes qu’ils ont versées.

 

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En raison de l’épuisement des forêts du Causse, les verriers durent à la fin du XVIIIème siècle déplacer leurs activités vers les Cévennes. Le causse de l’Hortus est retourné un temps à son état sauvage avant que ne s’installent quelques fermiers et éleveurs et plus tardivement des viticulteurs.

La beauté des Bastides qu’ont édifié certains vignerons témoignent de la qualité du terroir, mais on voit à l’état du crépi qui recouvre les murs que les temps sont durs ! La crise est là et tous les infortunés et les désespérés qui pourraient noyer leur chagrin dans un verre de bon vin, ce qui soutiendrait les cours, se gavent au contraire de prozac,  mal conseillés par les affiliés d’Hippocrate – qui pourtant recommandait de soigner les plaies avec des compresses de vin chaud !

 

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De superbes mas agricoles, aujourd’hui désertés, nous ramènent à une époque où les trois quarts de la population vivait directement des produits de la terre. Nous avons aujourd’hui pour la plupart perdu ce lien direct et ne donnons plus à ceux qui travaillent dans le secteur agricole les moyens de vivre décemment de leur activité . L’avidité de quelques poignées de capitalistes charognards nous conduit au naufrage et si l’on n’y prend garde nos descendants mourront de faim entourés par un océan de friches .

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Quelques maisons du village de Ferrières-les-Verreries fraîchement restaurées donnent l’illusion d’un semblant de vie, mais la cloche reste muette au clocher de la chapelle dont la porte est condamnée, le petit chat est mort et si le presbytère n’a rien perdu de son charme et le jardin de son éclat, il a été néanmoins transformé en chambres d’hôte !

 

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Nous voici arrivés à l’ancienne et majestueuse verrerie de Couloubrines qui appartenait à la famille de la Roque . Elle est malheureusement enclose derrière un grillage et ne peut être visitée qu’en groupe et sur rendez vous. A un moment où le chômage explose, le département de l’Hérault qui fait de la publicité (avec l’argent des « administrés ») pour défendre des fauteuils de conseillers généraux dont l’utilité fait débat, pourrait créer quelques emplois pour l’accueil et la visite de ces sites, ce qui dynamiserait l’activité touristique.

De fait, n’en déplaise à Monsieur Vézinhet, président du conseil général, qui mène la fronde contre la réforme des collectivités locales, le mille-feuilles administratif serait un peu plus digeste pour les contribuables français si on lui enlevait quelques couches. A ce sujet je vous invite à lire l'article du dernier numéro de la revue "Capital" sur la gabegie qu'est la gestion des finances des collectivités locales.

 

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Mais laissons là les vaines polémiques, car l’administration française est toute puissante et irréformable et nous sommes avec elle embarqués sur le Titanic. Aussi prenons un peu de bon temps pendant qu’il en est encore temps et arrêtons nous au havre de paix qu’est le Mas des Baumes ou Eric Tapié, un jeune chef talentueux a installé un superbe restaurant où vous pouvez vous régaler en semaine le midi pour la somme incroyable de …..18 euros ! A coté de la France qui "pantoufle", il y a encore une France qui prend des risques et qui travaille....

 

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Nous voici arrivés à la Halle du Verre de Claret qui présente en de nombreuses vitrines pédagogiques l’histoire de la verrerie des origines à nos jours et où sont exposées les œuvres de nombreux artistes verriers contemporains.

Ce site qui est unique en France et qui a représenté probablement plusieurs dizaines de milliers d’euros d’investissement est hélas fermé de novembre à mars. Voilà qui souligne l’ineptie de la politique menée par le département et la région en matière touristique

Si l’on veut redonner vie aux villages de l’arrière pays il faut que des sites aussi originaux et riches que la Halle du Verre soient ouverts toute l’année. Il y a dans la région une importante population de seniors amateurs de tourisme « culturel » auxquels on peut ajouter les scolaires qui justifieraient cette ouverture .

Que la région vende les tableaux noirs de Soulages qui occupent un étage du Musée Fabre de Montpellier sous prétexte que d'après certains critiques (qui sans doute travaillent "au noir") et la Fédération des Creuseurs de Tunnel, Soulages serait le plus grand peintre français contemporain. Pour moi ses tableaux sont à l’art ce que les œufs de lump sont au caviar et leur vente permettrait de financer des emplois dans des sites touristiques consacrés aux authentiques chefs d’œuvre de l’humanité ! On pourrait, au demeurant, pour satisfaire la poignée de visiteurs qui apprécient malgré tout son œuvre (tous les goûts sont dans la nature) récupérer quelques vieux tableaux noirs des écoles pour remplacer les tableaux de Soulages ! Après tout noir c’est noir , comme le chante notre cher Jauni !

 

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En sortant de la Halle du Verre vous saurez tout des techniques de fabrication de cette matière incroyable créée par l’homme et qui bien que solide permet de voir au travers ! Il y a là quand on y réfléchit un grand mystère qui nous interpelle sur ce qu’est réellement la matière : n’est elle qu’ une simple illusion ?

La région était propice à la fabrication de ce matériau étonnant : les verriers trouvaient sur les berges de l’Hérault les galets de quartz nécessaires, pour fournir la silice . La soude était obtenue par combustion de la salicorne (dont on peut faire aussi des salades) cultivée sur le littoral et de la chaux fabriquée à partir du calcaire du plateau. Le verre était coloré par l’adjonction d’oxydes métalliques .

 

 

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L’une des phases du processus les plus difficiles à maîtriser était le soufflage du verre qui demandait quelques années d’expérience.

 

 

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On découvre à la halle des œuvres splendides réalisées à travers les ages, tels ces vieux flacons auxquels je suis particulièrement sensible car ils me rappellent ceux que brandissent l’immortel capitaine Haddock !

Si Hergé sortait ses albums aujourd’hui il est certain que la bouteille de rhum de ce bon vieux capitaine serait censurée à l’instar de la pipe de Mr Hulot. Mesure stupide de notre monde aseptisé, lobotomisé qui se fait des frayeurs avec le virus de la grippe H1N1 alors que la moitié de l’humanité souffre d’effroyables pandémies, ne mange pas à sa faim et n’a pas l’eau potable.

 

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Mais bon je vais cesser mes ratiocinations et me taire pour vous laisser contempler, en silence, les œuvres qui sont exposées et dont les dernières ont été réalisées par des verriers contemporains .

 

 

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Je ne peux que vous inviter à aller les découvrir …..quand on aura daigné ouvrir la Halle !

NB je suis désolé pour le manque de cohérence dans la taille et la couleur des caractères mais la plate-forme de Midiblogs a des "bugs" et personne ne semble vouloir s'en occuper !

Texte & photos Ulysse