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08/07/2016

Deux petits loups au Salagou

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Avec l’arrivée de l’été et le retour des cigales, j’ai le bonheur de voir aussi débarquer dans mes pénates sudistes mes derniers petits loups, Emilie et Romain, qui hélas grandissent plus vite que mes pieds de tomate ! Ce sont les derniers de la lignée et je sais hélas qu’une fois qu’ils auront atteint les rives de l’adolescence, je devrai renoncer aux parties de cache-cache, de sept familles, de Mille Bornes et de Uno ainsi qu’aux enlèvements et rançons de Doudous qui me font oublier que septuagénaire je suis devenu. Mais j’espère qu’il y a une chose que nous continuerons de partager et ce jusqu’à mon dernier souffle : le goût de la randonnée ! Car c’est en marchant que l’on découvre vraiment le monde, la vie et que l’on se construit ! Pour l’heure, nous voilà partis pour une randonnée au bord du lac du Salagou que mes lectrices et lecteurs ont maintes fois arpenté en ma compagnie ! Mais quand on aime on ne se lasse pas !

 

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Les plateaux herbeux qui dominent le lac étaient autrefois occupés par des bergeries et nombreux étaient les moutons qui gambadaient en ces lieux, aujourd’hui fréquentés par les seuls randonneurs. Le nom de la chapelle Notre Dame des Clans, que l’on aperçoit en contrebas, lui viendrait d’ailleurs du tintement des cloches (les clans) des troupeaux qui pâturaient dans les environs.

 

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Aujourd’hui le soleil du sud donne à plein et mes petits parisiens qui sortent à peine de l’hiver, qui a duré dans le nord jusqu’au moi de juin, souffrent un peu de la chaleur. Romain a fini par accepter de porter le chapeau de sa maman pour protéger son épiderme très ressemblant à celui d’un citoyen de sa -plus - très gracieuse majesté !

 

 

 

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Mais la simple vue de l’eau émeraude du lac dans laquelle nous allons bientôt plonger nous aide à supporter le soleil ardent et à avancer coûte que coûte.

 

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Cela dit il est temps que nous arrivions au bord de l’eau car même Emilie qui est généralement l’un des éléments les plus vaillant de la troupe commence à souffrir de la chaleur.

 

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Parvenus au bord de l’eau , il nous faut d’abord déloger une baigneuse imprévue – une jeune couleuvre vipérine tout à fait inoffensive – avant qu’Emilie et Romain n’osent mettre un orteil dans l’eau ! Mes jeunes parisiens ne sont pas encore tout à fait accoutumés aux rencontres insolites que nous réserve le monde sauvage et qui en font la beauté. Si un jour Monsanto, aidé par nos hommes politiques affairistes, veules et incultes, règne sur le monde, l’humanité vivra sous de vastes cloches en verre aseptisées et se nourrira de gélules aromatisées.

 

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La couleuvre ayant obligeamment décidé de nous laisser la place, Emilie et Romain se décident à se jeter à l’eau, mais en veillant à ce que leur géniteur leur serve de garde du corps ! Courageuse mais pas téméraire la jeune génération ! A leur âge je descendais la rivière Thio en Nouvelle-Calédonie sur des radeaux de bambous qui se fracassaient sur le mascaret de l’embouchure infestée de requins. Bon, on avait la présence d’esprit de quitter le radeau bien avant l’arrivée dans l’embouchure, sinon je ne serai pas là pour le raconter !

 

 

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Pendant que les adultes finissent tranquillement leur pique-nique en buvant leur café sur la plus belle terrasse du monde (ou du moins l’une des plus belles !) les jeunes s’amusent au bord de l’eau comme les enfants le font depuis des millénaires, échappant pour un temps aux liens occultes des tablettes qui rêvent de transformer l’humanité en marionnettes « consumivores ».

 

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Le pique-nique terminé, il faut penser au retour et Romain, qui découvre le chemin qui reste à parcourir, se prend la tête à deux mains en pensant sans doute qu’on est à la limite de la maltraitance. Mais heureusement il n’a pas encore de téléphone pour appeler les services sociaux !

 

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Son papa et sa sœur s’étant mis en chemin sans piper mot ni lui prêter aucune attention (père indigne !) il est bien obligé de suivre.

 

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Mais après une heure de marche, nos corps ont besoin d’être réhydratés et nous redescendons vers les rives du lac à la recherche d’un endroit propice à la baignade.

 

 

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Romain qui jusque là traînait les pieds retrouve soudain son allant et se précipite vers l’eau salvatrice.

 

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Et il est le premier dans l’eau, sans même avoir pris le temps de vérifier s’il n’y avait pas d’intruse occupant déjà les lieux.

 

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Le « hic » car souvent dans tout bonheur il y a un « hic » - ne serait ce que pour nous rappeler que le paradis n’est pas sur cette terre - c’est qu’après la baignade, il faut remonter vers le chemin. Et là, oh ! surprise ! Romain revigoré par l’eau du lac fait la course en tête ! Il a même l’outrecuidance de morigéner ceux qui trainent derrière !

 

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Piquée au vif, Emilie s’empresse de le devancer , lui montrant ainsi que les filles d‘aujourd’hui ne sont plus disposées à se laisser faire et sont prêtes à prendre les commandes de ce monde assez machiste (en témoigne avec brio la classe politique française et sa cohorte de députés et sénateurs misogynes et séniles) et il faut le dire plutôt mal géré !

 

 

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Toute balade se prête à une leçon d’histoire, de géographie, de science naturelle ou de géologie. Et sur ce dernier point le Salagou est un livre à ciel ouvert qui expose ses « ruffes », roches sédimentaires rouges déposées il y a deux cent millions d’années par d’anciennes lagunes, sur lesquelles des volcans il y a environ deux millions d’années ont craché des coulées de lave basaltique.

 

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Et nous voilà revenus à notre point de départ ahanant sous le soleil quasi tropical qui règne en ce début du mois de juillet. Nous jetons un dernier coup d’œil à ce paysage inhabituel sous nos latitudes en nous disant que décidément nul n’est besoin d’aller à l’autre bout de la terre pour être dépayser !

 

Je viens de publier mon dernier CD "Bulles de savon" sur les plateformes musicales Deezer, Itunes, Fnac Juke box, Google play etc...

Voici le lien vers : DEEZER

 Mes autres chansons sont publiées sur mon blog musical en accès libre

OLD NUT

(cliquez sur les noms en rouge)

 

 

Texte & Photos Ulysse

 

17/01/2014

Périple en Auvergne : 2ème étape : de Besse en Chandesse à Picherande

Chères lectrices, chers lecteurs,

Je vous avais annoncé une pause.... je me décide enfin à la faire, ce qui veut dire que jusqu'à la fin du mois de février je vais lâchement vous repasser mes archives ! En effet l'année 2014 s'annonce rude et si je veux aller jusqu'au bout je dois ménager ma monture. Nous allons donc de nouveau faire ensemble le tour des volcans d'Auvergne (périple réalisé au printemps 2009) mais il faut reconnaître que cette région mérite que l'on y revienne. Que ceux qui n'ont jamais pris deux rations de Saint Nectaire lèvent la main! Bon il est vrai que c'est moins sûr pour le Saint Pourçain, encore que j'en ai goûté de très bons! Et puis les nouveaux lecteurs n'y trouveront sans doute rien à redire, eux qui avaient manqué ce magnifique périple. Je me ferai pardonner cet abandon de poste en vous offrant à mon retour des aventures qui j'en suis sûr vous décoifferont. Vous pourrez alors emprunter sa coiffure au Marquis des Bourdils qui vous salue et vous dit à bientôt !

 

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Le lendemain matin nous poursuivons sur le GR 30 en direction du lac Pavin. Quel bonheur de déambuler seuls par monts et par vaux (qui sont parfois plutôt « vaches » pour nos jambes quinqua et sexagénaires) à l'heure où nos courageux congénères s'entassent et s'empilent dans les transports collectifs (qui n'ont rien d'amoureux, quoique, certains en profitent...) pour se rendre au travail ou, à défaut chez ce sinistre Paul Emploi.

Je suis aussi passé par là et j'apprécie de pouvoir aujourd'hui chaque matin décider du chemin que je vais suivre. Mais il faut être vigilant et veiller à ne pas gaspiller l'immense privilège dont jouissent les gens dans ma situation et faire de chacun de ses jours une ode à la vie et à la liberté.

 

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Les branches effilées des étoiles n'ont pas réussi au cours de la nuit à percer les nuages qui se vautrent comme de gros chats siamois sur le sommet des collines. Par moment le soleil arrive à se faufiler entre leurs flancs et les genets se gavent alors des maigres rayons qu'ils arrivent à capter.

 

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Certains hommes, qui aiment la solitude et ne craignent pas la compagnie parfois orageuse des éléments , se sont construits un refuge où ils peuvent sans limite s'abreuver de vent, s'ennivrer d'espace et contempler, pendant les nuits claires d'été, la danse des étoiles à laquelle nos vies, sans que nous nous en rendions compte, sont attachées.


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Le squelette d'un vieux hêtre colonisé par les champignons nous parle aussi de cette danse perpéuelle qui nous fait passer des coulisses à la scène et prendre successivement différents rôles au terme desquels nous devenons, du moins c'est ma conviction, une âme sereine et épanouie. Ce qui me laisse penser que j'ai encore quelques vies à vivre  tant sont intenses les tourments qui m'habitent quand il s'agit de choisir entre une bouteille de vin blanc, de rouge ou de rosé !

 

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Mais nous voici arrivés au bord du lac Pavin ....ou plutôt devrais-je dire du « maar » Pavin.Ce qui appelle quelques mots d'explications. De fait les volcans auvergnats sont de trois types : les « péléens » les « stromboliens » et les « maars ». Les péléens correspondent à des volcans dont la lave assez peu visqueuse a fini par s'accumuler en haut du cône créant un dôme plus ou moins arrondi (tels que le Sancy ou le puy de Dôme) . Les stromboliens sont des volcans éruptifs dont la lave fluide a jailli et s'est répandue en longues coulées laissant un cratère vide. Quant aux maars, ils résultent d'une masse de magma qui remontant vers la surface à rencontré une nappe d'eau phréatique. Celle-ci portée à ébullition a alors explosé creusant un cratère dans le sol que l'eau a ensuite rempli.

Le lac Pavin s'est formé il y a 6.000 ans et certains de nos ancêtres ont donc été témoins de l'éruption, ce qui a dû leur offrir un joli feu d'artifice. Dès le bord, sa profondeur est de 90m ce qui le rend peu propice à la baignade d'autant qu'il abrite ce délice gastronomique qu'est l'omble-chevalier. redoutable prédateur qui pourrait  prendre un certains appendice humain pour un vairon, voire un moucheron si l'inconscient baigneur appartenait au genre "homo politicus". Le nom Pavin vient du patois « pavens », qui veut dire épouvantable, et lui aurait été donné car l'on disait autrefois que le fait d'y jeter un caillou provoquait des orages épouvantables. A chaque époque ses fariboles, pas plus énormes au demeurant que celles que nous content aujourd'hui les économistes et autre pévisionnistes.

 

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Ce lac est situé sur le flanc du Puy de Montchal dans le cratère duquel nous descendons pour une rapide et discrète auscultation. Avec inquiétude nous croyons percevoir une rumeur mais ce n'est qu'un Rafale de notre très « chère » armée de l'air qui faute de trouver preneur à l'étranger doit de temps en temps voler pour éviter de rouiller.

A cet égard si notre pays est le champion du monde des inventions  parfois brillantes mais inexportables (concorde, ordinateurs Bull , système Secam, 35 heures et dernier né, le Rafale etc...) ou des fiascos lamentables (abattoir de  La Villette,  Crédit Lyonnais, porte avion  Foch, avions renifleurs et tant d'autres) cela est dû, sans aucun doute, au mode de sélection de son élite (ENA, polytechnique) où la sclérose intellectuelle, la prétention et l'arrogance sont de mise aux lieu et place de l'humilité, de l'ouverture d'esprit et du pragmatisme.

Il en est depuis longtemps ainsi comme l'illustre la rocambolesque aventure de la découverte des volcans en Auvergne, qui n'ont été reconnus comme tels qu'au milieu du XVIIIème siècle grâce à un modeste naturaliste parisien Jean Etienne Guettard. Mais ceci est une autre histoire que je vous conterai lors d'une prochaine étape....

 

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Puis nous descendons vers le plateau de La Laspex et prenons la direction de la tourbières de la Barthe, mettant nos pas dans ceux d'hommes depuis longtemps retournés à la poussière et qui au cours des millénaires ont progressivement colonisés ces vastes étendues.

 

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Cette tourbière, qu'on appelle la petite Sibérie d'Auvergne, reçoit plus de 1340mm d'eau par an et est recouverte en moyenne plus de 50 jours par la neige. Elle s'est formée il y plus de 10.000ans à l'occasion de la fonte des glaciers du massif de Sancy. Elle a une très grande valeur patrimoniale du fait de la richesse des espèces animales et végétales qu'elle abrite.Sa traversée se fait sur des caillebotis qui nous permettent de garder nos pieds au sec, encore que les nuages menacent à tout moment de tester une nouvelle fois l'imperméabilité de nos équipements.

 

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Mais malgré le temps maussade notre humeur est au beau fixe. L'Auvergne déroule ses pentes fleuries qui illuminent le paysage et met le soleil dans nos coeurs. Allelluia, chantent en coeur angelots et angelettes dont on aperçoit les petits culs roses à travers les nuées, mais pudiques nous baissons la tête (pour être honnête, pas quand il s'agit d'une angelette, de plus de 18 ans bien entendu...) et discutons des mérites du Chateaugay (appellation d'Auvergne qui porte bien son nom) bu la veille au soir à Besse en Chandesse. De méchantes langues (dont vous n'êts pas j'en suis sûr, chers lectrices et lecteurs) diront que du vin aux visions divines, il n'y a que l'espace d'un goulôt !

 

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Soudain l'immense miroir du lac Chauvet, autre « maar » auvergnat, illumine l'ensemble du paysage et les nuages, un brin narcissiques, s'arrêtent un instant de défiler pour s'y mirer. Nous profitons de l'occasion pour pique niquer mais au moment de faire une petite siestouille (appelée ainsi car le sol en montagne est généralement caillouteux) un cumulus incontinent sur nous se laisse aller....Soucieux toutefois d'accomplir au mieux notre mission, nous collons une oreille au sol et ne percevant aucune rumeur inquiétante, nous levons le camp.

 

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Arrivant près de Picherande, terme de notre étape, nous passons près d'orgues basaltiques nées dans la fureur mais aujourd'hui, fort heureusement, silencieuses.

 

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Puis nous traversons une coulée de lave ponctuée de mystérieuses alvéoles qui retiennent l'eau de pluie. Qui sait si ce ne sont pas les yeux de la terre qui contemplent le jour les nuages et les étoiles, la nuit.

 

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Nous trouvons refuge à l'Hotel Central situé juste en face de l'église, garantie pour nous d'être réveillés aux matînes, car demain nous attend une rude étape : l'ascension du Puy de Sancy

La chaleur de l'accueil, conjuguée au savoir faire et à la générosité du maître-queue mis en valeur par un délicieux Chateaugay, nous préparent à une nuit réparatrice qu'aucun grondement suspect ne vient troubler...

A suivre....


Texte & Photos Ulysse


 

09:00 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (32) | Tags : volcan, pavin, chauvet, ena

06/01/2014

Chut ! Je pars pour une mission secrète....

 

Chères lectrices, chers lecteurs,

Je vous avais annoncé une pause.... je me décide enfin à la faire, ce qui veut dire que jusqu'à la fin du mois de février je vais lâchement vous repasser mes archives ! En effet l'année 2014 s'annonce rude et si je veux aller jusqu'au bout je dois ménager ma monture. Nous allons donc de nouveau faire ensemble le tour des volcans d'Auvergne (périple réalisé au printemps 2009) mais il faut reconnaître que cette région mérite que l'on y revienne. Que ceux qui n'ont jamais pris deux rations de Saint Nectaire lèvent la main! Bon il est vrai que c'est moins sûr pour le Saint Pourçain, encore que j'en ai goûté de très bons! Et puis les nouveaux lecteurs n'y trouveront sans doute rien à redire, eux qui avaient manqué ce magnifique périple. Je me ferai pardonner cet abandon de poste en vous offrant à mon retour des aventures qui j'en suis sûr vous décoifferont. Vous pourrez alors emprunter sa coiffure au Marquis des Bourdils qui vous salue et vous dit à bientôt !

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L'autre soir, à l'heure où la grande ourse s'apprêtait à quitter le ciel héraultais pour aller grapiller le miel dans le secteur d'Aldébaran, voilà que le téléphone se met à sonner, provoquant en mon fort intérieur stupeur et irritation.

Il faut dire que je ne reçois quasiment jamais d'appels aussi tardifs, mes amis et mes proches sachant pertinamment 1) que j'ai horreur du téléphone et 2) que mon horreur est décuplée quand il se met à sonner après l'heure du dîner, moment sacré où je consacre toute mon énergie à digérer en savourant les douces effluves vineuses montant du tréfonds de mon estomac.

De fait, je n'ai ces derniers mois toléré que deux exceptions, comme je vous l'ai conté, en faveur du Nord et de l'Ouest, points ayant le rang de cardinaux, ce qui implique un certain respect même de la part d'un mécréant comme moi.

En effet, ceux qui me lisent régulièrement se souviennent sans doute que son éminence « Nord » et son compère « Ouest » m'ont appelé nuitamment pour m'inviter à leur rendre visite en invoquant, le premier, les mânes de Jack London, grand écrivain et explorateur, qui n'avait pas résisté à l'appel du nord et, le second, celles de Jack Kerouac, autre écrivain que j'affectionne, dont le « motto » était « Go west man ».

Mais étant déterminé à ne plus accepter de dérogation et à boycotter tout nouvel appel abusif, je laisse donc ce soir là, sonner le téléphone, attendant que mon appelant anonyme se décourage et raccroche (je n'ai pas de répondeur n'ayant généralement aucune envie de rappeler).

Quand la sonnerie enfin cesse, je pousse un énorme soupir qui incommode la mouche qui tournait à ce moment là autour de moi et ne supporte manifestement pas les vapeurs d'alcool (pourtant un excellent Glenlivet 12 ans d'age !) et je me replonge dans la lecture du magnifique récit « Désert solitaire » d'Edward Abbey.

A peine ai je repris le fil de ma lecture, que le téléphone sonne à nouveau. La fureur alors me gagne et oubliant ma résolution je m'empare du combiné en hurlant « Si vous êtes l'Est ou le Sud, et que vous voulez me refaire le coup de vos copains du Nord et de l'Ouest , allez vous faire voir, cardinaux de mes deux ! »

Mon interlocuteur bredouille des excuses et se présente comme le président du CAVA. L'énoncé de ce simple vocable a pour effet de me rendre aussi tendre qu'une éponge, car le Cava est le nom du champagne espagnol, dont mon gosier comme mon porte monaie raffole (les bulles espagnoles sont 50% moins chères que les bulles champenoises, les Rèmois étant passés maîtres dans l'art de vendre de l'air à prix d'or)

« Président du Cava ! » lui dis d'une voix réjouie, que me vaut cet honneur (combien vénal je suis parfois ! )

« Et bien le Comité d'Auscultation des Volcans Auvergnats est en grande difficulté et a besoin de votre aide » me répond-t-il.

Patatras ! Je comprends tout de suite ma méprise et constate avec horreur que je suis piégé, ne pouvant plus être odieux après avoir été aimable (ça m'apprendra à jouer les faux culs!). « Mais en quoi puis aider le CAVA cher monsieur, je n'ai aucune compétence en matière de vulcanologie ! »

« De telles compétences ne sont pas indispensables, votre totale disponibilité et votre capacité à marcher comme une mule sont pour nous des atouts très précieux pour nous permettre de pallier les difficultés que nous traversons » me répond-t-il alors.

Un brin chiffonné par la comparaison avec une mule je lui demande un peu sèchement quelles sont ces difficultés que le CAVA rencontre.

« Et bien voilà » me dit-il « le gouvernement a supprimé les crédits à tous les chercheurs dont les travaux sont susceptibles de déboucher sur l'annonce de mauvaises nouvelles pour les affecter à des chercheurs chargés de trouver des bonnes nouvelles. On nous a donc demandé de restituer tous nos capteurs et sismographes chargés de surveiller les volcans d'Auvergne. Car ces volcans, vous le savez sans doute, sont susceptibles de se réveiller un jour ce qui causerait un séisme d'ampleur nationale et le gouvernement, qui doit déjà faire face à la crise, ne veut surtout pas que l'opinion soit troublée par des rumeurs qui pourraient courir à ce sujet.

Nous les soupçonnons en outre de voir dans un éventuel séisme un moyen radical de régler une fois pour toutes les problèmes de déficit de la sécu, des caisses de retraite et du budget.

Mais nous voulons éviter cela car c'est au CAVA qu'on s'en prendrait pour n'avoir pas prévenu la population concernée à l'avance si jamais un tel drame se produisait»

« Mais je ne vois toujours pas comment je peux vous aider ! » protestai-je alors

« C'est simple » me rétorque-t-il « nous allons vous faire parvenir un stéthoscope de médecin et nous allons vous demander de faire le tour des volcans d'Auvergne pour les ausculter en toute discrétion. Comme vous avez l'habitude de faire une petite sieste pendant vos randonnées après l'heure du déjeuner, vous profiterez de cet instant pour sonder les entrailles du volcan sans que votre manège n'attire l'attention. Vous nous communiquerez les résultats au retour de votre périple »

un peu mesquin, je lui rétorque alors « mais quel bénéfice en tirerai je ? »

« L'immense honneur de contribuer à sauver des millions de vie humaine et puis sur votre parcours, pour vous désaltérer, on vous fera livrer quelques flacons de Saint Pourcain, de Chateaugais ou de Chanturgues à votre convenance » me dit il imparablement .

La perspective de sauver des millions de mes congénères (surtout si vous en êtes chers lecteurs et lectrices) me réjouissait le coeur. Mais disposer, en outre, du breuvage de Bacchus gratos, la proposition alors là devenait irrésistible ! Je l'ai donc acceptée et je pars demain ausculter les volcans d'Auvergne !

Mais chut ! N'ébruitez surtout pas l'affaire, car si les « oreilles » du pouvoir avaient vent de ma mission, on pourrait me faire subir le sort du masque de fer pour atteinte à l'ordre public et je me retrouverai à croupir dans les geôles de la République (mais, en sommes nous encore une ?)

Je vous ferai  un compte rendu de mes pérégrinations à mon retour, si le GIGN ne me tombe pas sur le poil ou si les volcans d'Auvergne ne se réveillent pas d'ici là !

 

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Texte et 1ère photo Ulysse

23/10/2013

Au pays des ruffes et des volcans

  

 

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L’Hérault où je vis est un livre ouvert sur l’histoire de la terre.  Sa géologie a été particulièrement tourmentée par plusieurs incursions de la Méditerranée puis par les plissements provoqués par la surrection des Pyrénées et des Alpes il y a environ quarante millions d’années. Enfin un épisode volcanique, qui a commencé il y a deux millions d’années et s’est arrêté il y a environ cinq cent mille ans, a enrichi le paysage de coulées de lave et de « necks » comme celui érodé que l’on aperçoit en haut de ce monticule qui fut autrefois un volcan. Aux alentours s’étendent ces « ruffes rouges » terres argileuses sédimentaires contenant de l’oxyde de fer et provenant de lagunes qui ont occupé les lieux de moins trois cent millions à moins deux cent millions d’années.

 

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Nous sommes aux alentours du hameau de Mérifons situé non loin du lac Salagou. Par endroits les ruffes ont conservé la marque d’intenses périodes de sécheresse qui les ont craquelées.

 

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En d’autres endroits, comme sur la plaque de la Lieude on aperçoit des empreintes laissées par des mammaliens, ancêtres des dinosaures, qui vivaient en ces lieux marécageux.

 

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La tête fossilisée de l’un d’eux émerge du sol….du moins pourrait-on le croire ! Mais  il ne s’agit que d’un roc de basalte volcanique sculpté par les intempéries.

 

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Ici on croit voir un mur dressé par les anciens mais il s’agit également d’une coulée de lave mise à la verticale, probablement par la surrection des massifs alpin ou pyrénéen.

 

 

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Là nous sommes face à un morceau d’ancien plateau sédimentaire d’une composition différente des ruffes – ce qui témoigne d’un changement climatique intervenu dans la région -  également bousculé par la surrection des massifs voisins. Gaïa a eu une jeunesse tumultueuse et elle a encore par moments des défoulements intempestifs qui font quelques dégâts et malheureusement de nombreuses victimes.

 

 

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Non loin de là, un superbe « neck » dénommé la « Roque haute » se dresse dans le paysage.

 

 

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Vu sous un autre angle il ressemble à un ours dressé, sans doute l’un des seuls qui survivra au massacre programmé de toutes les espèces animales comme on le voit partout : ours, loups, éléphants, tigres, rhinocéros, grands singes, requins sont  pourchassés ou exterminés par la cupidité et la stupidité de l’espèce humaine. Les hommes ne supportent que les animaux qu’ils «bouffent», exploitent ou dominent et exècrent ceux qui  les narguent par leur noblesse et leur goût de la liberté à laquelle ils ont eux mêmes depuis longtemps renoncé. 

 

 

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Dans ce paysage étonnant l’eau creuse des ravins qui vous donnent le sentiment de contempler les entrailles vivantes de Gaïa.

 

 

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Quand les ravins deviennent « canyons » les arbres s’y réfugient car ils y trouvent l’humidité et la relative fraîcheur qui leur permettent de survivre à la fournaise estivale.

 

 

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Sur les berges des canyons les coulées de lave s’effritent sous l’effet des intempéries et roulent pierre après pierre au fond des canyons. De là ces pierres érodées par l’eau qui y coule par intermittence commenceront leur lent chemin vers la mer. Les roches, que l’on croit immobiles, sont, comme les nuages, de grands voyageurs.

 

 

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Le vent et la pluie offrent à Gaïa de jolis mamelons et broderies diverses dont je vous laisse apprécier la beauté et la diversité.

 

 

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Et si cette note vous a plu je  vous invite à découvrir

sur mon blog PIQUESEL le récit de mon péripleà travers

le parc des Bardenas Reales en Espagne.


 

Texte & Photos Ulysse